Haïti: les personnes handicapées restent les oubliées de la République malgré bientôt cinq ans de Génard Joseph à la tête du BSEIPH
3 min de lecture
Depuis des années, les personnes en situation de handicap en Haïti vivent dans un quasi-silence institutionnel. Handicapés moteurs, personnes sourdes ou muettes, malvoyants : tous semblent avoir disparu des priorités de l’État. Dans un pays plongé dans une longue transition politique, ces citoyens font partie des grands oubliés de la République.
Dans plusieurs communes, les centres d’asile communaux, censés accueillir les personnes les plus vulnérables, illustrent cette marginalisation. Les infrastructures y sont rarement adaptées : absence de rampes d’accès, manque de matériel médical, absence d’accompagnement spécialisé. Pour les personnes à mobilité réduite, se déplacer dans ces espaces devient un défi quotidien.
La situation est encore plus difficile pour les personnes sourdes et muettes. Dans la plupart de ces centres, il n’existe ni interprète en langue des signes ni dispositif de communication adapté. Beaucoup se retrouvent ainsi isolés, incapables de faire valoir leurs besoins ou simplement de communiquer avec le personnel.
Depuis la période de transition politique que traverse le pays, la question du handicap semble avoir disparu du débat public. Ni les autorités actuelles ni les différents premiers ministres qui se sont succédé au pouvoir ces dernières années n’ont réellement remis ce dossier sur la table.
Pourtant, selon plusieurs organisations locales de défense des droits humains, les personnes handicapées font partie des populations les plus exposées à la pauvreté et à l’exclusion sociale. L’accès aux soins, à l’éducation ou à l’emploi reste extrêmement limité.
Dans les centres d’asile communaux comme dans les quartiers populaires, beaucoup de familles disent se sentir abandonnées. Elles dénoncent l’absence de politiques publiques, de programmes d’accompagnement ou même de simples infrastructures permettant aux personnes handicapées de vivre dignement.
Dans un pays déjà confronté à de multiples crises, la question du handicap reste largement invisible. Mais pour les milliers de personnes concernées et leurs familles, le constat est clair : sans reconnaissance ni politiques adaptées, elles continueront de vivre dans l’ombre, comme les oubliés de la République.
Depuis le 6 décembre 2021, date à laquelle Génard Joseph a pris la tête du Bureau du Secrétaire d’État à l’intégration des personnes handicapées (BSEIPH), la situation des personnes handicapées en Haïti semble n’avoir connu que marginalisation et oubli. Malgré les attentes suscitées par cette nomination, de nombreuses organisations et familles concernées estiment que peu d’actions concrètes ont été mises en place pour améliorer les conditions de vie de cette population particulièrement vulnérable.
Bientôt cinq ans se seront écoulés depuis sa nomination, une période durant laquelle beaucoup d’organisations et de familles concernées disent ne voir ni réformes majeures, ni politiques concrètes capables d’améliorer la vie quotidienne des personnes en situation de handicap.
Pour plusieurs observateurs, cette nomination ressemble davantage à une récompense politique qu’à une véritable stratégie en faveur de l’inclusion. Génard Joseph, lui-même en situation de handicap, est aussi ancien candidat à la présidence et président du parti VERITE. Aux yeux de certains acteurs de la société civile, cette désignation aurait davantage répondu à des équilibres politiques qu’à une volonté réelle de transformer les politiques publiques liées au handicap.
Dans ce contexte, les espoirs de changement paraissent limités pour beaucoup de personnes handicapées. Le Premier ministre actuel et Génard Joseph appartiennent en effet à la même famille politique, ce qui laisse craindre la poursuite d’une gestion sans remise en question. Pendant ce temps, dans les centres d’asile communaux comme dans de nombreuses communautés, les personnes handicapées continuent de vivre dans l’ombre, toujours en attente de mesures concrètes pour leur dignité et leur intégration.