15 juillet 2024

Lettre du Dr. Emmanuel Ménard au Président Américain Joe Biden à l’occasion du 248ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis : Un appel à l’aide avec cinq requêtes urgentes pour Haïti.-

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Appel du Dr. Emmanuel Ménard pour une intervention américaine en Haïti : Plaidoyer pour la coopération militaire, économique et humanitaire face à la crise et les souffrances de la population

Port-au-Prince, Haïti – 4 juillet 2024

Monsieur le Président,

Il a été écrit le 4 juillet 1776 que «…tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur…les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits…Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer…. » Ces mots, issus de la Déclaration de l’Indépendance de votre pays, résonnent encore aujourd’hui. Vingt-huit ans plus tard, Dessalines proclamait aux Gonaïves qu’il « faut par un dernier acte d’autorité nationale, assurer à jamais l’empire de la liberté dans le pays qui nous a vu naître; il faut ravir au gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante tout espoir de nous réasservir, il faut enfin vivre indépendants ou mourir. » Nos deux peuples ont donc vécu l’enfer du colonialisme et c’est avec la patience du cœur et la nécessité de la raison que nos pères ont forgé nos patries.

Monsieur le Président,

Si la providence et vos choix pragmatiques ont créé la richesse et le bonheur de votre peuple, nous, par contre, nos mauvaises gouvernances, nos luttes intestines entretenues à dessein par la volonté de vengeance, l’ingratitude et le racisme de coalitions étrangères ont attisé notre agonie. Nous avons accepté le suicide victorieux par la foi ou l’ignorance pour atteindre cet ilotisme dégradant, dérangeant nos voisins avec nos cohortes de boat-people atterrissant sous des cieux souvent inhospitaliers. Nous sommes devenus une pupille de l’humanité et la risée de ceux qui ont pourtant un jour bénéficié de notre aide et de notre hospitalité. C’est donc l’ironie de l’histoire pour un peuple qui a embrassé des causes qui n’étaient pas les siennes, qui a versé son sang sur tous les continents et qui a donné sa vie pour que d’autres vivent.

Vous et moi, Président Biden, nous subissons tous les deux le poids de l’histoire mais nous recherchons tous les deux, le bonheur de nos peuples. Si la puissance de votre économie et de vos armées, l’organisation enviée de votre fédération fonctionnelle, et la force de votre production vous imposent le respect du monde, la puissance spirituelle et culturelle de mon peuple, la richesse méconnue ou secrète des entrailles de ma terre sacrée, les avatars du combat pour l’effondrement du système esclavagiste sont sans doute des entraves au développement et à la stabilité politique de mon pays. C’est pourquoi je vous écris aujourd’hui à l’occasion du 248ème anniversaire de l’indépendance de votre pays.

Même si les grandes douleurs sont réputées muettes, me taire quand brûle ma maison, me ferait complice de l’ethnocide haïtien et du démembrement sélectif de son espace physique, ses lieux de mémoire, de savoir et de production. Tout cela se passe sous le regard éberlué et passif du monde dit civilisé qui, de résolutions onusiennes en interminables déclarations d’intention, assiste à la mise à mort quotidienne de femmes, d’enfants et de vieillards, exilés ou réfugiés dans leur propre pays, parqués dans des camps insalubres comme l’antichambre de la mort et massacrés à souhait par des bandits locaux et des terroristes se livrant au trafic lucratif international de la drogue et des armes. Pourtant, mon pays n’est ni producteur de drogue ni fabricant d’armes. Sa position géographique est un dilemme, et même le devoir d’assistance à personne en danger a un autre sens quand il s’agit du peuple noir dont la révolution humaniste et généreuse a incurvé l’histoire universelle en réinventant le mot magique de la liberté.

Monsieur le Président,

C’est toute honte bue, armé d’un mal courage qui caractérise un Louverturien réformiste invétéré, que je vous demande solennellement de rendre réelles les déclarations du Président Obama alors que vous étiez son Vice-président. Il avait proclamé au lendemain de la catastrophe du 12 janvier 2010: « Je mettrai toute la puissance des États-Unis d’Amérique au service d’Haïti. » Dès le 14 janvier, le porte-avion à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avec dix-neuf hélicoptères, un hôpital flottant avec des dizaines de lits médicalisés équipés de trois salles d’opération et une enveloppe de cent millions de dollars ont été mis à disposition. Mais aucune action structurelle n’a été menée. Les dons et les cotisations ont été dilapidés par étrangers et Haïtiens. Nous ne pouvons pas laisser se répéter l’histoire avec les mêmes acteurs sur la même scène dans les mêmes circonstances.

Aujourd’hui, je ne sens pas la puissance américaine alors que ce que vit mon peuple actuellement est pire que les méfaits de ce séisme dévastateur. Oui, pire! C’est un peuple en otage, bientôt cinq ans, quémandant de l’aide à des amis nonchalants et ouvrant ses bras fatigués à de lointains curieux hésitants. Je vois comment des amis aident le Mali ou la Syrie; les Ukrainiens et les Israéliens dans leurs déboires innommables auxquels je compatis, déboires semblables aux malheurs qui nous tenaillent. Mais hélas, les Haïtiens font l’amère expérience de l’orphelin qui gémit, laissé cuire dans son jus. J’aurais préféré me tromper sur le comportement tiède de partenaires séculaires qui abandonnent leurs voisins immuables, des amis malgré tout, consentants et constants jusqu’à présent.

Monsieur le Président,

Je sais que vous ne me répondrez pas, mais je sais également que vous pouvez agir dans le silence de votre âme et l’obligation de votre haute fonction qui vous dicteront les prochaines décisions. C’est au nom du Général Toussaint dont les heureuses manigances avec le Général Lafayette ont contribué à ce que la Louisiane de Napoléon soit aujourd’hui la Louisiane américaine, dont je suis un citoyen d’honneur à la ville de New-Orléans; en son nom, dis-je, j’appelle à votre mansuétude et votre sens élevé du realpolitik en ces temps où le monde se redéfinit selon les intérêts des peuples. Haïti, par mon organe, vous exprime allègrement cinq requêtes urgentes :

  1. Un moratoire sur la déportation des Haïtiens entrés illégalement sur le sol américain, fuyant chez eux la fureur des terroristes, et la légalisation de leur statut dans les limites de vos lois.
  2. Une coopération militaire agissante et significative en matériel, renseignement, formation et personnel au sol pour permettre à la PNH et aux FAD’H d’anéantir le terrorisme qui détruit le pays et qui peut aussi déstabiliser la sous-région des Caraïbes et de l’Amérique.
  3. Le renouvellement de la loi Hope et son élargissement à d’autres secteurs.
  4. L’ouverture de votre marché sous des conditions préférentielles aux produits agricoles, industriels et artisanaux haïtiens.
  5. La mise en œuvre du Plan Louverture, resté pendant devant le Congrès, l’incitation du secteur privé américain à y investir et des pays du G20 à y participer.

Le Plan Louverture, à l’exemple du Plan Marshall, permettra à Haïti de sortir de l’emprise de l’aide au développement et humanitaire pour amorcer son propre agenda économique et politique avec les jeunes, les femmes et les concitoyens de sa vaillante diaspora qui devront planifier les stratégies à adopter, déclarer la guerre aux corrompus, aux trafiquants, aux entrepreneurs politiques, aux extrémistes qui sont au service d’un intégrisme nouveau et des idéologies radicales en gestation dans nos villes et campagnes. Haïti est une terre de liberté avec sa vocation de justice sociale dans le respect des valeurs démocratiques républicaines. Haïti ne pourra jamais se développer dans le déni de l’exception culturelle de son peuple qui aspire à une réforme révolutionnaire à l’instar du Canada et du Rwanda.

Monsieur le Président,

Votre pays et le mien sont porteurs de deux révolutions sur le continent américain et ces révolutions doivent continuer pour s’élever à la dimension du rêve et de l’idéal des fondateurs. La Force Louverturienne Réformiste, la Fondation Cosmos que j’ai l’honneur de présider, et la population martyre d’Haïti vous renouvellent leurs amitiés dans la dignité des douleurs accrues et vous souhaitent une heureuse célébration dans l’apparat du jour de l’indépendance du peuple frère.

Invariablement dans la défense de nos intérêts mutuels et pour le bonheur de nos deux Nations !

Haïti, ce 4 juillet 2024

Dr. Emmanuel Ménard

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