21 février 2026

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Haïti : Vers un « pacte de non-agression » entre le pouvoir et des structures politiques, une manœuvre dénoncée comme un accord entre « alliés »

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Port-au-Prince, alors que le vide institutionnel se confirme depuis la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) le 7 février 2026, l’exécutif tente de verrouiller le jeu politique. Selon des informations rapportées par Le Métronome, un document présenté comme un « pacte républicain de non-agression politique » devrait être signé dès ce week-end entre le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, et plusieurs structures politiques. Si ce texte met l’accent sur la stabilité et l’organisation des élections, son émergence suscite de vives critiques sur sa représentativité et sa légitimité.

Alors que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) appelait récemment à un « consensus national » face à la « fragmentation et les divisions persistantes de la classe politique » , le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé semble vouloir prendre les devants. Dès cet après-midi, des formations politiques sont invitées à parapher ce document.

D’après nos sources, les signataires s’engageraient sur des principes généraux visant le « rétablissement de la sécurité » et la « promotion de la bonne gouvernance ». L’objectif affiché est de créer un front républicain pour sortir de l’ornière institutionnelle et préparer le terrain pour les élections générales, théoriquement toujours prévues pour le mois d’août 2026.

Cette initiative survient dans un contexte où la communauté internationale, par la voix du Conseil de sécurité de l’ONU, presse les acteurs haïtiens de « préserver la continuité de l’État » et de « dépasser la fragmentation politique » . Pourtant, sur le terrain, la situation sécuritaire reste catastrophique, avec des gangs contrôlant toujours une grande partie de la capitale, et la méfiance de la population envers sa classe politique n’a jamais été aussi profonde .

Lakay Info questionne : une simple affaire entre « alliés » ?

Mais au-delà de la communication officielle, la pertinence et la légitimité de ce pacte sont vivement contestées. Lakay Info dénonce une manœuvre visant à entériner un statu quo plutôt qu’à provoquer une réelle rupture. La question posée est simple : avec qui signe-t-on exactement ?

En l’absence d’une opposition politique structurée et crédible en Haïti, ce « pacte » ne serait en réalité qu’une affaire entre alliés et alliés du pouvoir en place.

Le paysage politique haïtien est en effet morcelé et discrédité. La transition, censée être une passerelle vers un retour à l’ordre constitutionnel, a vu l’émergence de nombreux partis inféodés au pouvoir ou créés dans le seul but de capter des financements ou des postes. Comme l’analysaient récemment plusieurs observateurs, les acteurs traditionnels, qu’ils soient du PHTK, Pitit Dessalines, de Lavalas ou de l’OPL, peinent à incarner un renouveau et sont souvent perçus comme responsables de la crise actuelle .

Dans ce vide, « signer un pacte avec des structures qui n’ont aucune assise populaire revient à organiser une auto-légitimation », analyse un chroniqueur de Lakay Info. Loin d’élargir le consensus, cette démarche risquerait d’exclure un peu plus la société civile, les syndicats et les forces vives de la nation qui ne se reconnaissent pas dans ces accords de façade.

La critique se fait encore plus acerbe concernant l’hôte de la Primature. Pour de nombreux médias et citoyens, Alix Didier Fils-Aimé n’a ni la crédibilité, ni la légitimité pour incarner une solution durable.

Homme d’affaires nommé en novembre 2024 en remplacement Didier Fils Aimé, il est perçu comme le produit d’un compromis entre le CPT sortant et les chancelleries étrangères. Depuis la fin du mandat du Conseil présidentiel, il se retrouve seul à la tête de l’exécutif, une situation que certains constitutionnalistes qualifient d' »anomalie politique » .

Mais le principal grief à son encontre reste son soutien indéfectible et ostentatoire de Washington. Alors que la classe politique locale tentait de le destituer en janvier 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio est intervenu directement pour réaffirmer son soutien au Premier ministre, une ingérence qui a laissé des traces .

« Le fait qu’il soit soutenu de manière si ostentatoire par les États-Unis tend à le délégitimer un peu plus aux yeux de la population, à en faire une nouvelle marionnette de l’international », analysait récemment Frédéric Thomas, chercheur au CETRI, sur TV5Monde .

Pour Lakay Info et de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, cette mainmise américaine est vécue comme un retour aux pires heures de l’ingérence étrangère. La présence récente de navires de guerre américains dans la baie de Port-au-Prince est d’ailleurs interprétée comme un avertissement clair à toute velléité de contestation interne .

un pacte sans le peuple ?

Alors que le gouvernement tente de montrer un semblant de contrôle en faisant signer ce pacte, la question de fond demeure. Peut-on organiser la sortie de crise sans le peuple, avec des acteurs politiques disqualifiés et un Premier ministre perçu comme le gestionnaire technique des intérêts étrangers ?

Si les signataires s’engagent à ne pas s’entre-déchirer, rien ne dit qu’ils parviendront à reconquérir la confiance d’une population qui subit au quotidien l’insécurité, la faim et l’exil. Dans cette « jungle politique » où les prédateurs se disputent un État en ruine , le véritable absent de ce pacte pourrait bien être le peuple haïtien lui-même.

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