Des industriels de l’armement attendus à la Maison Blanche alors que les frappes contre l’Iran pèsent sur les stocks américains
Par notre correspondant à Washington
L’administration de Donald Trump prévoit de recevoir vendredi à la Maison Blanche les dirigeants des principaux groupes américains de défense. Objectif : accélérer la production d’armements, alors que le Pentagone cherche à reconstituer ses stocks après les frappes menées contre l’Iran et d’autres engagements militaires récents, selon plusieurs sources proches du dossier.
Parmi les entreprises conviées figurent Lockheed Martin et RTX, maison mère de Raytheon, ainsi que d’autres fournisseurs majeurs du complexe militaro-industriel américain. Les discussions, qui doivent rester confidentielles, illustrent l’urgence ressentie à Washington face à l’érosion des réserves de munitions.
Des stocks sous pression depuis plusieurs conflits
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et le début des opérations israéliennes à Gaza, les États-Unis ont puisé des milliards de dollars d’équipements dans leurs arsenaux : systèmes d’artillerie, munitions, missiles antichars. Le conflit avec l’Iran aurait, selon les sources citées par Reuters, entraîné une consommation importante de missiles de plus longue portée, dépassant en volume certains transferts effectués vers Kyiv.
Les frappes américaines ont notamment mobilisé des missiles de croisière Tomahawk, des avions furtifs F-35 et des drones d’attaque à usage unique. Le fabricant des Tomahawk, filiale de RTX, a conclu un nouvel accord avec le Pentagone pour porter progressivement la production à 1 000 unités par an. À ce stade, le département de la Défense prévoit d’en acquérir 57 en 2026, pour un coût moyen estimé à 1,3 million de dollars par missile.
Vers un budget supplémentaire de 50 milliards de dollars
Selon une source proche des discussions, le secrétaire adjoint à la Défense, Steve Feinberg, pilote actuellement au Pentagone la préparation d’une demande budgétaire supplémentaire d’environ 50 milliards de dollars. Cette enveloppe, qui pourrait être dévoilée rapidement, viserait à financer le remplacement des armements utilisés lors des récents conflits, notamment au Moyen-Orient. Le montant reste toutefois préliminaire et susceptible d’évoluer.
L’administration Trump accentue parallèlement la pression sur les industriels afin qu’ils privilégient l’augmentation des cadences de production plutôt que la rémunération des actionnaires. En janvier, le président américain a signé un décret visant à identifier les entreprises jugées insuffisamment performantes dans l’exécution de leurs contrats tout en distribuant des profits à leurs investisseurs.
Le Pentagone devrait publier une liste d’entreprises considérées comme défaillantes. Celles-ci disposeraient alors de quinze jours pour soumettre un plan correctif validé par leur conseil d’administration. À défaut de mesures jugées satisfaisantes, des sanctions pourraient être engagées, allant jusqu’à la résiliation de contrats.
Dans un contexte de tensions internationales accrues, Washington cherche ainsi à concilier impératif stratégique et capacité industrielle, alors que la multiplication des fronts militaires met à l’épreuve la profondeur des stocks américains.