17 février 2026

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Le Canada remet 10 véhicules blindés à la Police nationale d’Haïti : Didierisme et chronique d’un pouvoir sous blindage

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Par-delà les discours officiels et les cérémonies diplomatiques, une image s’impose : celle d’un pouvoir entouré d’un cortège de véhicules blindés, soutenu par des alliés étrangers, et protégé par une mise en scène sécuritaire permanente. C’est dans ce décor que s’installe ce que certains appellent désormais, non sans ironie, le « Didierisme ».

Le Premier ministre Didier Fils-Aimé semble bénéficier d’un appui sans équivoque des États-Unis et du Canada. Dons de véhicules, coopération sécuritaire renforcée, appui diplomatique répété : les gestes s’accumulent.

Officiellement, il s’agit d’aider Haïti à combattre l’insécurité. Officieusement, la question circule dans l’opinion : pourquoi un tel élan aujourd’hui, et à quelles conditions politiques ?

Le 7 février 2026, lors d’un discours préenregistré, l’image a frappé plus fort que les mots. Pas de ministres encadrant le chef du gouvernement. À la place : des représentants de l’armée et de la police.

Le symbole est puissant. Dans une démocratie, le pouvoir civil encadre les forces de sécurité. Lorsque la communication met en avant l’uniforme plutôt que le débat politique, cela nourrit l’idée d’un État qui se définit d’abord par la force.

Sous le gouvernement de Ariel Henry, 18 blindés avaient été commandés à une compagnie torontoise pour 13,5 millions de dollars. Après son enlèvement, le gouvernement canadien a offert 22 véhicules tout-terrain à la Police nationale d’Haïti, puis, le 16 février 2026, dix véhicules blindés supplémentaires.

Ces gestes sont présentés comme des preuves de solidarité. Pourtant, une interrogation demeure : pourquoi cette générosité s’intensifie-t-elle précisément dans un contexte de crise politique et sécuritaire aiguë ? Le don devient-il un outil d’influence ?

Malgré l’arsenal renforcé, les critiques soulignent l’absence de résultats spectaculaires contre les groupes armés. Les opérations se poursuivent, les annonces se multiplient, mais les chefs de gangs semblent rarement inquiétés.

L’écart entre la communication officielle et la perception populaire alimente le scepticisme. Les drones impressionnent, les blindés rassurent certains quartiers, mais l’insécurité continue de rythmer le quotidien.

Médias et opposition : un espace restreint ?

Autre sujet sensible : le paysage médiatique. Plusieurs observateurs estiment que nombre d’émissions politiques adoptent une posture conciliante à l’égard du pouvoir. Quelques espaces de débat critique subsistent, mais ils restent minoritaires.

Dans ce contexte, l’absence d’une opposition structurée renforce le sentiment d’un pouvoir dominant sans réel contrepoids institutionnel. Et c’est là que naît le terme « Didierisme » : non pas comme doctrine formelle, mais comme perception d’un système centré sur un homme, soutenu par l’extérieur et sécurisé par la force.

L’enjeu dépasse la figure du Premier ministre. Il touche à la nature même de l’État haïtien :

Un pouvoir civil fort et pluraliste ? Ou une gouvernance sécuritaire appuyée par des partenaires étrangers ?

Le débat mérite d’être posé sans caricature. Car derrière la satire et les slogans, il y a une réalité complexe : un pays en crise, un gouvernement sous pression, des alliés internationaux stratégiques, et une population en quête de sécurité mais aussi de souveraineté.

Au fond, la question n’est pas seulement celle des blindés reçus. Elle est celle de la direction prise.

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