Haïti : des milliers de manifestants réclament la libération du prophète Marckenson Dorilas et dénoncent une « persécution politique »
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Port-au-Prince – Plusieurs milliers de fidèles et de sympathisants ont défilé ce samedi dans les rues de Port-au-Prince à l’appel de l’organisation religieuse Tèt Ansanm pou Ayiti, dirigée par le pasteur Marcorel Zidor, dit Pasteur Marco, et de la plateforme Repons Ayiti, présidée par Me Winder Bernard, pour exiger la libération du prophète Marckenson Dorilas. Les organisateurs dénoncent une arrestation « illégale, arbitraire et politiquement motivée », qu’ils présentent comme une atteinte aux libertés fondamentales.
Partie de plusieurs quartiers de la capitale, la manifestation a rassemblé une foule importante venue dénoncer l’interpellation du prophète Marckenson Dorilas. Les protestataires avaient pour objectif de rejoindre les locaux de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) afin d’y remettre leurs revendications.
Selon les organisateurs, leur progression a toutefois été bloquée par les forces de l’ordre avant d’atteindre leur destination.
Prenant la parole devant les manifestants, le pasteur Marcorel Zidor s’est interrogé sur les moyens déployés pour empêcher cette mobilisation alors que, selon lui, les autorités peinent à reprendre le contrôle des territoires occupés par les groupes armés.
Évoquant notamment la situation sécuritaire à Kenscoff, il a estimé que les mêmes ressources utilisées pour contenir des manifestants pacifiques devraient être mobilisées pour protéger la population contre les violences des gangs.
Le dirigeant religieux soutient par ailleurs que l’arrestation du prophète Marckenson Dorilas serait liée à ses prises de position publiques réclamant le départ du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, qu’il accuse de mauvaise gouvernance, de corruption et d’impunité.
À son tour, Me Winder Bernard, secrétaire général de Tèt Ansanm pou Ayiti et président de la plateforme Repons Ayiti, a dénoncé ce qu’il considère comme une justice sélective.
L’avocat a évoqué plusieurs dossiers qui, selon lui, demeurent sans réponse judiciaire, notamment l’affaire de la découverte de drogues et d’ossements dans une propriété de l’homme d’affaires Andy Apaid en novembre 2025, s’interrogeant sur l’absence d’arrestation dans ce dossier.
Il a également rappelé les assassinats du président Jovenel Moïse, du bâtonnier Monferrier Dorval, du journaliste Diego Charles, de la militante Antoinette Duclaire ainsi que de la jeune Evelyne Sincère, estimant que la justice n’a toujours pas permis d’établir toutes les responsabilités dans ces affaires.
Me Winder Bernard est également revenu sur le dossier de l’artiste haïtien surnommé « Méchant », impliqué dans une affaire liée à un voyage qui aurait, selon certaines allégations, été organisé clandestinement par des agences de voyages.
Il a rappelé que les proches de l’artiste avaient sollicité l’intervention des autorités compétentes et s’est interrogé sur le fait que celles-ci aient, selon lui, choisi d’arrêter Marckenson Dorilas alors que ce dernier exerçait ses activités dans le cadre d’un contrat de travail.
Les responsables de Tèt Ansanm pou Ayiti et de Repons Ayiti estiment que l’interpellation du prophète s’inscrit dans ce qu’ils qualifient de « persécution politique » et d’« un prétendu complot d’État » visant à faire taire une voix critique du pouvoir.
Ils rappellent que Marckenson Dorilas avait participé aux mobilisations des 3 janvier et 18 mai 2026, organisées pour réclamer davantage de sécurité, de stabilité et une meilleure gouvernance.
Selon eux, son arrestation, fondée d’après les autorités sur des accusations d’escroquerie qu’ils contestent, est intervenue peu après l’annonce d’une nouvelle mobilisation prévue le 22 août 2026, destinée à réclamer le départ du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.
En conclusion de la manifestation, les dirigeants des deux organisations ont annoncé leur intention de poursuivre les mobilisations « de manière pacifique » jusqu’à la libération de Marckenson Dorilas.
Ils réclament également, au nom de leurs organisations, une enquête indépendante sur les circonstances de son arrestation ainsi que des réparations pour le préjudice qu’ils estiment avoir subi.
À ce stade, les autorités haïtiennes n’ont pas réagi publiquement aux accusations formulées par les organisateurs de cette manifestation.
