Canada : en Alberta, le mouvement séparatiste attire l’attention des partisans de Donald Trump
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Au Canada, la poussée de patriotisme observée depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ne fait pas l’unanimité. Dans la province pétrolière de Alberta, à l’ouest du pays, un courant séparatiste gagne en visibilité. Un mouvement suivi de près, et parfois encouragé, par des figures du courant Make America Great Again (MAGA) aux États-Unis.
Dans les campagnes comme dans les villes de cette province de près de cinq millions d’habitants, des militants se mobilisent pour réclamer la tenue d’un référendum sur l’indépendance. Malgré l’hiver, ils sont nombreux à signer des pétitions ou à assister à des réunions publiques prônant une Alberta « maîtresse de son destin ».
Lundi soir, plusieurs milliers de personnes se sont ainsi rassemblées à Calgary, la principale ville de la province. Chapeaux de cow-boy sur la tête, drapeaux provinciaux ornés des Rocheuses et pancartes « Independence for Alberta » dominaient la salle.
« Nous avons besoin d’oléoducs ici en Alberta. Et si le gouvernement canadien ne nous aide pas, je suis sûr que les Américains le feront », affirme Jordan Fritz, militant séparatiste. « Nous avons besoin du soutien des États-Unis. »
Une contestation d’abord économique
Contrairement au mouvement indépendantiste québécois, ancien et structuré, le séparatisme albertain reste fragmenté et n’a longtemps pas été perçu comme une réelle menace pour l’unité canadienne.
« À l’origine, c’était surtout une revendication économique, l’idée de ne plus payer pour le reste du Canada », explique Frédéric Boily, professeur à l’Université de l’Alberta. Le mouvement émerge autour de 2018, porté par un fort rejet des élites politiques de l’est du pays.
À l’époque, les politiques environnementales du gouvernement de Justin Trudeau avaient suscité la colère de nombreux Albertains, qui les jugeaient hostiles aux secteurs pétrolier et gazier.
Si l’actuel Premier ministre Mark Carney a suspendu certaines mesures et annoncé un accord pour la construction d’un nouvel oléoduc, la dynamique séparatiste ne semble pas s’essouffler.
Une pétition pour un référendum
Un groupe baptisé Alberta Prosperity Project a lancé une pétition qui doit recueillir plus de 177 000 signatures d’ici au 2 mai pour provoquer l’organisation d’un référendum. La question serait alors posée aux électeurs : « Êtes-vous d’accord pour que l’Alberta cesse de faire partie du Canada et devienne un État indépendant ? »
Selon un récent sondage de Ipsos, seuls un tiers des Albertains voteraient en faveur de l’indépendance. Mais certains observateurs redoutent une influence extérieure en cas de campagne référendaire.
« L’agitation politique au sud de la frontière a clairement un impact sur ce qui se passe en Alberta », souligne Frédéric Boily, en référence aux menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Canada ou d’imposer de lourdes taxes sur ses exportations.
Des contacts à Washington
D’après le Financial Times, trois réunions discrètes ont eu lieu à Washington entre des représentants de l’Alberta Prosperity Project et des responsables du département d’État américain. Des contacts qui ont poussé Mark Carney à rappeler à l’administration Trump la nécessité de « respecter la souveraineté canadienne ».
Plus récemment, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a évoqué l’Alberta comme un « partenaire naturel des États-Unis », semblant considérer la province comme un acteur quasi indépendant. Près de 60 % du pétrole brut importé par les États-Unis provient du Canada, dont une large part de l’Alberta.
À la tête de la province, la première ministre conservatrice Danielle Smith entretient depuis longtemps des relations étroites avec les milieux trumpistes. Elle figure parmi les rares responsables politiques canadiens à ne pas critiquer ouvertement Donald Trump.