15 avril 2026

Boao Forum for Asia : la petite ville qui relie l’Asie au monde

5 min de lecture
Le Forum de Boao pour l’Asie célèbre son 25e anniversaire, soulignant son rôle central dans les débats mondiaux sur les tensions économiques et géopolitiques actuelles.

Le Forum de Boao pour l’Asie célèbre son 25e anniversaire dans un contexte de nouvelles turbulences économiques mondiales.

Boao ne devrait pas peser autant sur la scène internationale. Ce n’est ni une capitale financière ni même une grande ville. Et pourtant, à l’issue de sa 25e édition, le Forum de Boao pour l’Asie (BFA) a de nouveau placé cette petite localité côtière de la province chinoise de Hainan au centre des débats mondiaux.

Dirigeants politiques, chefs d’entreprise et universitaires s’y sont réunis pour discuter du rôle de l’Asie dans un monde marqué par la montée du protectionnisme et les tensions géopolitiques. Cette édition coïncide avec une nouvelle phase de tensions économiques : la flambée des prix de l’énergie, alimentée par les crispations dans le Golfe, pèse sur la croissance mondiale.

Pour la troisième fois en 25 ans, le forum se tient dans l’ombre d’un choc externe. Une constante qui rappelle que Boao est né d’une crise.

Une réponse asiatique à la crise de 1997

À l’été 1997, la crise financière asiatique, déclenchée en Thaïlande, provoque l’effondrement du baht puis de plusieurs monnaies régionales. L’Indonésie et la Corée du Sud sont durement touchées ; cette dernière doit solliciter un plan de sauvetage du FMI. L’épisode agit comme un électrochoc : l’Asie découvre sa vulnérabilité au sein d’un système économique mondial dont elle ne fixe pas les règles.

L’idée d’un forum régional émerge en 1998, à l’initiative de trois anciens dirigeants : le Philippin Fidel Ramos, l’Australien Bob Hawke et le Japonais Morihiro Hosokawa. Leur objectif : créer une plateforme de haut niveau permettant aux pays asiatiques de définir leur propre agenda.

Le forum est officiellement fondé en 2001, année de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce double calendrier illustre un même pari : l’intégration approfondie à la mondialisation comme moteur de prospérité.

Le premier secrétaire général du BFA, Long Yongtu, fut également le négociateur en chef de l’adhésion chinoise à l’OMC, incarnant ce lien entre insertion globale et coordination régionale.

Boao, un choix stratégique

Avec un peu plus de 30 000 habitants aujourd’hui, Boao reste une petite ville. Dans les années 1990, elle n’était guère plus qu’un village de pêcheurs. Son choix comme site permanent du forum peut sembler paradoxal.

À l’image du World Economic Forum à Davos, en Suisse, le BFA bénéficie d’un environnement relativement neutre et éloigné des centres politiques et financiers. Cette distance favorise des échanges plus directs, parfois plus libres, entre responsables en exercice et anciens dirigeants.

Le forum se tient traditionnellement après les « deux sessions », grand rendez-vous politique annuel chinois, offrant ainsi une première lecture des orientations économiques du pays.

Hainan, laboratoire de l’ouverture

La localisation du forum renvoie aussi à la trajectoire d’ouverture de la Chine. En 1988, Hainan devient la première province chinoise entièrement classée zone économique spéciale. Le 18 décembre 2025, Pékin y lance des opérations douanières spéciales à l’échelle de l’île dans le cadre du port de libre-échange de Hainan, présenté comme le plus vaste au monde.

Avec 74 % des produits exonérés de droits de douane et un taux d’imposition sur les sociétés fixé à 15 % pour certains secteurs, la zone attire capitaux et entreprises étrangères. En cent jours, les échanges commerciaux ont dépassé 80 milliards de yuans, en hausse de plus de 30 % sur un an.

Boao et le port franc participent d’une même architecture : celle d’une ouverture économique structurée et institutionnalisée.

De la gestion de crise à la définition d’agenda

Au fil des années, les thèmes du forum ont évolué. D’abord centrés sur la coopération régionale, ils ont ensuite intégré les enjeux d’innovation, de transition écologique et de gouvernance mondiale.

La crise financière mondiale de 2008 marque un tournant. En 2009, peu après le sommet du G20 de Londres, Boao se présente comme un espace de dialogue asiatique sur la sortie de crise. L’Asie devient alors le principal moteur de la reprise mondiale, contribuant à plus de 45 % de la croissance globale en 2010.

Dès 2010, le forum met en avant la notion de « reprise verte », anticipant l’essor des technologies bas carbone et des véhicules électriques, perçus comme une opportunité pour les économies émergentes de combler leur retard.

Plus récemment, les discussions se sont élargies aux questions de sécurité et de gouvernance stratégique, illustrant l’imbrication croissante entre économie et géopolitique.

Un espace de stabilisation dans un monde fragmenté

À 25 ans, le BFA évolue dans un environnement international plus fragmenté que jamais : montée des rivalités géopolitiques, affaiblissement du multilatéralisme, incertitudes économiques persistantes.

Selon son secrétaire général, Zhang Jun, l’incertitude domine désormais les perspectives mondiales.

Dans ce contexte, le rôle du forum dépasse la simple organisation de conférences. Il s’agit d’offrir un espace de pré-coordination, où les signaux politiques sont clarifiés, où les initiatives régionales sont expliquées, et où les sujets émergents — du numérique à la transition énergétique — peuvent être discutés avant de cristalliser des divisions.

En un quart de siècle, la Chine est passée d’un PIB d’environ 1 300 milliards de dollars à plus de 19 000 milliards. Cette transformation, combinée à une intégration régionale renforcée — notamment à travers l’Accord de partenariat économique régional global (RCEP) — redessine le poids économique de l’Asie.

Boao ne prétend pas résoudre les fractures du monde. Mais en maintenant le dialogue et en favorisant une meilleure lisibilité des orientations régionales, la petite ville de Hainan continue de jouer un rôle singulier : celui d’un carrefour discret entre l’Asie et le reste du monde.

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