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7 août 2026

Élections 2026 : la BRH impose aux candidats un périlleux déplacement à Port-au-Prince pour obtenir un simple certificat

4 min de lecture

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Port-au-Prince, le 7 août 2026 – Alors que le monde bancaire a franchi le cap du zéro papier, des signatures électroniques et des documents téléchargeables en 48 secondes, la Banque de la République d’Haïti (BRH) persiste à faire voyager ses candidats comme au XIXe siècle. La nouvelle procédure de délivrance de certificats électoraux, publiée le 4 août 2026, est un cas d’école de l’archaïsme administratif haïtien.

Dans un pays où les déplacements interurbains relèvent parfois du parcours du combattant – et où la route nationale est devenue un coupe-gorge – la BRH exige que toute demande soit adressée physiquement par écrit à son siège de Delmas 60, et que le retrait s’effectue obligatoirement en mains propres dans la même enceinte. Huit jours ouvrables d’attente, un aller-retour risqué, une capitale paralysée par l’insécurité : voilà le parcours imposé à des candidats qui, pour beaucoup, vivent à plus de 200 kilomètres de Port-au-Prince.

Pendant ce temps, à l’international, un citoyen canadien, français ou brésilien obtient son certificat bancaire en quelques clics, via une plateforme sécurisée, avec authentification biométrique à distance. Il le reçoit par courriel, le signe électroniquement et poursuit sa vie sans jamais mettre un pied dans une agence centrale. Ce n’est pas une question de moyens techniques – la BRH dispose d’infrastructures – c’est une question de volonté politique et de vision.

Le témoignage accablant d’un candidat empêché

« J’ai reçu ma convocation pour le retrait du certificat le 18 août. Le problème ? Pour m’y rendre, je dois traverser des zones où les bandits armés ont érigé des barricades. La semaine dernière, deux voyageurs ont été enlevés sur le même tronçon. J’ai appelé la BRH pour savoir si je pouvais retirer le document à l’agence des Cayes, ou le faire télécharger en ligne. Réponse : “Non, monsieur, la procédure est nationale, vous devez venir à Port-au-Prince.” On me propose même d’envoyer un mandataire… mais quel mandataire accepterait de risquer sa vie pour un bout de papier ? Je vais devoir emprunter 150 000 gourdes pour un vol intérieur, si j’en trouve un, et m’absenter de ma campagne pendant trois jours. Pendant ce temps, mes concurrents de Pétion-Ville auront leur certificat en main en deux heures de temps. Où est l’égalité des armes ? »

Ce témoignage, que nous avons volontairement anonymisé pour protéger son auteur, illustre une réalité que la BRH feint d’ignorer : la procédure est un filtre social. Elle avantage les candidats riches ou bien connectés de la capitale, et décourage – voire élimine – ceux des villes de province, déjà pénalisés par des décennies de centralisation abusive.

Le comble ? L’institution justifie son conservatisme par un souci de « traitement rigoureux et sécurisé ». Mais en 2026, la sécurité ne passe plus par un tampon encreur et une signature manuscrite. Elle passe par le chiffrement, la double authentification et les registres numériques infalsifiables. La BRH semble ignorer que ses propres succursales provinciales, quand elles existent, ne sont même pas habilitées à réceptionner ou délivrer ces précieux sésames.

Pire encore : le délai de huit jours ouvrables est un luxe que les calendriers électoraux ne permettent pas. En clair, un candidat dont le dossier est bloqué par un simple retard postal, une panne d’électricité à l’agence locale, ou une grève de transport, pourrait se voir exclu des élections – non pas pour un motif de fond, mais pour une question de logistique kafkaïenne.

Cette procédure n’est pas seulement inadaptée : elle est inégalitaire et discriminante. Elle transforme un document administratif en un privilège géographique.

Le message envoyé par la BRH est clair : en Haïti, la modernité s’arrête aux portes de Delmas. Pendant que le secteur privé expérimente les paiements mobiles et les contrats en ligne, la banque centrale reste figée dans une routine héritée d’une autre époque. Ce n’est pas du conservatisme, c’est une carence de gouvernance.

Il est temps que le Gouverneur, Ronald Gabriel, prenne la mesure de l’urgence : décentraliser la délivrance dans toutes les succursales provinciales, numériser les demandes via une plateforme sécurisée avec authentification biométrique, autoriser les retraits à distance et réduire le délai à 48 heures. Sinon, la BRH ne sera pas seulement un frein administratif – elle deviendra un obstacle démocratique, une institution qui, par son immobilisme, choisit les candidats à la place des électeurs.

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