Remaniement militaire au sein du Polisario : un retour aux logiques de pouvoir internes
2 min de lecture
Le Front Polisario a récemment procédé à un important remaniement de sa direction militaire, une décision qui suscite de nombreuses interrogations quant à ses véritables motivations. Annoncés le 21 mars, ces changements à la tête des milices armées semblent s’inscrire dans une dynamique déjà observée dans l ისტორი du mouvement, notamment en 1991.
Au cœur de cette réorganisation, Brahim Ghali a nommé Hamma Salama, figure historique du Polisario, pour remplacer Mohamed El Ouali Akeik à la tête des forces armées. Ce dernier occupait ce poste depuis 2021, peu après la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020. En parallèle, Bachir Mustapha Sayed devrait prendre la direction du « parlement sahraoui », consolidant ainsi la présence de figures de l’ancienne garde à des postes clés.
Ce remaniement dépasse largement de simples ajustements administratifs. Il s’accompagne d’un repositionnement stratégique, avec notamment le retour de Brahim Ahmed Mahmoud Biadillah dans les camps de Tindouf pour superviser les opérations militaires. De nouveaux commandants ont également été désignés à la tête de plusieurs régions militaires, signe d’une volonté de reprise en main globale de l’appareil sécuritaire.
Selon plusieurs analyses, ce rééquilibrage répond à des logiques internes, notamment tribales. La majorité des nouveaux responsables appartiennent à la tribu des Rguibates, historiquement dominante au sein du Polisario. Une exception notable est celle de Taleb Ammi Diya, issu de la tribu des Oulad Tidranin, promu au poste de numéro deux des milices.
Ce facteur tribal rappelle fortement le précédent de 1991, lorsque, après le cessez-le-feu supervisé par les Nations unies, la direction du Polisario avait marginalisé certains cadres non issus des Rguibates afin de mieux contrôler le processus politique, notamment celui du recensement en vue du référendum sur le Sahara occidental.
Aujourd’hui, le contexte a évolué. Le projet de référendum a progressivement laissé place à des discussions autour d’une autonomie du Sahara, soutenues notamment par les États-Unis. Toutefois, les mécanismes internes de concentration du pouvoir semblent, eux, inchangés.
La mise à l’écart relative de Mohamed El Ouali Akeik, désormais nommé « ministre conseiller », est perçue comme symbolique, illustrant une volonté de redistribution des rôles sans véritable rupture avec la hiérarchie existante.
En toile de fond, ce remaniement intervient à un moment particulièrement sensible dans le dossier du Sahara occidental. Il traduit une volonté du leadership du Polisario de renforcer son contrôle interne et d’assurer une cohésion stratégique face aux évolutions diplomatiques en cours.
Ainsi, loin d’être anodin, ce changement de leadership apparaît comme un signal fort : celui d’un mouvement qui resserre ses rangs, en s’appuyant sur ses structures traditionnelles, pour faire face à une phase décisive de son histoire politique.