Véhicule blindé, bus, vols charter… ces sociétés privées chargées d’exfiltrer les salariés bloqués au Moyen-Orient
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DÉCRYPTAGE – Face à l’escalade du conflit dans le Golfe, de nombreuses entreprises font appel à des sociétés privées de sécurité pour évacuer leurs salariés bloqués dans la région. Un marché discret, mais en pleine activité.
Depuis Dubaï, il faut compter près de six heures de route pour rejoindre l’aéroport d’Oman encore ouvert, en incluant le passage de la frontière. Depuis le Koweït, la traversée vers l’Arabie saoudite peut prendre une journée entière. Ces trajets inhabituels sont devenus, depuis une semaine, le quotidien de centaines de salariés étrangers pris au piège de la guerre qui s’intensifie au Moyen-Orient.
Non prioritaires dans les plans de rapatriement organisés par les États, ces employés – ingénieurs, cadres du pétrole, consultants ou personnels d’entreprises internationales – doivent souvent compter sur leur employeur pour quitter la région. Pour organiser ces départs dans un contexte instable, certaines sociétés se tournent vers un acteur discret : les entreprises de sécurité et de défense privées (ESSD).
Une logistique d’évacuation sur mesure
Ces sociétés spécialisées dans la gestion de crise proposent des solutions adaptées à chaque situation. Selon les besoins, l’évacuation peut se faire de manière très individualisée ou au contraire collective.
« Tout est fait selon les besoins et la situation : on peut mobiliser un véhicule privé et blindé avec garde du corps pour une personne, comme un bus pour plusieurs dizaines de passagers », explique Vincent Jacquemart, président d’Irena Group, une entreprise française spécialisée dans la gestion de crise.
Depuis le début de la montée des tensions, la société a déjà coordonné l’évacuation de plusieurs dizaines de personnes. Les itinéraires sont parfois complexes : transfert terrestre vers un pays voisin, puis embarquement sur un vol commercial ou affrété spécialement.
Routes détournées et aéroports secondaires
Avec la fermeture de nombreux espaces aériens et la suspension de plusieurs liaisons commerciales, les sociétés d’évacuation doivent composer avec une carte du transport aérien bouleversée.
Certains groupes font ainsi transiter leurs salariés par des aéroports secondaires encore opérationnels, notamment en Oman ou en Égypte. Les trajets terrestres peuvent dépasser plusieurs centaines de kilomètres et nécessitent une coordination minutieuse : vérification des postes-frontières, sécurisation des convois et suivi en temps réel de la situation sécuritaire.
Dans certains cas, les entreprises affrètent directement des vols charter afin de regrouper leurs employés et accélérer leur départ. Ces opérations impliquent souvent plusieurs étapes : regroupement dans un hôtel sécurisé, transfert routier sous escorte, puis vol vers l’Europe ou l’Asie.
Une activité discrète mais stratégique
Le recours à ces sociétés privées n’est pas nouveau. Les grandes multinationales, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la construction ou de la finance, disposent souvent de contrats avec des spécialistes capables d’intervenir rapidement en cas de crise politique ou sécuritaire.
Mais l’ampleur du conflit actuel dans la région a fait grimper la demande. Plusieurs entreprises de sécurité indiquent avoir reçu en quelques jours des dizaines de demandes d’assistance.
« Les entreprises veulent avant tout assurer la sécurité de leurs équipes et maintenir la continuité de leurs activités », explique un consultant en gestion des risques basé à Londres.
Un coût élevé pour les entreprises
Ces opérations d’exfiltration ont un coût important. Entre la mobilisation de véhicules sécurisés, l’escorte armée, la logistique aux frontières et parfois l’affrètement d’un avion, la facture peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un groupe d’employés.
Malgré ces montants élevés, les entreprises considèrent souvent ces dépenses comme nécessaires. Au-delà de la sécurité des salariés, il s’agit aussi de préserver leur responsabilité juridique et leur réputation.
Alors que la situation reste incertaine dans plusieurs pays du Golfe, ces spécialistes de la gestion de crise continuent de travailler en coulisses pour organiser des départs parfois improvisés, transformant routes désertiques, bus et avions affrétés en véritables couloirs d’évacuation privés.