Haïti : les revendications de la CFR rejoignent certaines préoccupations exprimées par l’ONU
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Alors que la crise sécuritaire continue de fragiliser le processus électoral en Haïti, les Nations unies insistent sur la nécessité de réunir les conditions indispensables à des élections crédibles. Des préoccupations qui rejoignent certaines revendications d’André Michel, membre de la Coalition des forces républicaines (CFR), notamment sur la neutralité de l’État et la sécurité du scrutin. Sans soutenir explicitement ce regroupement politique, l’ONU place ces enjeux au cœur des défis de la transition.
Dans son rapport sur la situation en Haïti, couvrant la période du 15 juillet au 12 octobre 2026, le Secrétaire général de l’ONU met en évidence les difficultés sécuritaires et institutionnelles qui pèsent sur la préparation des prochaines élections. Lors de son intervention devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre, le représentant du Secrétaire général a également souligné la nécessité d’adapter le calendrier électoral aux réalités logistiques et sécuritaires du pays. Il a insisté sur l’importance d’une coordination étroite entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire (CEP), dans le respect de leurs responsabilités respectives.
Ces préoccupations rejoignent plusieurs positions défendues par André Michel au cours des dernières semaines. L’avocat et responsable politique a notamment critiqué ce qu’il qualifie de transition « partisane et déséquilibrée », en exprimant des réserves sur le lancement d’une plateforme politique par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Selon lui, une telle situation risque de fragiliser la confiance entre les acteurs politiques et de compromettre les conditions d’une compétition électorale équitable.
Le principe de neutralité de l’État constitue ainsi un point central de convergence. Pour André Michel et la CFR, les institutions publiques ne doivent pas être utilisées au profit d’une formation politique ou d’un candidat. Cette exigence vise à garantir l’égalité de traitement des acteurs engagés dans la compétition électorale et à préserver la confiance des citoyens dans le processus.
Le gouvernement haïtien a lui-même adopté, le 5 octobre 2026, une résolution réaffirmant son engagement à observer la neutralité pendant le processus électoral. Le texte prévoit notamment que les agents publics ne doivent pas utiliser les ressources de l’État à des fins de propagande électorale et rappelle que les manquements peuvent entraîner des sanctions prévues par les lois et règlements en vigueur. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la proclamation d’un principe, mais également dans son application effective.
La sécurité représente un autre volet déterminant. Le 20 octobre, la CFR a plaidé pour le déblocage et la sécurisation des routes afin de faciliter la circulation des personnes et des biens avant les élections. Cette revendication renvoie à une difficulté concrète : dans un pays confronté à la violence des groupes armés, l’organisation d’un scrutin crédible suppose que les électeurs, les candidats, les agents électoraux et le matériel puissent circuler dans des conditions suffisamment sûres.
De son côté, l’ONU souligne que toute révision du calendrier électoral doit s’appuyer sur une évaluation réaliste des conditions sécuritaires et logistiques. L’organisation avertit que l’annonce répétée d’échéances qui ne peuvent être respectées risque d’affaiblir la confiance de la population et la crédibilité des institutions. Cette approche met en avant la nécessité de concilier la volonté d’organiser rapidement les élections avec les conditions réelles de leur réalisation.
La question électorale reste également liée à la participation citoyenne. Selon le rapport du Secrétaire général, 759 257 personnes étaient inscrites au registre électoral au 5 octobre, sur une population électorale estimée à environ 6,5 millions de personnes. Les femmes représentaient 50,4 % des personnes enregistrées, contre 49,6 % pour les hommes. Ces chiffres illustrent l’ampleur du travail restant à accomplir pour élargir la participation et préparer un scrutin inclusif.
Pour les autorités haïtiennes, le défi consiste désormais à traduire les engagements institutionnels en garanties concrètes : neutralité de l’administration, sécurité des axes routiers, transparence des décisions électorales et coordination entre les institutions concernées. Les acteurs politiques, de leur côté, sont appelés à participer au processus tout en pouvant exprimer leurs préoccupations sur les conditions de son organisation.
Les convergences entre certaines revendications d’André Michel et les préoccupations exprimées par l’ONU sont donc identifiables, notamment autour de la neutralité de l’État, de la sécurité et de la crédibilité électorale. Elles ne signifient toutefois pas que les Nations unies ont officiellement adopté la position politique de la CFR. Le rapport onusien expose une analyse institutionnelle et des recommandations générales ; il ne constitue pas un soutien explicite à un parti ou à un regroupement politique.
La question essentielle demeure celle de la mise en œuvre : les autorités de transition pourront-elles garantir, dans les faits, les conditions institutionnelles et sécuritaires nécessaires à des élections crédibles, inclusives et transparentes en Haïti ?

