Haïti : la Fusion attaque frontalement le gouvernement et dénonce un « bateau sans gouvernail »
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Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (FUSION/PFSDH) hausse brutalement le ton contre le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil présidentiel de transition. Dans une lettre particulièrement sévère adressée au Premier ministre et datée du 14 mai 2026, le parti d’opposition dresse un tableau accablant de la situation nationale et remet ouvertement en cause la crédibilité du processus électoral actuellement annoncé par les autorités.
À travers ce document politique de plusieurs pages, la Fusion décrit un État dépassé, incapable de reprendre le contrôle du territoire, d’assurer la sécurité de la population ou même d’organiser des élections crédibles.
Le parti affirme que « l’environnement sécuritaire continue de se dégrader » malgré les opérations menées par les forces de sécurité. Il évoque une multiplication des « actes de terrorisme » dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, tandis que « les compatriotes sont aux abois » et que les déplacés internes continuent d’augmenter.
Mais au-delà du constat sécuritaire, c’est surtout l’échec politique de la transition que la Fusion semble vouloir exposer publiquement. Le parti accuse le pouvoir de vendre des illusions électorales à la communauté internationale sans disposer des conditions minimales pour organiser un scrutin sérieux.
« Il ne sert à rien de fixer des dates que l’on sait ne pas pouvoir respecter », écrit la Fusion, dans une attaque directe contre les annonces successives du Conseil présidentiel de transition et du Conseil électoral provisoire.
Le document affirme que la date du 30 août 2026 avancée pour les élections n’est « pas réaliste » et qu’elle aurait surtout servi à « rassurer les partenaires internationaux ».
Plus grave encore, la Fusion estime que le gouvernement perd progressivement toute crédibilité à force d’annoncer des échéances intenables. « À force d’annoncer des dates qu’on ne peut pas respecter, c’est la crédibilité même du gouvernement qui est en cause », avertit le parti.
Dans une déclaration particulièrement symbolique, la Fusion révèle également que son propre siège à Christ-Roi est occupé depuis plusieurs mois par des déplacés fuyant les violences des gangs armés. Le parti affirme avoir perdu des archives importantes et une partie de sa mémoire institutionnelle.
Cette précision donne une dimension encore plus dramatique au document : même les structures politiques traditionnelles ne sont plus épargnées par l’effondrement sécuritaire du pays.
Le texte critique aussi sévèrement la manière dont le Conseil électoral provisoire tente de réformer le système des partis politiques. Si la Fusion reconnaît la nécessité de lutter contre la prolifération incontrôlée des partis, elle accuse néanmoins le CEP de vouloir imposer des mesures controversées sans véritable concertation nationale.
Le parti juge notamment « discutable » l’idée d’interdire pendant six ans toute participation électorale à des formations obtenant moins de 3 % des voix.
Mais c’est la conclusion de la lettre qui frappe le plus par son ton presque alarmiste. Dans un passage rédigé en créole, la Fusion compare implicitement Haïti à « un bateau sans gouvernail » et interpelle directement le Premier ministre sur la fin prochaine de son mandat prévu par l’accord politique de transition.
« Peyi a pa ka tann ankò », écrit le parti. « Nou pa gen dwa kite Ayiti peri. »
Par cette sortie, la Fusion ne se contente plus de critiquer la gestion gouvernementale. Le parti semble désormais remettre en question la capacité même des autorités de transition à conduire le pays vers une sortie de crise crédible.
