11 janvier 2026

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Haïti : Mgr Dumas, médiateur autoproclamé, et la tentation de diriger l’Église catholique dans l’arène politique

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Haïti—-, une initiative de Monseigneur Pierre André Dumas provoque malaise et interrogations au sein de l’opinion publique, tant sur le plan politique que religieux. Le prélat, également membre du Rassemblement pour une Entente Nationale (REN), a récemment adressé une lettre à Laurent Saint-Cyr, président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), dans laquelle il exprime son souhait de diriger une médiation politique en vue de l’installation d’une gouvernance exécutive d’ici au 7 février.

Une démarche que Monseigneur Dumas affirme mener au nom de l’Église catholique.

Une parole qui engage-t-elle réellement l’Église catholique ?

Monseigneur Dumas parle-t-il en son nom propre ou engage-t-il l’institution catholique dans son ensemble ?

L’Église catholique est une institution hiérarchique, structurée et codifiée. En Haïti, la voix officielle de l’Église est portée par la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH), actuellement présidée par Monseigneur Max Leroy Mésidor. Or, à ce stade, aucune prise de position publique de la CEH ne vient confirmer ou endosser la démarche de Mgr Dumas.

Dès lors, une autre interrogation s’impose :

Mgr Pierre André Dumas peut-il, seul, se substituer à la Conférence épiscopale et parler au nom de toute l’Église catholique haïtienne ?

Pour plusieurs observateurs, cette initiative donne l’impression d’un court-circuitage de la hiérarchie ecclésiastique, au risque de projeter l’image d’une Église instrumentalisée dans une crise politique déjà profondément polarisée. « Il ne convient pas d’abolotchoïser l’Église catholique », préviennent des voix critiques, rappelant que son autorité morale repose précisément sur sa neutralité institutionnelle.

Au-delà de la question religieuse, le profil politique de Monseigneur Dumas alimente la controverse. Le prélat est membre du REN, une organisation politique déjà représentée au sein du CPT par Régine Abraham.

Or, cette dernière est citée dans plusieurs scandales de corruption, tandis qu’une autre personnalité issue de la même structure, la ministre des Sports, a été mise en cause dans des rapports de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).

Pour le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), cette situation pose un problème de fond. Son responsable, Pierre Espérance, est catégorique :

Monseigneur Dumas, en tant que membre du REN, ne peut être à la fois acteur politique et médiateur.

« On ne peut pas être juge et partie », estime-t-il, soulignant que Mgr Dumas évolue dans un écosystème politique directement impliqué dans la crise qu’il prétend arbitrer.

Dans un contexte de transition marqué par une défiance généralisée envers les institutions, toute médiation crédible exige indépendance, neutralité et clarté institutionnelle. Pour nombre d’analystes, la démarche de Mgr Dumas, en brouillant les frontières entre engagement religieux et positionnement politique, fragilise à la fois l’Église catholique et le processus de sortie de crise.

Le silence persistant de la Conférence épiscopale d’Haïti est désormais scruté avec attention. Il pourrait permettre de clarifier si cette initiative relève d’un engagement personnel ou si l’Église entend officiellement se positionner face à une controverse qui, déjà, dépasse largement la personne de Monseigneur Dumas.

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