Laurent Lamothe fracasse son ancien camp : récit d’une rupture totale avec Michel Martelly et d’une machine politique impitoyable qui l’aurait saboté de l’intérieur
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Une déclaration inattendue publiée hier sur le compte Instagram de l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe a secoué la scène politique haïtienne. Dans un message long, personnel et chargé d’émotion, Lamothe affirme que son alliance avec l’ex-président Michel Martelly appartient « depuis longtemps » au passé. Il situe cette rupture dès 2014, affirmant qu’elle est devenue totale, définitive et irréversible au lendemain de l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021.
Lamothe reconnaît aujourd’hui avoir fait preuve de naïveté politique — trop confiant, trop loyal. Il croyait, dit-il, travailler exclusivement pour l’État, sans comprendre que, dans l’ombre, certains l’orientaient déjà vers « l’abattoir politique ».
« J’ai été loyal. Peut-être trop », écrit-il, allant jusqu’à présenter « ses excuses » au peuple haïtien pour avoir soutenu Martelly dans son accession à la magistrature suprême.
Ce ton introspectif, exprimé sur un réseau social, marque une évolution majeure dans la communication de l’ancien chef de gouvernement. Certains analystes y voient un véritable examen de conscience, rare dans un paysage politique où les ruptures se jouent habituellement en coulisses.
La carrière de Laurent Lamothe comporte plusieurs épisodes que ses adversaires comme certains observateurs qualifient de paradoxaux. Deux moments reviennent particulièrement dans l’analyse de son parcours :
1. L’affaire Clifford Brandt (2012)
Durant son mandat de Premier ministre, Lamothe avait soutenu et assumé l’arrestation de l’homme d’affaires Clifford Brandt pour kidnapping.
Pour une partie de l’opinion, ce geste fut perçu comme une rupture interne au sein des alliances traditionnelles du pouvoir.
Pour d’autres, il constituait un premier signe montrant que Lamothe commençait à se distancier d’intérêts réputés proches du régime.
2. L’assassinat du président Jovenel Moïse (2021)
Après ce drame national, Lamothe affirme que sa séparation avec Martelly devint « totale et irréversible ».
Lamothe affirme que la séparation avec Martelly remonte à 2014.
Mais il décrit le 9 juillet 2021 — au lendemain de l’assassinat du président Jovenel Moïse, comme le moment où tout s’est brisé de manière totale, définitive, irréversible.
En mettant de nouveau en avant cette date charnière, il laisse entendre qu’il considère l’événement comme le point final d’un lien politique déjà fragilisé depuis des années.
En déclarant que soutenir Martelly fut « la plus grande erreur de [sa] vie », Lamothe ouvre la porte à une relecture critique de son propre rôle dans la gouvernance du pays.
Selon plusieurs de ses proches, l’ancien Premier ministre aurait été progressivement la cible d’un appareil politique déterminé à l’éliminer dès qu’il est devenu trop visible, notamment après la mise en œuvre de programmes sociaux tels que Kore Etidyan ou Ti Manman Cheri, et ses efforts pour renforcer la sécurité — Haïti ayant été, durant son gouvernement, l’un des pays les plus sûrs des Caraïbes.
Des faux rapports, des rumeurs fabriquées et une stratégie méthodique auraient été déployés, selon ces proches, pour laisser croire qu’il nourrissait des ambitions présidentielles — ce qu’il dément formellement.
« On m’a fait passer pour un rival. On a fabriqué des récits pour me faire disparaître. »
Pour Lamothe, il s’agissait d’un « piège parfaitement orchestré ».
« Plus d’équipe, plus de lien. La page a été tournée, sans retour possible. »
Cette phrase semble clôturer un chapitre.
Mais, dans le paysage politique haïtien, une rupture aussi nettement assumée ouvre toujours la porte à de nouveaux départs.