Haïti : 1 408 morts et 656 blessés en trois mois, le BINUH alerte sur l’ampleur des violences
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Port-au-Prince, 25 août 2026 — La violence continue de faire payer un lourd tribut à la population haïtienne. Au moins 1 408 personnes ont été tuées et 656 autres blessées entre avril et juin 2026, selon le dernier communiqué du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) consacré à la situation des droits humains.
Le bilan, rendu public ce mardi 25 août, documente une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire, marquée principalement par les affrontements entre groupes armés, mais aussi par les opérations des forces de sécurité et les violences commises par certains groupes d’autodéfense.
« La population continue de payer un lourd tribut, inacceptable, à la violence », souligne Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti et chef du BINUH.
La Plaine du Cul-de-Sac et Cité Soleil particulièrement touchées
Selon le BINUH, les violences ont particulièrement frappé la Plaine du Cul-de-Sac et plusieurs quartiers de Cité Soleil, où des groupes rivaux se sont affrontés pour le contrôle des territoires et des sources de revenus illicites.
Entre avril et juin, ces affrontements auraient fait 463 morts et 256 blessés. Ils auraient également entraîné au moins 176 cas de viol et contraint plus de 18 000 personnes à fuir leur domicile.
Les Nations unies décrivent un niveau de violence inédit dans ces secteurs de la capitale depuis au moins le début de 2024.
Au moins 796 personnes auraient été victimes de violences sexuelles liées aux gangs au cours du trimestre, dont 772 femmes et 23 filles. Le BINUH indique que 87 % des victimes auraient subi des viols collectifs.
Les Nations unies font état de violences particulièrement brutales, utilisées notamment pour terroriser, punir ou déplacer de force les populations vivant dans des territoires disputés par des groupes armés. Par ailleurs, au moins 81 personnes ont été enlevées à travers le pays entre avril et juin, contre 57 au trimestre précédent.
Le bilan onusien ne se limite pas aux violences attribuées aux groupes armés.
Plus de 40 % des personnes tuées ou blessées au cours du trimestre l’auraient été dans le cadre d’opérations menées par les forces de sécurité contre les gangs.
Le BINUH indique que certaines opérations ont impliqué une société militaire privée étrangère utilisant notamment des drones explosifs. Parmi les victimes de ces opérations, au moins 95 personnes n’avaient aucun lien avec les gangs, selon le communiqué.
Neuf personnes, dont six enfants, auraient notamment été tuées ou blessées lors d’opérations impliquant des drones explosifs.
Les groupes d’autodéfense également dans le viseur
Les Nations unies signalent par ailleurs que les groupes d’autodéfense seraient responsables d’environ 5 % des homicides et des blessures enregistrés durant la période.
Ces groupes auraient notamment ciblé des membres de gangs, des personnes accusées de collaborer avec eux ou des individus soupçonnés d’avoir commis des infractions.
L’Artibonite toujours sous forte pression
La crise ne se limite pas à la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Dans l’Artibonite, le BINUH rapporte la poursuite de l’expansion territoriale des groupes armés, avec des attaques visant aussi bien des membres de groupes d’autodéfense que des habitants et des agriculteurs. Dans le Centre, la situation demeure particulièrement tendue à Mirebalais et à Saut-d’Eau. Dans le Sud-Est, des incursions armées ont également été documentées pour la première fois à Séguin.
Face à cette situation, les Nations unies appellent les autorités haïtiennes à accélérer le déploiement des pôles judiciaires spécialisés, notamment ceux chargés des crimes de masse, des violences sexuelles et des crimes financiers. Le BINUH souligne que les locaux de ces pôles ont été inaugurés par le gouvernement et que des magistrats du parquet y ont été affectés.
L’ONU insiste également sur la nécessité de poursuivre les auteurs présumés de violations graves des droits humains, y compris lorsque ces violations sont attribuées à des membres des forces de sécurité.
Le BINUH rappelle enfin que tout recours à la force létale par les forces de l’ordre ou par d’autres acteurs agissant pour le compte de l’État doit respecter le droit international des droits humains ainsi que les principes de légalité, nécessité, proportionnalité, non-discrimination, précaution et responsabilité.
L’organisation appelle également à renforcer les mécanismes de vérification des antécédents des policiers et les programmes destinés à prévenir le recrutement d’enfants par les gangs, favoriser leur désengagement et assurer leur réinsertion.
Pour le BINUH, ces chiffres illustrent l’urgence de placer la protection de la population civile au centre de la réponse à la crise sécuritaire haïtienne. Le bureau de l’ONU réclame notamment le maintien d’Haïti à l’ordre du jour international et l’accélération du déploiement complet de la Force de répression des gangs (FRG).
Source : BINUH, communiqué de presse du 25 août 2026.

