Yémen : l’Arabie saoudite prépare une possible offensive contre les Houthis
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L’Arabie saoudite prépare une nouvelle opération militaire au Yémen pour tenter de reprendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, selon des responsables régionaux et occidentaux cités par Reuters. Deux scénarios seraient actuellement étudiés, allant d’une offensive limitée sur la côte à une opération beaucoup plus large sur plusieurs fronts.
Selon les informations rapportées vendredi 2 octobre, l’opération pourrait être lancée dans les prochaines semaines. Elle serait principalement menée au sol par des forces yéménites soutenues et coordonnées par Riyad, avec un appui aérien saoudien. Selon plusieurs sources au fait des préparatifs, plus de 100 000 combattants yéménites pourraient être mobilisés, en fonction de l’ampleur finalement retenue.
Bab el-Mandeb au cœur des préparatifs
Le principal enjeu est le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden et constituant une voie majeure pour le commerce maritime international.
Les Houthis ont réalisé ces dernières semaines d’importantes avancées le long de la côte occidentale du Yémen. Reuters avait notamment rapporté leur arrivée sur l’île stratégique de Perim, située dans le détroit, renforçant leur position autour de cette voie maritime.
Selon les sources citées par Reuters, Riyad étudierait actuellement deux options : une opération côtière visant principalement à reprendre la zone de Bab el-Mandeb, ou une campagne plus large avec des offensives coordonnées dans plusieurs gouvernorats, notamment Al-Bayda, Marib, Taïz et Al-Jawf.
Washington fournit des renseignements
Les États-Unis apporteraient un soutien en matière de renseignement et d’informations de ciblage destinées à appuyer les opérations aériennes saoudiennes, selon une source occidentale citée par Reuters.
La Turquie et le Pakistan fourniraient également du matériel et un soutien militaire principalement défensif. Islamabad aurait notamment envoyé en août plusieurs avions-cargos contenant des systèmes de défense antiaérienne, de l’artillerie légère, des drones et des équipements antidrones. Des conseillers militaires pakistanais seraient également présents en Arabie saoudite.
Le Pakistan aurait déployé entre 30 000 et 40 000 soldats en Arabie saoudite pour contribuer à la défense du territoire et à l’interception de drones et de missiles. Islamabad affirme toutefois ne pas avoir décidé d’envoyer ses forces combattre directement au Yémen.
Des drones turcs seraient également utilisés au-dessus du Yémen, selon les mêmes sources.
Une nouvelle escalade après plusieurs années de trêve
L’Arabie saoudite était intervenue directement dans la guerre au Yémen en 2015, à la tête d’une coalition soutenant le gouvernement reconnu internationalement face aux Houthis. Une trêve conclue en 2022 avait largement réduit les combats directs entre les deux camps.
La situation s’est toutefois fortement dégradée en 2026. Les avancées houthis autour de la côte de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb ont modifié l’équilibre militaire. Selon ACLED, les Houthis ont avancé d’environ 150 kilomètres le long de la côte en une semaine, prenant notamment le contrôle de Mokha avant d’atteindre la zone de Bab el-Mandeb.
Un risque pour le trafic maritime
Le contrôle ou la menace exercée sur Bab el-Mandeb intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Le détroit constitue l’une des principales voies maritimes entre l’océan Indien, la mer Rouge et la Méditerranée.
ACLED estime que les gains territoriaux des Houthis autour du détroit représentent un risque durable pour le trafic maritime et les marchés de l’énergie. L’organisation souligne notamment que la situation pourrait entraîner une hausse des coûts d’assurance, de transport et de sécurité pour les navires.
La crise humanitaire s’aggrave parallèlement au Yémen. Le Programme alimentaire mondial rapporte que 74 % des familles dans les zones contrôlées par le gouvernement connaissent actuellement des difficultés alimentaires, tandis que les combats ont provoqué de nouveaux déplacements de population.
Une opération encore incertaine
À ce stade, aucune date officielle de lancement n’a été annoncée et les autorités saoudiennes et yéménites n’ont pas confirmé publiquement les détails de l’opération rapportés par Reuters. Les sources citées évoquent une possible intervention dans les prochaines semaines, mais les modalités et l’ampleur de l’éventuelle offensive restent incertaines.
En parallèle, le Pakistan a annoncé vendredi qu’une réunion d’urgence des membres du pacte de défense conclu avec l’Arabie saoudite et la Turquie doit se tenir à Riyad la semaine prochaine. L’objectif sera notamment d’examiner les possibilités d’engagement politique avec les Houthis, en alternative à une nouvelle escalade militaire.
Le dossier reste donc suspendu entre deux perspectives : une opération militaire destinée à reprendre Bab el-Mandeb, ou une tentative de relance des discussions pour éviter une nouvelle guerre ouverte de grande ampleur au Yémen.

