Haïti : 315 000 dollars de lobbying à Washington, les dépenses de la Primature interrogent
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Port-au-Prince, 15 août 2026 — Le recours du gouvernement haïtien à une firme de lobbying américaine suscite de nouvelles interrogations sur l’utilisation des fonds publics, alors que le pays traverse une crise sécuritaire, humanitaire et économique majeure.
Selon les informations rapportées par le journaliste américain Jake Johnston, la firme Continental Strategy, fondée par l’ancien ambassadeur américain Carlos Trujillo, aurait reçu 315 000 dollars du gouvernement haïtien pour ses activités de lobbying à Washington sur une période de plusieurs mois.
Les documents officiels américains confirment en revanche l’existence d’un contrat entre la République d’Haïti et Continental Strategy. Le dossier déposé auprès du ministère américain de la Justice indique un contrat d’un an, à raison de 35 000 dollars par mois, soit 420 000 dollars sur douze mois. Le contrat a été signé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé le 7 février 2025.
Un contrat destiné à défendre les intérêts d’Haïti à Washington
Selon le contrat rendu public aux États-Unis, Continental Strategy devait notamment représenter Haïti dans le cadre d’un programme visant à soutenir les efforts de reconstruction, améliorer l’image du pays aux États-Unis, accroître les échanges commerciaux et les investissements américains et accompagner certaines réformes dans le secteur financier.
Les activités prévues comprenaient notamment le lobbying, la préparation de documents d’information et les contacts avec des responsables politiques américains.
La firme se présente elle-même comme une société spécialisée dans les relations gouvernementales et le conseil stratégique, avec une présence notamment à Washington, Miami et Tallahassee.
Cette opération de lobbying intervient alors que les autorités haïtiennes sont confrontées à une situation sécuritaire et humanitaire extrêmement difficile.
Le recours à une société américaine pour défendre les intérêts du gouvernement à Washington n’est pas en soi inhabituel. Mais la question de la transparence sur les objectifs, les résultats et le coût réel de cette mission demeure au centre du débat.

Lors de la révélation initiale du contrat en mars 2025, le Miami Herald indiquait que ni le bureau du Premier ministre ni le Conseil présidentiel de transition n’avaient alors communiqué publiquement sur le recrutement de Continental Strategy ou sur les objectifs précis poursuivis. Le journal rapportait toutefois qu’une source proche du contrat présentait comme objectif prioritaire un réengagement des États-Unis afin de contribuer à créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections en Haïti.
Des questions sur l’efficacité du lobbying
Le débat porte désormais moins sur l’existence du contrat que sur son efficacité et sa justification.
Combien de démarches ont été effectuées ? Quels résultats ont été obtenus auprès de l’administration américaine et du Congrès ? Quel impact concret ces dépenses ont-elles eu sur la sécurité d’Haïti, la situation des migrants haïtiens aux États-Unis ou encore le soutien international au pays ?
Ces questions prennent une importance particulière alors que le contrat représente plusieurs dizaines de milliers de dollars par mois.
Il convient également de distinguer les critiques politiques des faits établis : aucun élément consulté ne permet, à lui seul, d’affirmer que le gouvernement a dépensé exactement 315 000 dollars entre octobre 2025 et février 2026. Le document officiel disponible établit plutôt un engagement de 35 000 dollars mensuels pendant douze mois.
Le recours à des lobbyistes américains relance ainsi une question plus large sur les priorités de l’État haïtien : dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante et à des besoins considérables en matière sociale et humanitaire, comment évaluer la pertinence de dépenses destinées à influencer les décideurs à Washington ?
Pour le gouvernement, le lobbying peut être présenté comme un outil diplomatique supplémentaire destiné à défendre les intérêts d’Haïti auprès des autorités américaines.
Pour ses détracteurs, l’enjeu est celui de la transparence : ils demandent que soient rendus publics les résultats obtenus et que les dépenses engagées soient mises en regard des priorités urgentes du pays.
Le contrat avec Continental Strategy est donc bien documenté dans les registres américains. La question qui reste ouverte est désormais celle de son bilan : combien Haïti a-t-il réellement dépensé et surtout, qu’a-t-il obtenu en retour ?

