Ministère de la Défense : 24 heures après les accusations de vol de millions de gourdes portées par le directeur général, le silence du ministre Jean-Michel Moïse et du chef du gouvernement cache-t-il une vérité dérangeante ?
3 min de lecture
Vingt-quatre heures après les révélations fracassantes du directeur général du ministère de la Défense, Jean Ronel Sistanis, le climat reste lourd au sein de l’appareil d’État. Le haut fonctionnaire accuse directement le ministre de la Défense, Jean-Michel Moïse, de vol de fonds publics, d’abus d’autorité et de passation de contrats jugés fictifs, dans ce qui pourrait constituer l’un des plus graves scandales financiers récents du secteur de la défense.
Selon Jean Ronel Sistanis, plusieurs dizaines, voire centaines de millions de gourdes auraient été décaissées pour des projets stratégiques qui, à ce jour, n’auraient jamais été réalisés, malgré l’existence de contrats et d’engagements financiers.
Des contrats dénoncés comme fictifs
Parmi les projets mis en cause figurent notamment :
160 millions de gourdes pour la construction supposée d’une ferme à Belladère, 80 millions de gourdes pour la réhabilitation de la base du grand quartier général des Forces Armées d’Haïti au Champ-de-Mars, 50 millions de gourdes pour la base militaire du Bicentenaire, au centre-ville de Port-au-Prince.
D’après le directeur général du ministère, ces projets seraient inexistants ou non exécutés, malgré des décaissements déjà effectués. Il évoque des faux contrats et une utilisation abusive de l’autorité ministérielle pour engager les fonds publics.
Jean Ronel Sistanis affirme avoir décidé de parler après avoir constaté l’ampleur des irrégularités. Il qualifie la situation de scandale, estimant que ces pratiques, si elles sont confirmées, portent atteinte à la crédibilité de l’État et compromettent directement la mission de défense nationale.
Il appelle une nouvelle fois les institutions de contrôle et de lutte contre la corruption à ouvrir sans délai des audits financiers et des enquêtes indépendantes, afin d’établir les faits et les responsabilités.
Vingt-quatre heures après ces accusations publiques, aucune réaction officielle du ministre mis en cause n’a encore été enregistrée. Un silence qui alimente interrogations et inquiétudes, dans un contexte déjà marqué par une crise sécuritaire profonde et une défiance généralisée envers les institutions.
Cette affaire place également le gouvernement dirigé par le Premier ministre Didier Fils-Aimé face à une épreuve politique majeure.
De nombreux observateurs s’interrogent sur la capacité de l’exécutif à agir rapidement et fermement pour préserver la crédibilité de l’État et démontrer une réelle volonté de lutter contre la corruption au sommet.
Des révélations appelées à se poursuivre
Jean Ronel Sistanis annonce par ailleurs que d’autres éléments et documents pourraient être rendus publics dans les prochains jours, laissant entendre que ce dossier est loin d’être clos.
Dans l’attente, l’opinion publique reste suspendue à une question centrale :
les accusations portées au sommet du ministère de la Défense donneront-elles lieu à des enquêtes sérieuses, ou viendront-elles s’ajouter à la longue liste des scandales restés sans suite en Haïti ?