Haïti : l’ONU confirme le renforcement de la Force de répression des gangs et appelle au respect du droit international
5 min de lecture
Screenshot
Dans son rapport publié le 12 octobre 2026, le Secrétaire général des Nations unies dresse un bilan préoccupant de la situation sécuritaire, humanitaire et politique en Haïti. Le document confirme l’élargissement des opérations de la Force de répression des gangs (FRG), tout en soulignant la nécessité d’une coordination étroite avec les autorités haïtiennes et du respect du droit international.
La situation sécuritaire en Haïti demeure particulièrement préoccupante, malgré les opérations menées contre les groupes armés. C’est l’un des principaux constats du rapport S/2026/800 du Secrétaire général des Nations unies, consacré aux activités du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) pour la période allant du 15 juillet au 12 octobre 2026.
Le document souligne que les gangs continuent de multiplier les attaques, les enlèvements, les extorsions et les violences sexuelles, tout en cherchant à étendre leur emprise territoriale. Les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite restent particulièrement exposés à cette insécurité persistante, qui fragilise davantage les institutions publiques et les conditions de vie de la population.
Entre le 1er juillet et le 1er octobre 2026, les données présentées par le BINUH font état de 1 123 personnes tuées, de 440 blessées et de 136 enlèvements dans le cadre des violences liées aux gangs. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise sécuritaire et les difficultés rencontrées par les autorités pour rétablir durablement l’ordre public.
Face à cette situation, la Force de répression des gangs a poursuivi ses opérations dans le département de l’Ouest et établi une base dans l’Artibonite. Selon le rapport, son effectif atteignait 1 563 membres en uniforme au 12 octobre 2026. Le contingent tchadien constituait la composante la plus importante, avec 740 membres, suivi du contingent sri-lankais, avec 349 personnes. Le Salvador comptait, pour sa part, 124 membres au sein de la Force.
Le déploiement de ces contingents s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer les capacités opérationnelles de la mission et à étendre sa présence au-delà de Port-au-Prince. Le rapport précise que le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BANUH) accompagne cette montée en puissance par un soutien logistique et opérationnel. Le Conseil de sécurité a également prolongé, le 29 septembre 2026, le mandat de la Force et du BANUH jusqu’au 31 mars 2027, conformément à la résolution 2829 (2026).
Cependant, le renforcement de la présence internationale soulève une exigence fondamentale : la coordination avec les institutions haïtiennes. Le paragraphe 33 du rapport insiste sur la nécessité d’une planification prévisible des déploiements et d’une coordination étroite entre les Nations unies, la Force de répression des gangs et les autorités nationales. Il rappelle également que les différents acteurs doivent préserver leurs mandats et leurs rôles respectifs, qu’ils soient politiques, sécuritaires ou humanitaires.
Cette précision revêt une importance particulière dans le contexte des tensions suscitées par les menaces attribuées au président salvadorien, Nayib Bukele, après la disparition de quatre de ses compatriotes engagés dans la mission en Haïti. Si la protection de ces personnels constitue une préoccupation légitime, toute annonce d’intensification des opérations militaires doit être examinée à la lumière du cadre de la mission et des responsabilités des États participants.
Le rapport des Nations unies ne traite pas directement de cet incident ni des déclarations de Bukele. Il ne permet donc pas de conclure que celles-ci constituent une déclaration de guerre contre Haïti. Il fournit néanmoins un cadre institutionnel pertinent : les opérations de la FRG doivent s’inscrire dans le mandat établi, respecter les normes internationales applicables et faire l’objet d’une coordination soutenue avec les autorités haïtiennes.
La souveraineté nationale demeure ainsi un élément essentiel de la coopération sécuritaire. L’assistance internationale vise à soutenir les efforts d’Haïti contre les groupes armés, et non à se substituer sans limites aux responsabilités des institutions nationales. La recherche des quatre Salvadoriens doit donc privilégier les mécanismes de coopération et les procédures compatibles avec le cadre juridique applicable.
Au-delà des enjeux sécuritaires, le rapport met également en évidence la gravité de la crise humanitaire. En août 2026, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays était estimé à 1,49 million, dont environ 741 000 enfants. Par ailleurs, au 6 octobre, seuls 48,7 % des 880,3 millions de dollars prévus dans le plan de réponse humanitaire pour 2026 avaient été financés.
Sur le plan politique, les préparatifs électoraux demeurent fragilisés par l’insécurité. Le calendrier initial prévoyait un premier tour des élections présidentielle et législatives le 13 décembre 2026. Toutefois, après la modification du décret électoral du 6 octobre, le Conseil électoral provisoire a reporté la campagne électorale dans l’attente d’un calendrier actualisé.
Dans ses conclusions, le Secrétaire général souligne que la stabilisation durable d’Haïti exige des progrès simultanés en matière de sécurité, de gouvernance démocratique, de justice et de relèvement socioéconomique. Il insiste également sur la nécessité d’un soutien international durable, coordonné et conforme au droit international, notamment aux règles relatives aux droits humains.
La crise actuelle rappelle ainsi que la lutte contre les gangs ne peut reposer uniquement sur le déploiement de forces de sécurité. Elle nécessite des institutions nationales fonctionnelles, une coopération internationale encadrée et une stratégie capable de protéger durablement la population.
Alors que les tensions autour de la disparition des militaires salvadoriens suscitent des interrogations, une question demeure centrale : comment renforcer la coopération internationale contre les groupes armés sans compromettre la souveraineté d’Haïti ? La réponse dépendra autant de l’efficacité des opérations que du respect des engagements juridiques et institutionnels qui encadrent la mission.
Source principale : Conseil de sécurité des Nations unies, Rapport du Secrétaire général sur le Bureau intégré des Nations unies en Haïti, document S/2026/800, publié le 12 octobre 2026.

