De Jovenel Moïse à la Gonâve : autopsie d’une souveraineté annihilée, d’un État débordé et d’un pays devenu la cible privilégiée des mercenaires, des aventuriers et des réseaux transnationaux
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L’info a traversé l’actualité comme un éclair, brève et brutale : deux jeunes Texans, armés de rêves de mercenaires et d’un projet aussi violent qu’irréaliste, envisageaient de prendre le contrôle de l’île de la Gonâve. Un scénario de film d’action en apparence, mais qui, dans la réalité haïtienne, frappe comme un coup de poing. Cette affaire, si grotesque soit-elle, est bien plus qu’un fait divers. Elle est la révélation crue d’un état de fait : Haïti est perçue comme un territoire à prendre, un espace politique à ciel ouvert.
L’acte d’accusation américain est stupéfiant. Il décrit un projet de renversement d’autorités locales et d’exploitation de civils, monté depuis le Texas par des individus sans lien avec la complexité haïtienne. Leur amateurisme n’enlève rien à la gravité du symbole : Haïti semble être devenue cette terre où n’importe quel aventurier estime pouvoir tenter sa chance, sans crainte de conséquences.
Cette affaire agit comme un électrochoc, mais elle réveille une douleur bien plus profonde, une plaie qui ne cicatrise pas : l’assassinat du président Jovenel Moïse.
L’ombre de Jovenel Moïse, l’énigme qui hante toujours la nation
Trois ans. 4 longues années depuis que le président a été exécuté chez lui par un commando international. 4 ans durant lesquels des suspects ont été arrêtés, des procédures ouvertes aux États-Unis, mais où l’essentiel demeure dans l’ombre.
Qui a commandité le crime ?
Qui a financé l’opération ?
Qui en a tiré profit ?
Le silence qui entoure ces questions est assourdissant. Il n’est plus seulement judiciaire ; il est éminemment politique. L’incapacité de l’État haïtien à établir la vérité sur la mort de son propre chef est le symptôme le plus criant de son effondrement.
L’affaire des Texans n’est pas une anomalie. Elle est le produit d’un terreau fertile : l’absence de sécurité, la paralysie judiciaire, le démantèlement institutionnel. Haïti évolue dans un vide politique que toutes les convoitises, même les plus désordonnées, s’empressent de remplir.
Le pays n’est plus seulement en crise. Il est devenu un État vulnérable, dont la souveraineté est bafouée au point d’attirer les projets les plus fous.
Sur les réseaux sociaux et dans les rues de Port-au-Prince, une question fuse, brûlante d’amertume : comment les États-Unis peuvent-ils démanteler en un temps record un complot de cow-boys visant une île haïtienne, alors que l’enquête sur l’assassinat d’un président en exercice piétine ?
Ce contraste saisissant nourrit une défiance profonde : celle d’une justice internationale à deux vitesses. Rapide et efficace quand ses intérêts propres sont en jeu ; lente et fragmentée quand il s’agit de la stabilité et de la vérité pour Haïti.
L’affaire des Texans s’ajoutera sans doute à la longue liste des intrusions étrangères dans l’histoire haïtienne. Elle ne changera peut-être pas les rapports de force géopolitiques.
Mais pour le peuple haïtien, elle est un rappel cruel et cinglant. Un rappel que sans institutions fortes, sans vérité sur la mort de Jovenel Moïse, et sans une souveraineté réelle et réaffirmée, Haïti restera un pays exposé, fragile, et trop souvent traité comme une terre sans maître et sans défense.
Cette histoire de deux Texans n’est pas qu’une anecdote. C’est le miroir tendu vers une nation qui se demande, une fois de plus, qui elle est aux yeux du monde, et jusqu’à quand son territoire sera considéré comme une chasse gardée pour tous les complots.