Port-au-Prince sous les bombes : des drones explosifs utilisés dans des quartiers civils alimentent les accusations de crimes illégaux
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Haïti, l’utilisation de drones armés dans des opérations de sécurité suscite une vive inquiétude. Selon un rapport publié par Human Rights Watch, ces frappes, menées depuis 2025, auraient causé la mort de plus d’un millier de personnes, dont des civils et des enfants, dans des conditions qui pourraient violer le droit international.
Entre mars 2025 et janvier 2026, au moins 1 243 personnes ont été tuées lors de 141 opérations de drones. Parmi elles figurent au moins 43 adultes ne faisant pas partie de groupes criminels, ainsi que 17 enfants. Plus de 700 personnes ont également été blessées. Ces attaques ont principalement eu lieu dans la capitale, Port-au-Prince, et dans plusieurs communes du département de l’Ouest.
Selon Human Rights Watch, les drones utilisés sont des quadricoptères équipés d’explosifs, déployés dans des zones urbaines densément peuplées. L’organisation estime que certaines de ces frappes pourraient s’apparenter à des exécutions extrajudiciaires.
« Des dizaines de civils, dont de nombreux enfants, ont été tués lors de ces opérations », a déclaré Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques de l’ONG. Elle appelle les autorités haïtiennes à encadrer strictement ces pratiques afin d’éviter de nouvelles victimes.
L’un des épisodes les plus marquants s’est produit le 20 septembre 2025 dans le quartier de Simon Pelé, à Port-au-Prince. Un drone a explosé à proximité d’un lieu où des enfants étaient rassemblés pour une distribution de cadeaux. Au moins 10 personnes ont été tuées, dont neuf enfants âgés de 3 à 12 ans.
Des témoins évoquent des scènes de chaos, avec de nombreux blessés souffrant d’amputations et de graves traumatismes. Certaines familles affirment n’avoir reçu aucune aide ni explication de la part des autorités après les faits.
D’après les Nations unies, ces opérations seraient menées par une « Task Force » mise en place par le Premier ministre haïtien, avec le soutien d’une société militaire privée, Vectus Global. Les autorités haïtiennes n’ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant ces accusations.
Le recours à des drones armés dans des opérations de maintien de l’ordre pose de sérieuses questions juridiques. Le droit international autorise l’usage de la force létale uniquement lorsqu’il est strictement nécessaire pour protéger des vies humaines. Or, selon Human Rights Watch, rien n’indique que ces conditions aient été respectées.
Par ailleurs, l’intensification des frappes ces derniers mois alimente un climat de peur au sein de la population. Dans certains quartiers, les habitants affirment vivre sous la menace constante de drones survolant leur zone.
L’organisation appelle les autorités à suspendre ces opérations, à mener des enquêtes indépendantes et à garantir des réparations pour les victimes. Elle exhorte également les partenaires internationaux d’Haïti à conditionner leur soutien à des garanties en matière de respect des droits humains.