30 novembre 2025

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Le silence des intellectuels haïtiens face à la grande déchéance

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Comment neuf corrompus au pouvoir, qui ont confisqué la nation, ont-ils pu obtenir le silence de l’élite intellectuelle haïtienne, répartie entre Haïti et la diaspora ? Comment les riches acceptent-ils de vivre dans un chaos qui risque de les emporter un bon matin ? Pourquoi la société globale refuse-t-elle de sanctionner ceux qui, par leurs actions au pouvoir, ont détruit l’indépendance du pays et sa souveraineté ? Comment cela est-il arrivé à Haïti ?

Quand on avait placé au pouvoir une structure appelée « Conseil présidentiel de transition » de neuf membres pour gérer la transition politique haïtienne, certaines voix avaient conclu que cette formule ne pouvait pas fonctionner. Elle était trop étrange au regard de notre histoire politique et constitutionnelle. En se référant à certaines figures politiques qui le composaient, et voyant qu’elles étaient des personnes expérimentées ayant occupé dans le passé divers espaces de pouvoir, certains observateurs avaient tempéré leurs critiques.

On sait bien que l’inexpérience en politique est un grave problème. Chez nous, la majorité de nos « expérimentés » n’ont pas vraiment d’expérience. Ils n’ont rien appris de l’État, ni en théorie ni en pratique. Il nous manque sérieusement des professionnels de l’État à la gouvernance du pays. On se trompe trop souvent sur les personnes qui doivent nous gouverner. Un individu ou plusieurs individus peuvent se tromper, mais lorsque c’est la nation qui se trompe collectivement, on va tout droit vers la déchéance.

À travers le Conseil présidentiel de transition, c’est la majorité des secteurs vitaux de la nation qui s’est trompée. Cette instance est le choix de la classe politique, du secteur privé des affaires et de la société civile. C’est un échec global dont le pays commence à sentir le poids des conséquences.

Nous ne cherchons pas à avoir raison. Nous avons fait notre travail en tant qu’intellectuels publics responsables. Ce n’est pas un comportement nouveau. Dans l’histoire nationale, chaque fois que la nation traverse une crise de cette dimension, il y a toujours eu des voix pour indiquer la voie à suivre, la solution à envisager. Mais l’étranger, ainsi qu’une grande partie de l’élite, ont toujours refusé d’emprunter la voie de la raison. Finalement, c’est toujours le pays qui en pâtit.

Nous avions dit non à la réforme constitutionnelle telle qu’elle a été engagée par le pouvoir. Cette initiative, au bout du compte, s’est révélée être un véritable fiasco intellectuel et politique. Haïti, je le répète, n’a pas un problème de constitution, même si le texte fondateur de 1987 mérite d’être revisité. Comment certains intellectuels peuvent-ils se permettre d’évaluer un texte qui n’a jamais été appliqué ? Mettre de côté une constitution qui n’a jamais été appliquée signifie qu’elle n’a jamais été voulue ni acceptée. Or, le grand problème des élites haïtiennes, c’est qu’elles ne veulent pas de la loi.

Je l’ai amplement souligné : le respect de la loi est une affaire d’éducation. Donc, le respect de notre Constitution et de nos lois ne dépend pas seulement de leur valeur intrinsèque, mais aussi de la volonté des gouvernants et des gouvernés de les respecter. Les Haïtiens n’aiment pas la loi. Mais comment leur apprendre que le respect des lois et des institutions reste la meilleure politique, le véritable gage de la stabilité ?

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Le 7 février 2026, le système va tomber. Ses principaux acteurs et bénéficiaires essaient de le pousser jusqu’au bout. Que devons-nous faire maintenant, ensemble, pour empêcher que leurs manœuvres ne nous replongent dans la même déchéance politique en Haïti ?

Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a échoué et c’était prévisible. Le CPT, qui compte en son sein cinq inculpés pour corruption, détournement de fonds publics et soutien présumé aux gangs armés, ne peut pas continuer à se maintenir à la tête de l’État. C’est immoral !

Nous souhaitons tous des progrès politiques qui doivent nécessairement aboutir à des élections libres et transparentes. Nous condamnons tout processus électoral qui permettrait aux acteurs du crime de conserver l’autorité de l’État ou d’y revenir.

Nos gouvernants doivent être conscients qu’ils sont tenus à l’obligation de reddition de comptes. Ceux qui nous ont dirigés doivent savoir que, s’ils aspirent à revenir en politique, ils ont non seulement l’obligation de présenter un bilan satisfaisant à la population, mais aussi de démontrer qu’ils ont scrupuleusement respecté les principes de reddition de comptes. C’est la seule façon de prouver que l’on respecte la République et les citoyens que l’on a servis.

Entre-temps, nous ne pouvons éviter la question politique centrale, celle d’une fin de mission qui approche à grande vitesse. Le CPT, dont le gouvernement de facto tire son autorité, doit partir avec lui pour ouvrir la voie à une solution qui fonctionne réellement pour la nation. Une réponse institutionnelle, certes difficile, me semble être la démarche la moins risquée et la plus viable pour garantir la confiance dans la nouvelle gouvernance qui devra prendre forme le 7 février 2026.

Mettons ensemble nos forces et unissons nos intelligences pour dégager le consensus qui nous éviterait l’ultime humiliation face à la faillite actuelle dont nous sommes les premiers responsables.

Car l’histoire ne pardonne jamais les peuples qui renoncent à eux-mêmes. Relevons-nous, reprenons notre destin en main, et faisons du 7 février 2026 non pas la date d’un effondrement annoncé, mais celle d’un sursaut national ! Haïti n’attend que notre courage. À nous maintenant de répondre présent.

Sonet Saint-louis av
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie de la recherche juridique à la Faculté de droit et des Sciences Économiques de l’université d’État d’Haïti.
Université du Québec à Montréal
Montréal 26 novembre 2025
Tél: 2635580083/44073580
Email: sonet.saintlouis@gmail.com

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