15 avril 2024

PRODUIRE 150 000 ŒUFS PAR JOUR , LE PERI DE YOURI LATORTUR.

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Entrée de Léogâne. Peu avant la station-service, sur la droite en rentrant, il y a une grosse barrière qui s’ouvre. Dans l’ambiance du décor, des ouvriers s’activent, il y a du gazon frais, des manguiers, une résidence et une bananeraie sur une vaste propriété, qui fait plus de 22 hectares, dont une partie est contiguë à la rivière Momance. On se croirait dans une peinture de Magda. On est plutôt à la ferme Latortue. Quatre ans depuis que Youri Latortue et sa femme ont pris possession des lieux. L’idée c’est d’en faire un créneau de la production d’œufs et de poulets de chair, d’aider Haïti à «retrouver une autonomie» qu’elle n’a jamais eue dans cette filière, explique le porteur du projet, Youri Latortue, sénateur de l’Artibonite, doublé de son statut d’entrepreneur.

Au fond, des hangars rectangulaires, soit quatre, contenant chacun 12 500 pondeuses. «On dispose de 50 000 pondeuses capables de nous donner 45 œufs par jour», affirme Youri Latortue, chemise bleue jetée sur un jean noir. Mais, s’empresse-t-il de dire, on est en train de créer les conditions nécessaires à booster nos capacités de production. À partir du moins de décembre prochain, on produira entre 150 000 et 200 000 œufs par jour, enchaîne Youri Latortue, bien accompagné de sa femme qui, dit-il, garde la main sur la gestion interne de la ferme. «Je suis, moi, dans les stratégies», indique le parlementaire, qui a contracté un prêt de 70 millions de gourdes, à 3% le taux d’intérêts, à l’Office national d’Assurance-vieillesse (ONA), dans le cadre de la réalisation du projet.

L’ancien président du Sénat ne parle pas d’un traitement de faveur mais évoque plutôt la politique de la banque centrale qui voudrait que «l’intérêt sur les prêts dans la filière agriculture ne dépasse pas les 4 %». Expliquant le pourquoi du prêt, Youri Latortue indique qu’ils vont passer à trois gros hangars automatiques, avec chacun la capacité de contenir 50 000 pondeuses. «Pour la construction de ces hangars qui seront ultramodernes et leur aménagement, on aura encore à investir environ 900 000 dollars américains», a expliqué le puissant sénateur de l’Artibonite, mettant en avant l’esprit d’entrepreneuriat qui l’a toujours habité. « On ne va pas se limiter aux pondeuses. On va aussi vers la filière des poulets de chair. Voilà pourquoi on a besoin des prêts », dit-il.

« On va également construire un abattoir parce qu’on devrait abattre les actuelles pondeuses en décembre 2018, les empaqueter et les commercialiser », enchaîne Youri Latortue, soulignant avoir fait appel à des Haïtiens et des Dominicains, spécialistes dans la production animale, pour camper aux côtés de sa femme. Le parlementaire-entrepreneur, rappelant avoir fait il y a quatre ans l’acquisition de la propriété – plus de 22 hectares – au sénateur Michel Clérié pour environ 300 000 dollars américains qu’il a dû rembourser par tranches, parle d’un projet ambitieux, dont la réalisation complète s’étendra sur plusieurs années, soit jusqu’à 2020. C’est un projet à plusieurs volets, on va y aller étape par étape, selon Youri Latortue.

Le cap sera mis en 2019 sur la production du lait. D’ailleurs, ce vendredi, lors de la visite du Nouvelliste sur le site, on y a vu un ingénieur, en plus des ouvriers, à pied d’œuvre, en train de mettre les premières touches annonciatrices de la construction des hangars pour des bœufs. «Nous aurons à produire 25 000 litres de lait par jour», affirme, des étoiles dans les yeux, Youri Latortue. «Il est anormal que beaucoup de ce que nous consommons comme lait en Haïti vient de la Dominicanie, de la Chine, ou des Pays-Bas […] », fustige-t-il. Mais maintenant tout l’accent est mis sur la production d’œufs. La ferme, qui est à ses débuts, est déjà génératrice d’une centaine d’emplois directs, selon Latortue, qui met en avant la «bonne qualité» de l’œuf produit.

« Nos œufs c’est du grade A. On les produit aujourd’hui et le lendemain on les vend », a vanté Youri Latortue, sous les yeux bienveillants de sa femme, dans le salon de la résidence de la ferme. Il s’en prend à l’œuf dominicain qui serait de »mauvaise qualité» et dont une grande part franchit la frontière par contrebande. Le président de la commission Éthique et Anticorruption du Sénat ne digère pas le fait que les produits dominicains envahissent l’île. « Les Dominicains ne sont pas plus intelligents que nous. Ils viennent, envahissent notre marché et on reste dans l’observation sans réagir, comme si c’était quelque chose de normal », fait remarquer Youri Latortue, qui croit qu’on peut inverser la tendance dans les cinq prochaines années.

Juno JEAN-BAPTISTE

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LAKAYINFO

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