Haïti : wilson joseph, dit « lanmò san jou », aperçu à carrefour en pleine intensification des opérations contre les gangs
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Le chef de gang Wilson Joseph, connu sous le nom de « Lanmò San Jou », aurait été aperçu vendredi après-midi à Carrefour, alors que les forces haïtiennes et étrangères intensifient leurs opérations dans la plaine du Cul-de-Sac. Selon des informations rapportées par AyiboPost, il se trouvait en compagnie d’individus lourdement armés à la sortie d’un hôtel situé dans le secteur de Thor. Cette présence soulève des interrogations sur les déplacements des chefs de gangs et leurs éventuelles stratégies de repli face à la pression sécuritaire.
D’après un témoin cité par le média, Wilson Joseph portait une chemisette blanche et était escorté par plusieurs hommes armés. AyiboPost rapporte également qu’une réunion réunissant différents chefs de gangs, dont Chrisla Chéry, surnommé « Krisla », aurait eu lieu dans le même établissement la veille de cette apparition.
Les circonstances de la présence de « Lanmò San Jou » à Carrefour restent toutefois inconnues. Il n’est pas établi s’il s’agissait d’un déplacement ponctuel ou si le chef de gang cherche désormais à s’installer dans cette commune densément peuplée, qui compte plusieurs centaines de milliers d’habitants. Wilson Joseph est notamment accusé, avec le chef de gang connu sous le nom de « Chen Mechan », d’être impliqué dans l’attaque contre des ressortissants étrangers survenue à Santo en octobre dernier.
La présence croissante d’hommes armés venus de la plaine du Cul-de-Sac et de Bon Repos inquiète également plusieurs habitants de Carrefour. Un notable de la commune, cité par AyiboPost, affirme que ces individus se dirigent principalement vers des hôtels de la zone. Certains établissements auraient même réduit leurs activités ou fermé leurs portes par crainte de devenir des cibles potentielles d’attaques de drones.
« Certains de ces établissements ferment leurs portes afin de ne pas devenir des cibles d’attaques de drones », rapporte un habitant de Carrefour cité par AyiboPost.
Carrefour constituerait par ailleurs une zone de refuge pour plusieurs personnes recherchées par les autorités, dont l’ancien responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard. Selon Emmanuel Paul, spécialiste des questions de sécurité interrogé par AyiboPost, la situation géographique de la commune, son ouverture sur la mer et sa proximité avec le massif de la Selle lui confèrent des avantages stratégiques. Le contrôle exercé par des chefs de gangs locaux, notamment « Krisla », contribuerait également à renforcer leur capacité d’organisation et de protection dans cette zone.
Cette évolution intervient alors que les opérations de sécurité se sont intensifiées depuis la disparition de quatre techniciens de l’aviation salvadorienne, le 18 octobre dernier, dans la plaine du Cul-de-Sac. Les quatre ressortissants étaient affectés à la Force de répression des gangs (FRG). Selon les informations rapportées, leur véhicule aurait été attaqué par des hommes armés alors qu’ils revenaient d’un supermarché.
Wilson Joseph aurait affirmé que les quatre Salvadoriens étaient morts. Une déclaration qui contraste avec la position du président salvadorien Nayib Bukele, lequel a annoncé l’envoi de renforts militaires pour soutenir les recherches et tenter de retrouver ses compatriotes vivants. Plus de 2 000 membres des forces salvadoriennes auraient ainsi été mobilisés, selon les informations relayées par AyiboPost.
Toutefois, une source proche du dossier citée par le média indique qu’environ 200 de ces militaires seraient placés sous le commandement de la FRG. Au 5 novembre, plusieurs institutions concernées n’auraient toujours pas obtenu de précisions suffisantes sur les modalités de cette mission, sa chaîne de commandement et les conditions de coordination avec les autorités haïtiennes. Les responsabilités financières ainsi que les contours d’éventuelles opérations conjointes resteraient également à clarifier.
Sur le terrain, les opérations mobilisent plusieurs acteurs : la FRG soutenue par les Nations unies, la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAd’H), des contractuels étrangers engagés par le gouvernement et les militaires salvadoriens. Cette multiplication des forces soulève des questions sur la coordination des interventions, le respect du droit international et la protection des populations civiles.
Dans plusieurs quartiers de la plaine du Cul-de-Sac, des habitants seraient contraints par des groupes armés d’ériger des barricades et de participer à des manifestations contre la présence des militaires étrangers. Des témoignages recueillis par AyiboPost font également état de restrictions imposées aux résidents souhaitant quitter les zones de tension. Ces pratiques alimentent les inquiétudes concernant l’utilisation des civils comme boucliers humains.
Les opérations reposent également sur le recours à des drones explosifs par une task force mise en place sous l’impulsion du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Depuis l’année dernière, ces appareils ont été utilisés dans plusieurs quartiers où opèrent des groupes armés. Mais leur efficacité contre les chefs de gangs demeure discutée, tandis que leur utilisation suscite de graves préoccupations en matière de protection des civils.
L’organisation de défense des droits humains Combite pour la paix et le développement (CPD) affirme que des frappes menées en janvier auraient causé la mort de plus d’une cinquantaine de civils, dont des enfants. Elle avait également signalé, en septembre de l’année précédente, la mort d’une vingtaine de personnes, parmi lesquelles au moins huit enfants, lors d’une attaque au drone explosif à Simon-Pelé. Selon les informations rapportées, aucune enquête publique ni procédure de reddition de comptes concernant les opérateurs étrangers n’aurait été annoncée par les autorités.
La situation sécuritaire reste particulièrement préoccupante à l’échelle nationale. Les Nations unies ont fait état d’au moins 5 700 personnes tuées ou blessées en Haïti depuis janvier. Par ailleurs, une source onusienne citée par AyiboPost rapporte que Mathias Saintil, présenté comme un dirigeant important du gang G9 opérant à Boston et considéré comme le numéro deux de cette coalition criminelle, aurait été blessé lors d’une opération à Cité Soleil jeudi, avant de succomber à ses blessures le lendemain. Sa mort constituerait, selon cette source, une perte importante pour les réseaux armés ciblés par les forces de sécurité.
L’intervention salvadorienne suscite des réactions contrastées dans les quartiers affectés par les violences. Si des manifestations de soutien au président Nayib Bukele ont été signalées dans plusieurs secteurs de Port-au-Prince, certains habitants restent prudents quant aux objectifs réels de la mission. Des personnes déplacées de Santo expriment notamment leur inquiétude face aux destructions de maisons et de commerces provoquées par les récents affrontements.
Pour certains résidents, l’arrivée des renforts étrangers représente néanmoins un espoir de voir les groupes armés perdre du terrain. D’autres estiment que la priorité immédiate des militaires salvadoriens demeure la recherche de leurs quatre compatriotes disparus, plutôt qu’une offensive générale contre les gangs.
Alors que Carrefour apparaît de plus en plus comme un possible espace de repli pour des individus armés venus d’autres zones, les autorités haïtiennes et leurs partenaires font face à un défi majeur : empêcher l’extension de l’insécurité sans exposer davantage les populations civiles aux conséquences des opérations.
Source : AyiboPost, « Lanmò San Jou aperçu à Carrefour », par Widloré Mérancourt, Wethzer Piercin et Jérôme Wendy Norestyl, 6 novembre 2026.

