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5 juillet 2026

Haïti – De l’éminence grise au « rebut » de l’Histoire : le Premier ministre Fils-Aimé et le syndrome du parrain dévoré

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Port-au-Prince – À mesure que les semaines s’écoulent, le feuilleton politique haïtien se mue en une tragédie grecque dont les acteurs, prisonniers de leurs propres calculs, semblent ignorer les lois implacables du pouvoir. L’ascension d’Alix Didier Fils-Aimé, porté par l’entregent de Nenel Cassy, n’aura finalement été qu’un prologue. Le corps du récit, lui, s’écrit aujourd’hui en lettres de sang politique, révélant une mécanique de cour où l’ingratitude érigée en système fait écho aux heures les plus sombres des absolutismes.

Le parrainage occulte de Cassy : De sources concordantes au sein du microcosme décisionnel, il ressort que l’ancien sénateur Nenel Cassy a joué les faiseurs de roi. Alors que Garry Conille vacillait, Cassy a mené une intense campagne de couloirs auprès du Conseil présidentiel de transition (CPT), plaidant avec obstination pour la candidature de Fils-Aimé, lequel supervisait alors ses affaires depuis le sol américain. Sans cette pression souterraine, l’actuel locataire de la Primature n’aurait jamais foulé le perron du pouvoir.

Une éviction brutale et silencieuse : Le temps de l’action de grâce a été éphémère. Sitôt installé, Fils-Aimé a procédé à une épuration rampante. Cassy a été rayé des cartes d’état-major, privé de toute visibilité protocolaire et écarté des cercles de décision. Aujourd’hui, l’ancien sénateur n’est plus qu’un fantôme politique, réduit au silence.

Un nouveau cercle infréquentable : Le chef du gouvernement a, dans le même mouvement, choisi de s’adosser à des figures lourdement stigmatisées par les sanctions de Washington, Ottawa et Bruxelles. Ce rapprochement, assumé, transforme la Primature en une forteresse assiégée, où la légitimité internationale est sacrifiée sur l’autel de la survie clanique.

Au-delà des anecdotes de coulisses, le geste politique posé par Didier Fils-Aimé possède une portée anthropologique. Il ne s’agit pas d’une simple brouille, mais d’un rituel de fondation caractéristique des régimes qui se veulent pérennes en dépit de leur illégitimité de naissance.

Dans la psychologie des dictateurs, le bienfaiteur est encombrant. Il détient le « secret honteux » des origines : la fragilité, la dépendance, le coup de pouce accordé. Pour exister par lui-même, le nouveau maître doit tuer symboliquement son père politique. En ostracisant Cassy, Fils-Aimé pratique une damnatio memoriae préventive. Il signale à ses pairs et à ses rivaux que les dettes de reconnaissance sont caduques et que la seule loi qui prévaut est celle du plus fort dans la place. Cette rupture est un acte d’intronisation autocratique : elle affirme que le pouvoir n’est plus un prêt, mais une conquête personnelle, donc imprescriptible.

L’ouverture vers des personnalités sous sanctions internationales n’est pas un hasard, mais un calcul. Elle dessine les contours d’un État parallèle, où les règles du droit international sont moquées et où l’on ne fait plus allégeance à la communauté des nations, mais à une oligarchie de circonstance. Ce réflexe, observé dans les régimes populistes d’Amérique latine ou les dictatures post-coloniales, consiste à criminaliser l’extérieur pour mieux justifier l’arbitraire intérieur. En s’enferrant dans cette logique, Fils-Aimé ne cherche plus la gouvernance ; il organise la défiance stratégique, un terreau fertile pour l’autoritarisme.

Le mutisme de Cassy n’est pas fortuit. Les procédures judiciaires suspendues sur sa tête, comme celles visant d’autres caciques, agissent en coulisse comme un glaive de Damoclès. Dans les systèmes pré-totalitaires, la justice est un bras séculier du pouvoir. En laissant planer l’incertitude judiciaire sur ses anciens alliés, Fils-Aimé pratique une pression par l’arbitraire, neutralisant toute tentative de reconquête de l’espace politique par les évincés. Le silence de Cassy est la preuve que l’intimidation a fonctionné.

Alix Didier Fils-Aimé, en adoptant ces réflexes de démiurge ombrageux, prouve qu’il a mal lu l’histoire de son pays. Haïti n’est pas un royaume, et la Primature n’est pas un trône héréditaire. En se comportant en potentat solitaire, en traitant ses alliés d’hier comme des figurants dont on a fini de se servir, il ne prépare pas un avenir ; il creuse un sillon de défiance qui le conduira inexorablement à l’isolement. L’histoire politique des régimes autoritaires enseigne qu’un pouvoir qui dévore ses propres pères est un pouvoir qui, à terme, se dévore lui-même. La « rupture » avec Cassy n’est pas un signe de force ; c’est le premier aveu d’une faiblesse ontologique, le symptôme d’une légitimité si fragile qu’elle ne peut tolérer la présence de celui qui l’a rendue possible.

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