Ma réaction à propos du texte du docteur Jules Casseus après le massacre de Kenscoff
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Pendant que les massacres se succèdent dans un contexte d’absence de gouvernance et d’impunité, le docteur Casseus questionne l’indifférence de l’Église face à cette nouvelle catastrophe qui a durement frappé la commune de Kenscoff, où une centaine de citoyens ont été massacrés par des bandits. Notre indignation atteint son comble face à cette situation inhumaine qui marque notre quotidien.
Dans ce texte qui interpelle, le docteur Casseus, l’une des figures dominantes et prestigieuses du protestantisme haïtien, évoque plusieurs thèmes tels que la justice, l’impunité, la gouvernance, la responsabilité et la corruption. Il constate également l’indifférence de son Église — la nôtre — face à notre drame sans nom.
En tant que chrétien, j’estime que l’existence de l’Église dans notre pays demeure pertinente pour annoncer l’Évangile. Mais pouvons-nous rendre témoignage à l’Évangile authentique si nous baignons dans la saleté, l’injustice, la corruption, le mensonge, l’impunité et les mauvaises pratiques en matière de gouvernance publique ? Ce sont des thèmes puissants que le docteur Casseus a abordés dans son texte et que je me propose d’approfondir ou d’expliquer sous l’angle du droit.
En effet, cette indifférence, considérée comme une complicité de l’Église face à la souffrance du peuple, démontre de manière éloquente la défaite de l’État dans sa mission de protection. Elle affaiblit également la capacité de l’Église à proclamer la parole de Dieu.
Comment l’Église pourrait-elle dénoncer la situation actuelle lorsqu’une partie d’elle-même est intimement liée à cette gouvernance catastrophique, qui échoue dans tous les domaines ? Cette association entre l’Église et le gouvernement détruit la confiance des fidèles dans la parole de l’Église, autrefois si puissante dans la société haïtienne.
Nécessité d’ un réveil spirituel
L’institution ecclésiale haïtienne ne peut se reconnecter à Dieu sans un véritable réveil spirituel, éthique, intellectuel et politique, susceptible de lui redonner le zèle nécessaire pour annoncer la vérité qui affranchira le peuple de Dieu. Alors, qu’est-ce que la vérité ? C’est l’ensemble des réalités qui existent objectivement, indépendamment de nos discours et de nos croyances.
Nous ne pouvons certes pas nous attaquer au problème de l’insécurité en Haïti, qui fait chaque jour des victimes, sans poser celui, plus global, de la gouvernance publique du pays.
Le gouvernement actuel ne se sent lié par aucun engagement envers la nation, parce que son existence ne découle pas de la légitimité populaire et démocratique. Le Premier ministre Didier Fils-Aimé est arrivé au pouvoir à la suite d’un accord financier conclu entre une branche du secteur privé et le Conseil présidentiel de transition (CPT). Il aurait ensuite été imposé avec l’appui du gouvernement des États-Unis, en présence de deux navires de guerre au port de Port-au-Prince, avant qu’un accord politique ne soit paraphé par une majorité de secteurs politiques.
C’est une première vérité ! Quoi qu’on en dise, le gouvernement n’écoute pas le peuple, mais ses tuteurs internationaux, qui semblent tout contrôler en Haïti.
Comment un gouvernement qui n’est ni autonome ni indépendant et qui ne bénéficie d’aucune marge de manœuvre, même limitée, pourrait-il résoudre le problème de la sécurité en Haïti, alors que celui-ci ne peut être dissocié de la géopolitique mondiale ?
Les soi-disant experts en sécurité publique qui défilent à longueur de journée dans l’espace public haïtien nous racontent des salades. Ils savent qu’ils mentent aux citoyens, mais ils font leur travail : ils sont grassement payés pour le faire.
Comment de jeunes hommes armés, souvent issus des quartiers populaires, sans formation militaire préalable et enrôlés par nécessité dans des groupes armés, pourraient-ils mettre en déroute la police et les forces armées, au sein desquelles se trouvent des soldats, des officiers et des agents mieux formés et mieux équipés ?
Posez-vous cette question : qu’arriverait-il si ces hommes armés qui défilent partout disposaient des mêmes capacités et des mêmes moyens que nos forces de sécurité publique ?
Il s’agit bien d’un complot savamment orchestré, qui prend la forme d’une recolonisation d’Haïti par l’intermédiaire des élites rétrogrades haïtiennes qui nous gouvernent. Je soupçonne que son objectif est de parvenir à l’érosion totale de la souveraineté nationale. Le projet risque d’aboutir, parce que les masses rurales et urbaines, seules défenseures de l’indépendance nationale depuis deux siècles, semblent être à bout de souffle et manquer de tout.
Pourquoi les routes nationales nos 1 et 2 sont-elles bloquées depuis cinq ans ?
Pourquoi aucune action n’est-elle entreprise par nos forces de l’ordre pour les rouvrir à la circulation ? On suppose que nos forces de sécurité ne sont pas autorisées à le faire. Cette autorisation, qui devrait venir d’ailleurs, n’est pas encore accordée. C’est autour de cette vérité que le gouvernement et les forces de l’ordre tournent en rond.
Maintenant que le fait est dévoilé, qu’en faites-vous ?
La confiance des citoyens est indispensable à la restauration de l’ autorité publique
Le docteur Jules Casseus plaide pour la restauration de l’autorité publique. Mais celle-ci ne peut se réaliser sans la confiance des citoyens dans le gouvernement et dans les institutions, sans le respect de la Constitution ni l’exemplarité des dirigeants.
Après plus d’une soixantaine de massacres dont les auteurs et les complices courent encore les rues, les communiqués du gouvernement et ceux de la communauté internationale n’ont pas changé de contenu. La multiplication de ces actes d’horreur, qui heurtent la conscience humaine et pour lesquels la Cour pénale internationale serait pleinement compétente, en raison d’une intention politique manifeste de livrer une population innocente à la rage des groupes criminels, ne relève ni d’un manque de formation de la Police nationale ni d’une insuffisance de la coopération technique internationale. Elle relève plutôt d’un problème de gouvernance au plus haut sommet de l’État. Il va sans dire que la communauté internationale a contribué au maintien de cette gouvernance pour défendre des intérêts inavoués et inavouables, même si Haïti doit disparaître.
Celle-ci place sa confiance dans un gouvernement qui ne connaît ni freins ni contrepoids et qui n’est redevable envers personne. On lui a confié les fonds du Trésor public, qu’il partage avec les clans mafieux qui déstabilisent le pays afin de préserver leurs privilèges.
Par conséquent, aucune mesure ne sera prise pour protéger la population, comme le souhaite le docteur Casseus, car c’est le modèle actuel de gouvernance que nous devons changer. La question de l’impunité et de la mauvaise gouvernance ne sera pas résolue par l’équipe actuellement au pouvoir.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a-t-il pas signé le décret présidentiel du CPT relatif à la Haute Cour de justice, lequel servirait à blanchir les crimes financiers et économiques commis par des dirigeants haïtiens ? Ce texte inconstitutionnel constitue une prime à l’impunité, accordée par celui-là même à qui l’on demande de restaurer l’autorité publique.
La défaite d’ Haïti : une responsabilité partagée
Qu’en est-il de cette communauté internationale qui impose des sanctions à certains dirigeants haïtiens pour corruption à grande échelle, alors que, sous ses yeux, le Premier ministre de facto signe un décret visant à dissimuler les crimes dont d’anciens et de nouveaux responsables de l’État se seraient rendus coupables ?
Est-ce cette démagogie que l’ancien ambassadeur canadien en poste en Haïti avait tenté de dénoncer lorsqu’il avait déclaré que la création de pôles judiciaires destinés à combattre l’impunité en Haïti n’était pas compatible avec le maintien du décret présidentiel sur la Haute Cour de justice, qui rendrait impossible la traduction en justice des hauts responsables de l’État ? La médiocrité et la corruption deviennent ainsi des armes de destruction massive que l’on peut introduire dans un pays. On le voit, elles consument la société haïtienne, les institutions et le pays de l’intérieur, dans un contexte de dysfonctionnement de la justice. Le problème est politique, et c’est sur le terrain politique que nous devons chercher à le résoudre ensemble afin d’arrêter le train de la mort et de faire respecter l’éminence de la dignité humaine. C’est notre responsabilité, notre destination humaine ! Seul l’animal est irresponsable. C’est notre faute d’avoir confié à des âmes irresponsables la possibilité de diriger et de décider dans notre République.
Conclusion
Le massacre de Kenscoff n’est pas un cas isolé. Le crime est l’élément à partir duquel le gouvernement vit et existe. Il l’utilise pour rester indéfiniment au pouvoir et rendre impossible l’organisation des élections qu’il dit vouloir tenir en toute transparence, alors qu’il dispose de sa propre formation politique, en lice pour les joutes électorales à venir. Son but serait de perpétuer durablement, à la tête de la gouvernance d’Haïti, un groupe de politiciens déchus — parmi lesquels figurent les plus corrompus de toute l’histoire nationale — représentés au sein de son gouvernement et avec lesquels il s’entend. Il multiplie l’insécurité, puis déclare dans les médias qu’il est impossible d’organiser les élections cette année.
Cette catastrophe, pourtant prévisible et annoncée, s’inscrit dans un projet plus vaste que ne saurait expliquer le seul manque de volonté des dirigeants actuels. Ceux-ci ne seraient que des pions dans une stratégie globale mise en œuvre depuis longtemps pour défaire Haïti.
Haïti n’est pas attaquée par un pays étranger : elle est en guerre contre elle-même. Ceux qui font la guerre à Haïti ont réussi à la vaincre sans perdre un seul soldat ni tirer un seul coup de fusil. C’est une guerre à moindre coût. C’est la nouvelle géopolitique. Les élites locales constituent le meilleur moyen de mettre un pays à genoux. Haïti en est l’exemple le plus concret. L’Église a donc besoin d’annoncer ce qui constitue pleinement la nature de Dieu : la vérité, la justice, l’équité et l’amour, afin d’affranchir son peuple.
Construisons donc ensemble une alternative pour un renouveau démocratique d’Haïti. Le chaos actuel peut bien être l’annonciateur d’un nouvel ordre.
Canada, le 28 août 2026
Texte transmis :
- aux missions diplomatiques accréditées en Haïti, notamment aux ambassades des États-Unis, du Canada et de la France ;
- à l’Union européenne ;
- au Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) ;
- à l’Organisation des États américains (OEA) ;
- au gouvernement haïtien ;
- au Conseil électoral provisoire (CEP) ;
- aux organisations de défense des droits humains en Haïti


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