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6 juin 2026

Haïti : La fonction publique est devenue un espace de prédation » : Jean Garry Denis charge le pouvoir après sa démission

3 min de lecture
Jean Garry Denis, démissionnaire du MCC, lance un réquisitoire contre l'administration haïtienne paralysée par la corruption et l'impunité.

L’ancien directeur général du ministère de la Culture et de la Communication (MCC), Jean Garry Denis, sort du silence et livre une charge particulièrement sévère contre le fonctionnement de l’administration publique haïtienne. Dans un document rendu public le 10 mai 2026, l’ex-haut fonctionnaire affirme avoir quitté ses fonctions par refus de « l’inertie », des « trahisons internes » et d’un système qu’il juge gangrené par les intérêts personnels et l’absence de vision nationale.

À travers ce texte aux allures de réquisitoire politique et administratif, Jean Garry Denis décrit une institution paralysée par les blocages internes et la corruption. Selon lui, la fonction publique haïtienne s’éloigne progressivement de sa mission de service public pour devenir « un espace de prédation et d’enrichissement illicite ».

« L’impunité et la corruption s’érigent en système », écrit-il, dans une déclaration qui traduit un profond désenchantement face à la gouvernance étatique actuelle.

L’ancien directeur général insiste sur le fait que sa démission ne résulte ni d’un conflit personnel ni d’un calcul politique, mais d’un refus de cautionner un environnement administratif qu’il estime incompatible avec ses convictions.

« Durant toute ma carrière professionnelle, j’ai l’habitude de refuser des postes de responsabilité et j’ai à mon actif plusieurs cas de démission », affirme-t-il, cherchant ainsi à présenter son départ comme un acte de cohérence morale plutôt qu’un repositionnement stratégique.

Mais au-delà des critiques institutionnelles, Jean Garry Denis consacre une large partie de son message à la défense du patrimoine historique et culturel haïtien, qu’il considère comme un pilier fondamental de l’identité nationale.

Il revient notamment sur le dossier sensible de Bois Caïman, haut lieu symbolique de la révolution haïtienne, qu’il qualifie de « Mecque de la Liberté ». L’ancien responsable affirme avoir entrepris plusieurs démarches pour empêcher l’occupation illégale du site et renforcer sa protection institutionnelle.

Selon lui, les autorités n’accordent pas l’attention nécessaire à la sauvegarde des lieux historiques majeurs du pays.

Jean Garry Denis critique également la gestion du Parc national historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers après les récents drames enregistrés dans la zone. Il accuse implicitement les autorités d’avoir privilégié « la communication politique » au détriment de véritables mesures structurelles pour sécuriser et préserver le site.

« Aucune mesure concrète n’est prise », déplore-t-il.

L’ancien directeur du MCC évoque aussi plusieurs projets qu’il affirme avoir soutenus, parmi lesquels la réhabilitation du Fort Saint-Joseph au Cap-Haïtien grâce à un financement privé du Groupe Fatima, un festival latino-américain à Jacmel, la création d’une maison latino-américaine ainsi qu’un projet autour des chansons traditionnelles haïtiennes.

Dans son texte, Jean Garry Denis dénonce également une centralisation excessive des politiques culturelles autour de Port-au-Prince, au détriment des régions et des pratiques culturelles populaires.

Selon lui, les traditions communautaires, les expressions culturelles régionales et certaines pratiques vaudouesques continuent d’être marginalisées par les politiques publiques.

« Le plaidoyer pour budgétiser un ensemble d’activités relevant de notre culture populaire est combattu avec un mépris systématique », affirme-t-il.

Cette sortie publique intervient dans un contexte où plusieurs anciens responsables étatiques dénoncent de plus en plus ouvertement les dysfonctionnements internes de l’administration haïtienne, sur fond d’effondrement institutionnel, de crise sécuritaire et de perte de confiance envers les structures publiques.

Malgré son départ, Jean Garry Denis affirme vouloir poursuivre son engagement pour la culture haïtienne.

« Le rêve pour l’émancipation de notre culture se poursuit. À de nouveaux combats ! », conclut-il.

Source : Rezo Nodwes

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