23 mars 2026

Le monde au bord de la rupture : puissances en manœuvre, États en déliquescence

3 min de lecture

Il faut avoir le courage de le dire sans détour : nous ne vivons pas une simple période de tensions internationales, mais un moment de bascule historique. L’ordre mondial tel qu’il a été pensé au lendemain des grands équilibres du XXe siècle est en train de se dissoudre sous nos yeux.

Dans cette reconfiguration brutale, les crises ne sont plus isolées. Elles se répondent, se nourrissent et, parfois, se prolongent les unes dans les autres.

Prenons le cas de Iran. Toute confrontation majeure impliquant Téhéran dépasse immédiatement les frontières du Moyen-Orient. Elle affecte les marchés énergétiques, recompose les alliances militaires et accentue la polarisation entre blocs. Certains y voient une opportunité stratégique — affaiblir un adversaire, redessiner les circuits d’influence, imposer un nouvel équilibre.

Mais cette lecture relève d’un calcul à courte vue. Car une guerre avec l’Iran ne produirait pas de stabilité. Elle engendrerait un désordre durable, alimenterait des conflits par procuration et renforcerait des acteurs non étatiques déjà difficiles à contenir. En réalité, ce type de confrontation ne résout rien : il élargit le champ de l’incertitude.

Pendant que les puissances s’affrontent ou se contiennent, d’autres espaces, moins visibles, s’effondrent dans une indifférence relative. La région caraïbéenne en offre aujourd’hui une illustration saisissante, et plus particulièrement Haïti.

Haïti vit depuis près d’une décennie sans véritable processus électoral. Ce n’est pas un simple retard démocratique : c’est une suspension prolongée de la légitimité politique. Dans ce vide institutionnel, l’État perd progressivement sa capacité à organiser, à protéger, à arbitrer.

L’insécurité n’y est plus une dérive passagère — elle est devenue une structure. Et lorsque la violence s’institutionnalise, c’est toute la notion d’autorité publique qui s’effondre.

Dans ce contexte, le procès lié à l’assassinat du président Jovenel Moïse constitue un révélateur implacable. Ce crime, par sa nature et ses ramifications, dépasse le cadre national. Il expose un enchevêtrement d’acteurs, de complicités et d’intérêts transnationaux.

Nous ne sommes plus face à un simple acte politique interne, mais à une manifestation contemporaine de la criminalité globale, capable de pénétrer et d’exploiter les failles d’un État fragilisé.

Dès lors, une interrogation fondamentale s’impose : que reste-t-il de la souveraineté lorsqu’un État ne contrôle plus ni son territoire, ni ses institutions, ni même les dynamiques qui traversent son espace politique ?

De Téhéran à Port-au-Prince, une même logique se dessine. Le monde ne se divise plus simplement entre puissants et faibles. Il se fracture entre ceux qui façonnent les règles et ceux qui les subissent.

Dans cet ordre en recomposition, les États fragiles ne sont plus seulement vulnérables — ils deviennent des terrains d’expression pour des intérêts extérieurs, des zones de projection stratégique, parfois même des laboratoires d’influence.

Haïti, à cet égard, n’est pas une anomalie. C’est un symptôme.

Un symptôme d’un système international qui tolère l’effondrement de certains États tout en prétendant maintenir un équilibre global. Un symptôme d’une gouvernance mondiale qui peine à concilier stabilité, souveraineté et responsabilité.

Il serait dangereux de croire que ces fractures resteront contenues. L’histoire enseigne que les déséquilibres prolongés finissent toujours par produire des chocs plus larges, plus imprévisibles.

Ainsi, la véritable urgence n’est pas seulement de prévenir les guerres visibles, mais de reconstruire les États invisiblement fragilisés. Car c’est souvent dans ces zones de faiblesse que se préparent les crises de demain.

Le monde change. Brutalement.

Et dans ce monde en mutation, la question n’est plus de savoir qui dominera, mais qui survivra à l’effritement des règles communes.

Jean Rodlet Jean Baptiste, Communicateur, auteur du livre le miroir de l’autre.

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