Après le limogeage du patron de l’ULCC, Jean Henry Céant ouvre un nouveau front contre la presse et prend pour cible la journaliste Lunie Joseph
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Port-au-Prince – Alors que plusieurs observateurs attendaient une réaction de Jean Henry Céant sur les dossiers de corruption dans lesquels son nom apparaît depuis plusieurs années, l’ancien Premier ministre a choisi une autre cible : la journaliste indépendante Lunie Joseph.
Quelques heures après la révocation de Me Hans Jacques Ludwig Joseph de la Direction générale de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), Jean Henry Céant a publiquement salué cette décision avant de multiplier les attaques contre l’ancien responsable de l’institution. Dans la foulée, il a également cité nommément la journaliste Lunie Joseph, déclenchant une vague d’indignation dans plusieurs secteurs attachés à la liberté de la presse.
Dans un pays où plusieurs journalistes ont été assassinés, enlevés ou contraints à l’exil ces dernières années, cette sortie est perçue par de nombreux observateurs comme un geste particulièrement préoccupant.
Les critiques formulées par Jean Henry Céant interviennent alors que l’ancien chef du gouvernement demeure lui-même au centre de plusieurs dossiers ayant marqué l’actualité haïtienne.
En 2021, l’ULCC avait recommandé des poursuites contre lui dans une affaire portant sur un détournement présumé de 65 millions de gourdes au préjudice de l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA). Un autre rapport de l’institution évoquait également un second dossier de plus de 20 millions de gourdes. Jean Henry Céant a toujours rejeté ces accusations. En novembre 2022, le Canada lui a imposé des sanctions pour des allégations de corruption et de liens présumés avec des groupes armés. Les États-Unis ont ensuite adopté des mesures similaires. Ces sanctions demeurent en vigueur.
Par ailleurs, plusieurs documents publics, dont un procès-verbal de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), évoquent des contacts entre Jean Henry Céant et le chef de gang Arnel Joseph. L’ancien Premier ministre conteste l’ensemble de ces allégations.
Au lieu d’apporter des réponses sur ces différents dossiers, Jean Henry Céant a choisi de diriger ses critiques contre une journaliste dont le travail consiste à rapporter et commenter l’actualité.
Pour plusieurs défenseurs de la liberté de la presse, cette stratégie d’exposition publique d’un journaliste est particulièrement préoccupante dans un contexte où les violences contre les médias restent largement impunies. En Haïti, où l’exercice du journalisme est devenu l’un des métiers les plus dangereux, les organisations de défense des droits humains rappellent que les responsables politiques ont une responsabilité particulière dans leurs prises de parole publiques.
L’affaire dépasse désormais le simple cadre d’une polémique entre un ancien Premier ministre et une journaliste. Elle soulève une question plus large : celle de la protection des professionnels de l’information dans un pays où l’impunité demeure la règle.
Pour de nombreux observateurs, lorsqu’une personnalité politique visée par des sanctions internationales choisit de cibler publiquement une journaliste plutôt que de répondre aux questions soulevées par les rapports officiels, le débat démocratique s’en trouve fragilisé.
La protection des journalistes est aujourd’hui considérée comme un enjeu majeur pour la démocratie haïtienne. Plusieurs organisations nationales et internationales sont appelées à rester vigilantes face à toute forme d’intimidation visant les professionnels des médias.

