Haïti : les gangs imposent leur loi sur les routes et les ports de Port-au-Prince
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Les groupes armés tirent des revenus croissants de l’extorsion des transporteurs et des opérateurs portuaires en Haïti. Dans un rapport publié en mars 2024, les Nations unies décrivent un système de prélèvements illégaux qui pèse sur l’approvisionnement de la capitale et contribue à la hausse des prix.
Sur la Route nationale 2 (RN2), notamment à hauteur de Mariani, les gangs ont renforcé les points de contrôle où ils imposent des paiements aux transporteurs circulant sur les axes sous leur influence. Cette pratique, qui s’étend également aux voies d’accès aux ports, constitue une source de financement pour les groupes armés et perturbe la circulation des marchandises.
Le phénomène touche notamment les terminaux de Caribbean Port Services, de Lafito et de Varreux, qui jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement de la région métropolitaine. Selon le rapport du Groupe d’experts des Nations unies (S/2024/253), les rivalités entre groupes armés pour le contrôle des accès portuaires ont aggravé l’insécurité autour de certaines installations.
En novembre 2023, les camions quittant le terminal de Caribbean Port Services devaient verser entre 15 000 et 30 000 gourdes par conteneur au premier point de contrôle, selon le document onusien. D’autres paiements pouvaient être exigés aux points de contrôle suivants. Le rapport estimait qu’un groupe armé opérant dans le secteur de Wharf Jérémie pouvait ainsi percevoir au moins 22 000 dollars par jour, sur la base des volumes et des tarifs observés à cette période.
Ces prélèvements alimentent une économie de prédation dont les conséquences dépassent le secteur du transport. Répercutés sur les prix des marchandises, ils accentuent la pression inflationniste et réduisent le pouvoir d’achat des ménages. Les entraves à la circulation compliquent également l’accès aux denrées alimentaires, aux produits essentiels et à l’aide humanitaire.
Le rapport met ainsi en évidence un mécanisme dans lequel le contrôle territorial des groupes armés devient un instrument de financement, au détriment des échanges commerciaux et de la sécurité économique des populations.

