15 mai 2026

Afrique : le tapentadol, ce comprimé rouge venu d’Inde qui inquiète les autorités sanitaires

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Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, un petit comprimé rouge est en train de devenir un véritable fléau sanitaire. Son nom : le tapentadol. Cet antidouleur opioïde, produit principalement en Inde, alimente désormais une vague de dépendance qui touche particulièrement les jeunes, les travailleurs précaires et certains consommateurs déjà fragilisés par l’usage de substances psychoactives.

À l’origine, le tapentadol est un médicament destiné au traitement des douleurs sévères. Utilisé sous contrôle médical dans plusieurs pays, il agit directement sur le système nerveux central avec une puissance proche de certains opioïdes lourds. Mais sur le continent africain, ce produit circule largement en dehors de tout cadre médical, souvent vendu clandestinement dans les marchés, les rues ou via des réseaux informels.

Le phénomène prend une ampleur alarmante au Nigeria, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Cameroun ou encore au Togo, où les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme face à l’explosion des cas de dépendance. Les comprimés, facilement transportables et relativement bon marché, sont parfois consommés pour tenir durant de longues heures de travail, lutter contre la fatigue, rechercher une sensation d’euphorie ou échapper temporairement à des conditions de vie difficiles.

Selon plusieurs spécialistes de santé publique, la dangerosité du tapentadol réside dans sa forte capacité addictive. Pris de manière répétée, le produit peut provoquer des troubles neurologiques, une dépression respiratoire, des pertes de conscience, des hallucinations et, dans certains cas, des overdoses mortelles.

Les réseaux criminels profitent également des failles réglementaires et du faible contrôle pharmaceutique dans certaines régions pour inonder les marchés africains de versions parfois contrefaites ou mélangées à d’autres substances encore plus dangereuses. Certains comprimés vendus illégalement combineraient même le tapentadol avec des stimulants ou des molécules non identifiées, augmentant les risques pour les consommateurs.

Derrière cette crise se cache aussi une dimension géopolitique et économique. L’Inde, souvent qualifiée de « pharmacie du monde », est l’un des plus grands producteurs de médicaments génériques. Si une grande partie de cette industrie répond à des besoins médicaux légitimes, certaines filières illégales profiteraient du manque de contrôle sur certaines exportations destinées aux marchés africains.

Pour les experts, la montée du tapentadol révèle surtout l’absence de politiques publiques solides en matière de santé mentale, d’addiction et de prévention dans plusieurs pays africains. Faute de structures adaptées, de nombreux jeunes tombent dans une dépendance silencieuse qui détruit progressivement leur santé physique, psychologique et sociale.

Face à cette menace grandissante, plusieurs gouvernements africains tentent désormais de renforcer les contrôles douaniers et les opérations contre les trafiquants. Mais sur le terrain, la circulation du comprimé rouge continue de progresser, portée par la pauvreté, le chômage et l’économie parallèle.

Une crise discrète, mais dont les conséquences pourraient devenir majeures pour toute une génération.

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