Haïti : pendant que Washington célèbre des succès imaginaires, les élections restent au point mort
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Port-au-Prince – Le sous-secrétaire d’État américain a peut-être visité un Palais national sécurisé et prononcé un discours rassurant, mais pour de nombreux Haïtiens, ses déclarations relèvent davantage de la propagande diplomatique que d’une description fidèle de la réalité du pays.
En affirmant qu’Haïti est aujourd’hui stabilisée grâce à l’action des États-Unis, de l’administration Trump et de ses partenaires internationaux, le responsable américain donne l’impression de parler d’un autre pays. Car sur le terrain, la réalité demeure implacable : des territoires entiers échappent toujours au contrôle de l’État, des milliers de citoyens vivent dans des camps de déplacés, des familles continuent de fuir les violences armées et l’insécurité reste le principal visage de la crise haïtienne.
Plus troublant encore, alors que Washington se félicite d’avoir contribué à stabiliser la situation politique, aucune avancée sérieuse n’a été enregistrée sur le chemin du retour à l’ordre démocratique.
Près de quatre mois après la présentation du Pacte national, il n’existe toujours ni calendrier électoral officiel, ni budget électoral validé, ni consensus autour du décret électoral. Les élections annoncées pour 2026 demeurent à ce jour une promesse politique sans fondement concret.
Or, une transition ne se mesure pas à des communiqués diplomatiques ou à des visites protocolaires. Elle se juge à sa capacité à produire des institutions légitimes par les urnes. Sur ce terrain, le bilan est pratiquement nul.
Les déclarations du responsable américain apparaissent donc comme une tentative de vendre une réussite qui n’existe pas encore. Car si la communauté internationale estime réellement que la situation est stabilisée, pourquoi aucun mécanisme crédible n’est-il en place pour organiser les élections ? Pourquoi le pays demeure-t-il dirigé par des autorités de transition dont la légitimité est régulièrement contestée ? Pourquoi les acteurs politiques eux-mêmes dénoncent-ils l’absence de progrès concrets vers le scrutin ?
Pour de nombreux observateurs, le discours américain vise surtout à justifier plusieurs années d’investissements diplomatiques et sécuritaires en Haïti. Mais la communication ne remplace pas les résultats.
La vérité est qu’aucun retour durable à la stabilité n’est possible sans élections crédibles. Tant que le peuple haïtien ne pourra pas choisir librement ses dirigeants, parler de succès politique relève davantage de la mise en scène que de l’analyse objective.
En présentant Haïti comme un pays en voie de normalisation alors que les élections restent bloquées et que l’État peine encore à exercer pleinement son autorité, Washington prend le risque d’être perçu comme le principal promoteur d’un récit déconnecté des réalités vécues par la population.
Car la démocratie ne se mesure pas au nombre de discours prononcés dans les palais. Elle se mesure au nombre de citoyens qui peuvent voter librement pour choisir leurs dirigeants. Et sur ce point, Haïti attend toujours.

