Haïti : des ONG réclament des explications sur l’annulation du référendum du 11 mai 2025 et la gestion opaque des fonds publics
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Port-au-Prince, 13 mai 2025—Le référendum constitutionnel promis pour le 11 mai 2025 n’a pas eu lieu. Et pour les organisations haïtiennes de défense des droits humains, cette annulation sans justification officielle est non seulement inacceptable, mais révélatrice d’une faillite plus large de l’État.
Dans une déclaration conjointe publiée ce lundi, plusieurs ONG montent au créneau et exigent des explications immédiates, ainsi qu’un audit transparent sur les ressources mobilisées pour un scrutin qui, selon elles, n’a jamais été sérieusement préparé.
« Cet échec démontre l’incapacité des autorités de transition à tenir un engagement fondamental pour la restauration de l’ordre constitutionnel », lit-on dans la note.
Des millions engloutis dans un processus fantôme
Au cœur de la polémique : l’utilisation présumée de fonds publics par le Groupe de travail sur la Constitution et le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Alors que le référendum a été officiellement annoncé et budgétisé, rien n’a été mis en œuvre concrètement.
Les ONG questionnent : où sont passés les millions alloués ?
Elles demandent une évaluation indépendante, publique et immédiate de l’ensemble des dépenses effectuées dans ce cadre. Toute personne impliquée dans une potentielle malversation devra, selon elles, être tenue responsable devant la justice et la nation.
Une insécurité galopante, un État absent
La déclaration ne se limite pas au référendum. Elle alerte aussi sur la situation sécuritaire désastreuse qui empêche toute perspective démocratique.
La région métropolitaine de Port-au-Prince est toujours en proie à des violences armées incontrôlées. L’Artibonite est devenu un champ de guerre. Et des localités naguère épargnées, comme Mirebalais ou Saut d’Eau, tombent à leur tour dans l’instabilité.
« L’État a perdu le contrôle. La population vit dans la peur, pendant que les dirigeants échouent à poser les bases d’un retour à l’ordre », dénoncent les signataires.
Quatre exigences claires adressées au gouvernement
Face à ce qu’elles qualifient de « double échec » — démocratique et sécuritaire —, les ONG présentent une liste de revendications claires au Conseil Présidentiel de Transition et au Gouvernement :
La publication immédiate d’un rapport complet expliquant l’annulation du référendum ; Un audit indépendant de toutes les dépenses liées au processus, avec publication des résultats ; Un plan d’action urgent et mesurable pour restaurer la sécurité nationale, en priorité dans les zones les plus exposées ; Une feuille de route claire et crédible pour achever la transition politique dans la transparence et le respect des engagements pris.
Les organisations concluent en appelant les autorités à assumer leurs responsabilités historiques, et à agir sans délai pour sortir le pays de l’impasse. Selon elles, seule une gouvernance responsable et transparente peut encore éviter à Haïti un naufrage institutionnel définitif.
