Haïti : le calendrier électoral ou l’art de confisquer le pouvoir
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Sur quel calcul est bâti le calendrier électoral du Conseil électoral provisoire, négocié avec le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé ? Que cache cette dernière manœuvre de la classe politique déchue et dégénérée, aux ordres du chef de la Primature, qui prévoit de se maintenir au pouvoir sans mandat populaire pour une période d’environ quatre années, une durée avoisinant celle d’un mandat présidentiel en Haïti ?
Un calendrier électoral aux incohérences flagrantes
Un calendrier électoral est prévu par la loi ou le décret qui fixe les grandes étapes du processus. Comment peut-on alors concevoir un tel texte sans y intégrer les échéances électorales ? Dans un pays comme Haïti, où la Constitution prévoit des élections à date fixe, ces dispositions légales doivent nécessairement comporter un calendrier précis, dans la mesure où notre loi mère interdit au président de la République de dissoudre le Parlement.
En effet, le décret électoral doit nécessairement préciser comment et quand on vote. Il définit le cadre juridique et technique des opérations électorales, en indiquant les dates précises du scrutin ou les modalités de déclenchement du processus.
Dès lors, une question technique se pose : sur quelles règles le Conseil électoral provisoire et le gouvernement de Didier Alix Fils-Aimé se fondent-ils pour déterminer la durée du processus électoral, depuis son déclenchement officiel, incluant l’inscription des candidats, jusqu’au jour du scrutin ? Quels critères juridiques justifient les délais retenus entre ces différentes étapes ?
La ruse et la tromperie des magouilleurs professionnels ne font pas bon ménage avec la rigueur juridique et électorale. En prolongeant l’inscription des candidats jusqu’au 15 novembre 2026 et en reportant le second tour des élections à octobre 2027, Alix Didier Fils-Aimé et une partie de la classe politique, accusée de piller les fonds du Trésor public, chercheraient à maintenir les candidats dans l’attente, prisonniers d’un processus électoral interminable, tout en manipulant les échéances pour conserver le pouvoir jusqu’en février 2028. Le peuple revendicatif et les patriotes de ce pays vont-ils les laisser faire ?
Dans le calendrier électoral présenté par le CEP, la période d’inscription des candidats a été prolongée jusqu’au 15 novembre 2026. Mais comment peut-on procéder à cette formalité sans avoir officiellement déclenché le processus électoral ? Si les élections présidentielles et législatives doivent avoir lieu en juillet 2027, qu’est-ce qui justifie l’ouverture aussi précoce des candidatures ? Combien de temps durera alors la campagne électorale ?
Il y a là une magouille sale et nauséabonde dans laquelle seuls les politiciens corrompus et nuls peuvent se complaire. Tout ceci n’a qu’un but : maintenir Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir pour continuer à danser sur les dépouilles de la République.
Quelle est donc la durée entre le dépôt officiel de la déclaration de candidature auprès du Conseil électoral provisoire et le jour du scrutin ? En effet, la déclaration de candidature a commencé en septembre 2026 et le scrutin aura lieu en juillet 2027. Cette période dure pratiquement onze (11) mois. Or, la Constitution de 1987 précise que, pour être candidat, l’âge requis est de trente-cinq(35) ans. Art 135 de la constitution .Que fait-on de quelqu’un qui souhaite briguer la présidence et qui, au moment de la clôture des candidatures, a 34 ans, mais qui, en 2027, aura 35 ans ?
Que dit-on du choix du jour du scrutin ? Combien de jours séparent la date officielle de l’ouverture de la campagne électorale du jour du scrutin ? Regardons maintenant la date officielle d’ouverture et de clôture de l’inscription des candidats, le début de la campagne électorale et sa fin. Techniquement, la durée maximale d’une période électorale ne doit pas dépasser six (6) mois.
Madame Ertha Pascal-Trouillot a organisé les élections générales en moins d’un an durant sa présidence provisoire. Ce fut également le cas sous l’administration du président Jocelerme Privert.
Au Canada, un pays organisé, où le droit de dissolution est permis, cette période couvre environ deux mois.
Le calendrier électoral tel que présenté par le gouvernement est une pièce de théâtre ridicule qui insulte l’intelligence des citoyens. Comment une communauté internationale peut-elle accompagner une telle bêtise ?
Une période électorale ne peut s’échelonner sur une année entière, allant du dépôt officiel des candidatures au jour du scrutin, en passant par la campagne électorale officielle. Il est évident que le contexte politique en Haïti peut influencer le cadre légal, contrairement au Canada, à la France et aux États-Unis, qui sont de grandes démocraties. C’est pourquoi il faut apporter des nuances à notre comparaison lorsqu’il s’agit d’analyser le contexte, mais celles-ci ne peuvent justifier une succession de reports voulus et organisés par l’exécutif de facto.
L’insécurité, prétexte à la confiscation du pouvoir ?
Ce nouveau report du calendrier électoral était prévisible. Il s’inscrit dans un contexte d’insécurité persistante et de violences dont certains acteurs politiques tireraient profit pour influencer le processus électoral et prolonger leur maintien au pouvoir, comme le suggèrent les conclusions du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti.
La priorité absolue reste la sécurité publique, condition préalable à l’organisation des élections en Haïti. Alix Didier Fils-Aimé est au pouvoir depuis deux ans. Quel est son bilan ? La réalité que vivent les Haïtiens parle plus fort que n’importe quel rapport des Nations unies sur les conditions de sécurité en Haïti. En favorisant l’insécurité, le pouvoir crée un horizon électoral mobile et indéfini.
Le décret électoral, affirme le gouvernement par le biais du secrétaire d’État à la communication, a été modifié pour permettre à un plus grand nombre de candidats de participer aux élections. Les modifications apportées assouplissent les critères applicables aux personnes sous sanctions internationales, qualifiées de non fréquentables par certaines puissances occidentales, et ont permis de repousser l’échéance électorale.
Reste à savoir si ces candidats accepteront de se retirer volontairement du processus, mettant ainsi en veilleuse leurs droits constitutionnels. En effet, les faits qui leur sont reprochés n’ont pas été examinés par les tribunaux nationaux et n’ont donné lieu à aucune condamnation. Ces personnes renonceront-elles néanmoins à leur candidature afin d’éviter à Haïti une catastrophe géopolitique lourde de conséquences pour son avenir ?
Qu’attend donc l’international ? Quel est son calcul ? Préfère-t-il ce report à un scrutin bâclé et organisé dans le sang ?
Référendum constitutionnel : le piège derrière les élections ?
Cette manigance comporte des erreurs techniques soigneusement mises en place pour consolider un coup d’État préjudiciable à la nation haïtienne.
Se pose également la question du référendum constitutionnel, prévu en juillet 2027, à la même date que les élections générales. Or, personne ne connaît véritablement le contenu du texte qui sera soumis au vote populaire.
On comprend dès lors pourquoi ni Jovenel Moïse, ni le Conseil présidentiel de transition, ni Alix Didier Fils-Aimé n’ont souhaité la convocation d’une assemblée constituante, l’instance politique la plus pure et la plus souveraine. Elle permettrait au peuple haïtien de participer directement à la révision de la Constitution de 1987 et d’en faire ainsi sa propre œuvre.
Cette forfaiture a-t-elle vraiment été négociée avec une partie de la classe politique représentée au sein du gouvernement et les candidats à la présidence ? À quel type de rebondissements la nation doit-elle s’attendre ?
Finalement, que négocie Alix Didier Fils-Aimé, sinon un piège destiné à enfermer les candidats à la présidence dans un processus électoral qui pourrait durer une année, voire indéfiniment ? Pourquoi ces derniers ne s’interrogent-ils ni sur la durée de ce processus, ni sur le référendum constitutionnel, ni sur la Constitution qui encadrera leurs futurs pouvoirs ?
Enfin, jusqu’à quand le peuple haïtien laissera-t-il une classe politique discréditée prendre la République en otage, piétiner sa souveraineté du pays et transformer le pouvoir en butin à se partager ?
Sonet Saint-Louis, avocat Philosophe
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des Sciences économiques de l’université d’État d’Haïti
Professeur de philosophie.
Lieu: Université du Québec à Montréal
Canada, 28 octobre 2026
Email : sonet.saintlouis@gmail.com
Tel 2635580083/+509-44073580
Texte transmis :
- aux missions diplomatiques accréditées en Haïti, notamment aux ambassades des États-Unis, du Canada et de la France ;
- à l’Union européenne ;
- au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) ;
- à l’Organisation des États américains (OEA) ;
- à la CARICOM
- au gouvernement haïtien ;
- au Conseil électoral provisoire (CEP) ;
- aux organisations de défense des droits humains en Haïti

