🇨🇩Le Congo accuse Apple d’utiliser des minerais « exploitĂ©s illĂ©galement »
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Le gĂ©ant de la tech aurait blanchi de prĂ©cieux mĂ©taux en les faisant transiter par le Rwanda. Les conditions d’exploitation de ces ressources sont aussi pointĂ©es du doigt.
Des minerais exploitĂ©s sans autorisation ? C’est ce que dĂ©fend la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, qui accuse Apple. Le gĂ©ant du numĂ©rique aurait utilisĂ©  » dans ses produits des minerais stratĂ©giques achetĂ©s au Rwanda », affirment les avocats mandatĂ©s pour rĂ©diger une mise en demeure, sommation avant le dĂ©clenchement d’une procĂ©dure judiciaire.
Selon eux, ces minerais proviennent de RDC, avant d’ĂŞtre envoyĂ©s dans le pays voisin du Rwanda pour ĂŞtre blanchis. « Le Rwanda est un acteur central de l’exploitation illĂ©gale de minerais et notamment de l’exploitation de l’Ă©tain et du tantale en RDC », affirment encore les avocats. « Après leur extraction illĂ©gale, ces minerais sont importĂ©s par contrebande au Rwanda, oĂą ils sont intĂ©grĂ©s dans les chaĂ®nes d’approvisionnement mondiales », affirme la mise en demeure.
Pire, « ces minerais litigieux proviendraient en grande partie de mines congolaises au sein desquelles de nombreux droits humains sont violés », poursuivent les avocats français William Bourdon et Vincent Brengarth, qui ont adressé un courrier aux deux filiales françaises du groupe. Un courrier a également été envoyé à la maison-mère américaine.

Drapeau de la république démocratique du Congo
Un très riche sous-sol
Le sous-sol de la RDC regorge de minerais, le pays Ă©tant notamment le premier producteur mondial de cobalt et le premier producteur africain de cuivre. Selon un rapport de l’ONG The Enough Project publiĂ© en 2015, « ces sites de minerais apparaissent souvent contrĂ´lĂ©s par des groupes armĂ©s qui contraignent, par la violence et la terreur, des civils Ă y travailler et Ă transporter ces minerais. Des enfants sont Ă©galement forcĂ©s Ă travailler dans ces mines ».
Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda de vouloir faire main basse sur les ressources, minières notamment, de l’Est congolais, une des raisons pour lesquelles, selon lui, Kigali soutient la rĂ©bellion du M23, Ă l’offensive depuis plus de deux ans dans la province du Nord-Kivu.
Le M23 contrĂ´le actuellement de larges pans du Nord-Kivu et encercle le chef-lieu de la province Goma. Cette mise en demeure d’Apple s’explique selon ces avocats « par l’extraordinaire gravitĂ© de la situation dans l’Est de la RDC et qui est source de très graves dommages Ă la population locale et Ă l’Etat congolais ».
« La responsabilitĂ© d’Apple, et au-delĂ des grands fabricants de high-tech, quand ils utilisent des minerais du sang, est restĂ©e depuis longtemps une boĂ®te noire », ont dĂ©clarĂ© jeudi Ă l’AFP les avocats William Bourdon, avocat au bureau de Paris, et Robert Amsterdam, avocat au barreau de Londres.
Les avocats estiment « notoirement insuffisants » les « diffĂ©rents engagements et prĂ©cautions pris » par Apple, « soit d’initiative, soit en application de la loi s’agissant de l’utilisation des minerais achetĂ©s au Rwanda ». « La RDC entend moraliser le secteur de l’extraction des minerais rares, surtout quand ils sont extraits au prix de la commission des crimes les plus graves et parfois au bĂ©nĂ©fice de ceux qui les commettent », argumentent-ils.

« La sociĂ©tĂ© Apple semble s’appuyer principalement sur la vigilance de ses fournisseurs et leur engagement Ă respecter le code de conduite d’Apple, ainsi que les audits externes rĂ©alisĂ©s sur l’activitĂ© de ces fournisseurs. Or, tant ces fournisseurs que les entreprises d’audit apparaissent s’appuyer sur la certification ITSCI dont les dysfonctionnements graves et nombreux ont Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©s », affirme la mise en demeure.
Le programme Initiative de la chaĂ®ne d’approvisionnement de l’Ă©tain (ITSCI) est un des principaux mĂ©canismes mis en place il y a plus de 10 ans pour assurer un approvisionnement en minerais « libres de conflit » et extraits de façon responsable en RDC, selon l’ONG britannique Global Witness.
Mécanisme défaillant
En avril 2022, cette ONG avait accusé ce programme de contribuer en RDC au contraire au blanchiment de minerais liés à des conflits, au travail des enfants, ou issus de trafic et de contrebande.
Pour s’approvisionner en Ă©tain, tantale et tungstène (les mĂ©taux dits « 3T », très utilisĂ©s dans les Ă©quipements Ă©lectroniques), de grandes entreprises comme Apple, Intel, Samsung, Nokia, Motorola, Tesla, s’appuient sur ce mĂ©canisme « dĂ©faillant », a dĂ©plorĂ© l’ONG, qui avait rĂ©vĂ©lĂ© que « dans une certaine zone minière » de l’est de la RDC, « 90% des minerais ayant intĂ©grĂ© le programme au cours du premier trimestre 2021 ne provenaient pas de mines validĂ©es ».
La mise en demeure d’Apple par la RDC s’accompagne d’une liste de questions sur les « minerais 3T utilisĂ©s dans les produits Apple ». Les avocats mettent en demeure Apple d’y rĂ©pondre « sous trois semaines ».
« Toutes les options judiciaires sont maintenant sur la table », ont ajouté les avocats.
ContactĂ©, Apple a renvoyĂ© Ă des Ă©lĂ©ments publiĂ©s dans son rapport annuel de 2023 sur les minerais du conflit. Celui-ci indiquait n’avoir « trouvĂ© aucune base raisonnable pour conclure que l’une des fonderies ou raffineries de 3TG (Ă©tain, tungstène, tantale, or) dĂ©terminĂ©es comme faisant partie de notre chaĂ®ne d’approvisionnement au 31 dĂ©cembre 2023 a directement ou indirectement financĂ© ou bĂ©nĂ©ficiĂ© Ă des groupes armĂ©s en RDC ou dans un pays limitrophe. »