Haïti : au moins 5 700 personnes tuées ou blessées par les violences depuis janvier, selon l’ONU
4 min de lecture
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a présenté vendredi 2 octobre un nouveau bilan alarmant de la situation sécuritaire en Haïti. Entre le 1er janvier et le 11 septembre 2026, son bureau a recensé au moins 5 700 personnes tuées ou blessées par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux.
Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, Volker Türk a également indiqué que les groupes armés avaient enlevé plus de 230 personnes et que plus de 1 000 femmes et filles avaient été victimes de viols durant la même période. Le responsable onusien a précisé que les chiffres réels pourraient être nettement supérieurs.
Les gangs continuent d’étendre leur présence
Selon Volker Türk, certaines avancées ont été enregistrées pour contenir les activités des gangs dans plusieurs secteurs de Port-au-Prince. Mais les groupes armés continuent de s’adapter, de se réarmer et d’étendre leur présence vers de nouveaux territoires.
Le Haut-Commissaire a notamment cité les récentes violences à Kenscoff et Gressier, ainsi que la progression de groupes armés dans le département du Sud-Est. Cette évolution fait peser une pression supplémentaire sur les populations et les principaux axes de transport du pays.
Des inquiétudes sur les opérations de sécurité
Le responsable de l’ONU a également exprimé des préoccupations concernant certaines opérations conduites par les forces de sécurité. Selon les données présentées devant le Conseil des droits de l’homme, plus de la moitié des victimes recensées depuis le début de l’année l’ont été dans le contexte d’opérations de sécurité, avec notamment des personnes touchées par des balles perdues et des drones explosifs.
Volker Türk a par ailleurs indiqué que les exécutions sommaires attribuées à certaines unités spécialisées de la police avaient diminué par rapport à 2025, tout en affirmant que des personnes soupçonnées d’être liées aux gangs continuaient d’être exécutées sans procédure judiciaire. Il a également estimé à environ 280 le nombre de personnes tuées ou blessées par des groupes d’autodéfense depuis le début de l’année.
Une force internationale encore loin de son objectif
Le Haut-Commissaire a salué les premières opérations de la Force de répression des gangs (FRG) autorisée par le Conseil de sécurité, mais estime que son déploiement reste insuffisant par rapport aux besoins sécuritaires du pays. Il appelle à une accélération de son déploiement, avec des garanties en matière de respect des droits humains.
L’ONU souligne également les conséquences sociales de la crise : l’insécurité perturbe l’accès aux écoles, aux établissements de santé et aux services essentiels, tandis que l’extorsion, les pillages et les destructions affectent fortement l’activité économique. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées de force, selon les données citées par Volker Türk.
Les enfants particulièrement exposés
Le Haut-Commissaire a également alerté sur le recrutement des mineurs. Selon lui, les enfants représenteraient entre 30 % et 50 % des membres des gangs, tandis que le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés auraient presque triplé en 2025.
Dans ce contexte, Volker Türk appelle notamment au respect de l’embargo sur les armes, à la lutte contre les réseaux d’approvisionnement des groupes armés et à la mise en œuvre effective des mécanismes judiciaires destinés à enquêter sur les crimes graves.
Le bilan de 5 700 victimes couvre donc une période allant du 1er janvier au 11 septembre 2026 et regroupe les personnes tuées ou blessées par les gangs ainsi que celles touchées lors d’opérations menées contre eux. L’ONU précise que le bilan réel pourrait être plus élevé.

