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9 juin 2026

Réginald Boulos, instigateur des sanctions contre Lamothe : une rumeur de 60 millions réactivée dix ans plus tard sans preuves

2 min de lecture
En Haïti, les cercles de pouvoir ne laissent aucune place à la diaspora : malgré ses ressources, ses compétences et son engagement, elle reste systématiquement écartée des décisions politiques et économiques, victimes d’un système qui protège avant tout ses intérêts internes.

En Haïti, la politique ne se limite pas à un affrontement d’idées. Elle se joue aussi dans l’ombre, où manœuvres et rumeurs peuvent s’avérer plus décisives que les urnes. Laurent Lamothe, ancien Premier ministre, en est un exemple frappant.

En 2014, alors qu’il devenait une figure populaire, parfois plus que le président Michel Martelly, une rumeur a surgi : Lamothe aurait placé 60 millions de dollars sur un compte bancaire secret. Cette “révélation” est née lors d’un dîner chez Réginald Boulos et relayée par l’ambassadrice américaine Pamela White. Elle n’était pas destinée au grand public : elle circulait uniquement dans le monde diplomatique et parmi les invités présents. Transmise à Washington par câble diplomatique, elle a suffi à créer des soupçons de corruption, sans qu’aucune preuve ne soit produite.

À Port-au-Prince, on évoque encore le rôle du trio Boulos–Martelly–Pamela White. L’ambassadrice était parfois surnommée la « vice-présidente d’Haïti » tant son influence semblait déterminante. Ses liens avec Boulos donnaient l’impression d’une manœuvre concertée visant à neutraliser Lamothe, dont la popularité inquiétait les cercles traditionnels du pouvoir.

Dans ce contexte, les élites économiques savaient séduire diplomates et décideurs par des dîners fastueux, des cadeaux et des promesses. L’avenir d’un Premier ministre pouvait se décider autour d’une table de réception, loin de toute consultation populaire.

Une démission imposée pour l’éliminer politiquement

En décembre 2014, la Commission consultative présidentielle a recommandé la démission de Lamothe. Mais ce qui semblait institutionnel cachait une réalité plus cruelle : il a été contraint de quitter ses fonctions pour être neutralisé politiquement, éliminé comme adversaire devenu trop encombrant.

Près d’une décennie plus tard, les sanctions prononcées contre Lamothe ne sont qu’une réactivation de ce dossier ancien. Présentée comme une « découverte », cette affaire repose sur un dossier déclassifié datant de 2014. Jusqu’à présent, aucune preuve crédible n’a été publiée pour étayer les accusations.

L’histoire de Lamothe illustre la cruauté de la politique haïtienne. Un homme porteur d’une vision de développement et soutenu par le peuple a été neutralisé non par ses échecs, mais par un système où rumeurs et manœuvres priment sur les faits.

Dans ce pays, gouverner ne suffit pas : survivre aux alliances invisibles du pouvoir devient aussi essentiel que diriger.

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