Dictature déguisée en décret : quand un Premier ministre par intérim décide seul du sort de nos richesses
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L’homme d’affaires devenu Premier ministre par intérim, Alix Didier Fils-Aimé, a récemment franchi une ligne rouge dans la dérive autoritaire d’un pouvoir qui n’a déjà plus de visage démocratique. En publiant, le 30 mars 2026, un décret controversé régissant l’exploitation minière en Haïti, il a délibérément foulé aux pieds la Constitution de 1987, en se substituant au Parlement et en confisquant une prérogative qui ne lui revient pas. Par cet acte, Fils-Aimé ne se contente plus d’incarner un exécutif sans partage ; il s’arroge désormais ouvertement le rôle du législateur, donnant ainsi un coup de plus à la démocratie haïtienne, déjà vacillante.
Il faut rappeler un principe fondamental, inscrit dans l’article 36.6 de la Constitution haïtienne : « La loi fixe les règles qui conditionnent la liberté de prospection et le droit d’exploiter les mines, minières et carrières du sous-sol ». En clair, seul le Parlement, par le vote d’une loi, peut définir le cadre de l’exploitation des richesses du sous-sol. Or, M. Fils-Aimé a choisi la facilité et l’autoritarisme en signant un simple décret exécutif, adopté en Conseil des ministres, sans aucun débat national, sans consultation des forces vives et, surtout, sans le vote des représentants du peuple.
En agissant ainsi, le chef du gouvernement a violé de manière claire et assumée la séparation des pouvoirs. Il a décidé seul, en toute opacité, du sort des ressources stratégiques du pays. On cherche encore quel mandat lui a été confié pour mépriser à ce point la volonté du constituant. L’argument de l’urgence ne tient pas : on ne brade pas les règles encadrant l’or, le cuivre ou les pierres précieuses d’une nation sous couvert d’administration des affaires courantes.
Le problème est encore plus grave que le seul fondement juridique du décret. C’est la légitimité même de son auteur qui est contestable. M. Fils-Aimé, rappelons-le, n’a jamais reçu aucune onction des urnes. D’abord simple Premier ministre par intérim, il a profité le 7 février 2026 de la dissolution du Conseil présidentiel de transition (CPT) pour se poser en chef unique de l’exécutif. Mais cette mainmise sur le pouvoir, soutenue par la communauté internationale, notamment les États-Unis, est tout sauf légitime : une majorité du CPT avait pourtant voté sa révocation, avant qu’un membre ne refuse d’en publier la décision.
Ainsi, nous nous trouvons devant une situation ubuesque : un homme dont le départ a été décidé par l’instance de transition se retrouve aujourd’hui seul maître à bord, sans président, sans Parlement, sans aucune contre-puissance. Il gouverne par décrets, comme un monarque absolu. Peut-on, dans ces conditions, accepter qu’il s’arroge le droit de légiférer sur des matières aussi sensibles que les ressources minières ?
Au-delà de la violation textuelle de la Constitution, la démarche de M. Fils-Aimé révèle une ambition claire : concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Il ne lui suffit pas d’être seul à la tête de l’État ; il veut aussi décider de la loi. En privant le pays d’un débat parlementaire, il prive également les citoyens et leurs représentants du droit de discuter de l’avenir de leurs richesses. Pire, le décret qu’il a imposé contient des dispositions qui aggravent cette confiscation. Ainsi, en instaurant une confidentialité de dix ans sur les données liées à l’exploitation des mines, il verrouille toute possibilité de contrôle citoyen ou judiciaire pendant une décennie, au seul bénéfice des compagnies étrangères.
Un tel texte, taillé sur mesure pour l’opacité et la prédation, ne pouvait que se passer de la lumière du Parlement. M. Fils-Aimé le sait : jamais des élus conscients de leurs responsabilités n’auraient accepté de telles clauses. En court-circuitant l’Assemblée, il s’assure que sa vision ultra-libérale et secrète de l’exploitation minière s’impose sans obstacle. La tentation dictatoriale n’est plus une hypothèse : c’est une méthode de gouvernement.
Ce décret n’est pas seulement inconstitutionnel ; il est dangereux pour l’avenir du pays. Son adoption sans le peuple, contre la Constitution et par un pouvoir illégitime, jette un discrédit absolu sur l’ensemble du secteur minier haïtien. Les investisseurs étrangers sont prévenus : l’acte qu’on leur présente n’a aucune solidité juridique. Un prochain gouvernement, élu démocratiquement, pourra le contester et l’abroger, plongeant le pays dans l’insécurité juridique.
Pour toutes ces raisons, nous, citoyens haïtiens et forces vives de la nation, rejetons fermement ce décret du 30 mars 2026. Nous dénonçons l’abus de pouvoir d’un chef de gouvernement sans légitimité qui se prend pour un dictateur. Nous exigeons le retour immédiat à l’ordre constitutionnel : la convocation du Parlement, l’organisation d’élections crédibles et l’abrogation de ce texte funeste. Le sous-sol d’Haïti appartient au peuple haïtien, pas à un Premier ministre autoproclamé.

