Prenez votre retraite politique et cachez-vous !
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Le temps est à la lutte patriotique, et non à celui d’une élite qui se tait devant l’inacceptable par calcul politique. Qui se réfugie dans des analyses déconnectées, dans le doute stratégique et dans des stratégies d’évitement, refusant de regarder la réalité alors que le pays s’effondre dans la catastrophe et la corruption généralisée. Il ne s’agit pas d’une simple « carte d’identité internationale » permettant de voyager et de dépenser des fonds illicites, mais d’une infraction globale, réprimée partout. Depuis plusieurs décennies, un véritable consensus silencieux entre les élites au pouvoir semble viser à mettre la République d’Haïti à sac.
La politique se joue sur le temps long, un horizon que les corrompus qui ont capturé l’État et ses institutions ne peuvent contrôler. Malgré les réseaux dont ils disposent, ils seront tôt ou tard rattrapés et poursuivis, où qu’ils se cachent. Tant que ces responsables de la crise actuelle continueront d’entretenir l’instabilité politique et la misère sociale du peuple, leur impunité restera précaire.
La résolution du problème de la corruption exige de mettre fin à la gouvernance actuelle, dirigée par le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement de facto de Didier Alix Fils-Aimé, afin de la remplacer par une équipe intègre, soucieuse de l’intérêt général. Le pouvoir qui lui succédera devra s’attacher à combattre la fraude et à promouvoir le développement national.
Notre conception du pouvoir s’inscrit dans une perspective de long terme, à l’opposé des manœuvres conjoncturelles menées aujourd’hui pour répondre aux ambitions immédiates de quelques politiciens, ou pour lancer à toute hâte un processus électoral placé sous l’influence de groupes armés et criminels.
Après la chute de la dynastie Duvalier, le pays a fait le choix de la démocratie, consacré dans la Constitution. Les élections constituent la voie démocratique par excellence, et il n’est pas question de s’y opposer. Cependant, nous savons que la démocratie ne se limite pas à l’organisation du scrutin. Les élections ne peuvent remplir leur fonction que si elles sont libres, équitables et à l’abri de l’intimidation. Dans les conditions actuelles, le risque est trop grand que les choix des électeurs soient détournés par la corruption et la violence.
Que ce soit le Conseil présidentiel de transition (CPT) ou le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, leurs membres appartiennent à des partis politiques qui briguent les élections à venir. Dans ces conditions, comment garantir l’équité du processus électoral ?
Or, il faut restaurer la confiance des partis et des électeurs. Les citoyens savent que leur pays est gouverné par un régime corrompu et craignent que les résultats des scrutins ne reflètent pas leur volonté. Une élection organisée sous le contrôle des gangs et sans conditions d’équité ne contribuera ni à la légitimité des institutions ni à la vitalité de notre démocratie.
Les dirigeants actuels sont une honte pour la nation. J’exige qu’ils se retirent de la vie politique. Il n’y a pas d’autre issue : reconnaître leur faute et se retirer pour laisser la place à un renouvellement. Nombre d’entre eux sont hantés par la peur de la déchéance ; un homme digne ne doit pas assister à sa propre ruine — il doit savoir se retirer au moment opportun.
Quant à ceux qui ne pensent qu’à l’argent issu de sources douteuses, ils ne prévoient aucune sortie honorable ; leur place est dans le musée du passé.
Cette équipe a-t-elle encore le choix entre l’humiliation publique devant les tribunaux et la conservation d’une certaine dignité en démissionnant volontairement ?
Nous ne gagnerons pas sans courage politique et sans pressions citoyennes organisées. Exiger la démission des responsables compromis n’est pas une vengeance : c’est une condition minimale pour un processus crédible de réparation et de reconstruction. Les dirigeants qui aiment vraiment le pays accepteront de se retirer pour que la nation survive ; les autres devront répondre de leurs actes devant la justice. L’avenir d’Haïti exige une génération de dirigeants prêts à sacrifier leur pouvoir pour l’intérêt général — et une société civile prête à exiger cela, avec détermination et méthode.
Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’université d’État d’Haiti
Université du Québec (Canada)
Montréal, 7 novembre 2025
Tél : +509-44073580
Email : sonet.saintlouis@gmail.com