Le défi des élections face à l’incompétence du pouvoir
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À force de promettre les élections, le gouvernement semble avoir fini par confondre l’annonce avec l’action. En politique, pourtant, le calendrier n’est pas une politique publique, pas plus que le discours ne remplace l’autorité de l’État.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé gouverne comme si la volonté suffisait à abolir les faits. Chaque déclaration officielle prétend rapprocher le pays des urnes, tandis que la réalité l’en éloigne. Un État qui ne maîtrise pas pleinement son territoire, qui peine à rétablir la confiance des citoyens et dont les institutions demeurent contestées ne prépare pas une élection : il met en scène une ambition dont les fondations restent fragiles.
L’ironie est cruelle. Plus le pouvoir parle de stabilité, plus l’incertitude s’installe. Plus il proclame son engagement envers les élections, plus les obstacles s’accumulent. Cette contradiction n’est plus un accident de gouvernance ; elle devient une méthode où la communication tient lieu de stratégie et où l’optimisme officiel tente de masquer les insuffisances de l’action publique.
Une démocratie ne se résume pas à déposer des bulletins dans une urne. Elle exige un État crédible, une administration efficace et une sécurité suffisante pour garantir à chaque citoyen l’exercice libre de son droit de vote. Lorsque ces conditions font défaut, l’élection risque de devenir moins un acte de souveraineté qu’un exercice de légitimation politique.
L’Histoire est sévère envers les dirigeants qui confondent le récit avec la réalité. Elle ne retient ni les promesses répétées ni les conférences de presse ; elle juge les résultats. Gouverner, ce n’est pas multiplier les échéances, c’est créer les conditions qui les rendent possibles.
Le véritable défi d’Haïti n’est donc pas de fixer une date électorale. Il est de reconstruire un État capable de donner à cette date une crédibilité. Sans cela, le pouvoir ne laissera pas l’image d’une transition réussie, mais celle d’un gouvernement qui aura voulu faire croire que le temps pouvait remplacer la gouvernance.
Jean Baptiste Jean Rodlet
Écrivain, communicateur, militant politique.

