Pour sauver son fauteuil, Didier Fils-Aimé aurait sacrifié 350 000 Haïtiens aux expulsions massives de Donald Trump
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Ce qui a été offert aux visiteurs américains relevait davantage d’une opération de communication que du reflet de la réalité haïtienne. Les images diffusées montrent un périmètre soigneusement nettoyé, débarrassé de tout débris, où les pelouses impeccables, les allées entretenues un décor soigneusement orchestré. Rien ne rappelait les montagnes de détritus, les barricades improvisées, les bâtiments dégradés et le climat d’insécurité qui caractérisent habituellement les abords du Palais national, au cœur d’une capitale profondément marquée par la violence des groupes armés.
Le contraste est saisissant. Pendant quelques heures, un secteur transformé pour les besoins d’une visite diplomatique a donné l’illusion d’un retour à la normale. Pourtant, à quelques centaines de mètres seulement, la population continue de vivre sous la menace permanente des gangs, dans une ville où les échanges de tirs, les enlèvements et les déplacements forcés rythment encore le quotidien. Cette mise en scène a permis d’offrir à Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, l’image d’un Palais national sécurisé, alors que de nombreux Haïtiens estiment que cette vitrine ne reflète pas les conditions réelles qui prévalent dans la capitale.
Ne nous y trompons pas : il ne s’agissait pas d’une réussite de l’État haïtien, mais d’une mise en scène grossière. Didier Fils-Aimé, Premier ministre assoiffé de légitimité, a sorti l’aspirateur sécuritaire le temps d’une visite diplomatique pour offrir à Washington le seul « proof of life » qu’elle attendait. Et pendant que les caméras américaines filmaient ces jardins soudainement paisibles, 350 000 compatriotes sous statut de protection temporaire (TPS) voyaient leur avenir basculer.
Pourquoi cette comédie ? Parce que Donald Trump, en pleine campagne pour les élections de mi-mandat, a promis à la base MAGA une chasse aux immigrés sans papiers. Mais pour expulser massivement les Haïtiens, il lui fallait un alibi juridique : prouver qu’Haïti est « sûre ». C’est là qu’intervient Didier Fils-Aimé.
En recevant Landau dans ces jardins « nettoyés » pour l’occasion, le Premier ministre haïtien a signé, sous les orangers, un chèque en blanc à l’administration Trump. Il a certifié, par sa simple présence complice, que le calme était revenu. Pendant ce temps, dans le reste du pays, les gangs continuent de brûler des commissariats, les corps s’entassent dans les rues de Port-au-Prince et des milliers de familles vivent sous la terreur des armes lourdes. Mais qu’importe ! L’essentiel était de rassurer l’Américain.
Le sous-secrétaire d’État est reparti avec une vidéo propre. Didier Fils-Aimé est reparti avec une tape dans le dos. Et les 350 000 Haïtiens du TPS, eux, sont repartis avec un couperet sur la nuque.
La trahison des siens pour quelques mois de pouvoir
Cet homme, Didier Fils-Aimé, sait parfaitement que ces 350 000 compatriotes ne sont pas des numéros. Ce sont des pères, des mères, des infirmiers, des chauffeurs de taxi, des étudiants qui envoient chaque mois la seule monnaie capable de faire tourner l’économie haïtienne. Sans leurs transferts d’argent, des milliers de familles en Haïti ne mangent pas, ne scolarisent pas leurs enfants, ne se soignent pas.
Mais pour Didier, l’être haïtien ne pèse pas lourd face à la volonté de Donald Trump. Cet homme assoiffé de pouvoir est prêt à tout pour garder son fauteuil, quitte à sacrifier la diaspora qui fait vivre le pays. Il a choisi son camp : celui du bourreau étranger contre son propre sang.
« Ce n’est pas une décision méchante des juges américains », entend-on parfois. Non. La Cour suprême applique une loi. Mais le véritable coup de poignard vient de Port-au-Prince. C’est Didier Fils-Aimé qui, en mentant sur la sécurité, a fourni les munitions juridiques à l’administration Trump. Sans sa complaisance, sans ce simulacre de sécurité dans les jardins du Palais, les juges américains auraient eu plus de mal à justifier la fin du TPS.
On cherchera en vain une once d’humanité dans la politique de cet homme. On lui reprochera longtemps cette photo prise dans ces jardins, là où il a foulé la dignité de ses compatriotes pour un sourire diplomatique.
Alors qu’Aljoulani, le chef terroriste, devient président de la Syrie sous les huées du monde, Didier Fils-Aimé, lui, s’offre un bain de foule avec les représentants de Trump. Les deux hommes se valent dans l’infamie : l’un par la violence armée, l’autre par la trahison administrative. Mais la trahison de Didier est peut-être plus abjecte, car elle est froide, calculée, et vendue au plus offrant.
Bientôt, la chasse va commencer contre les Haïtiens sans TPS. Les avions de déportation se préparent. Et pendant que les familles haïtiennes pleureront leurs proches arrachés à leurs foyers américains, Didier Fils-Aimé sirotera peut-être un verre dans ces mêmes jardins du Palais, pensant avoir sauvé son poste.
Mais il a perdu son âme. Et nous, Haïtiens, nous n’oublierons pas. Ce jour-là, dans les jardins du Palais national, ce n’est pas la sécurité qu’il a accueillie, c’est la déportation.

