27 mai 2024

Cap-Haïtien, le 19 janvier 2019. M. Pierre Josué Agenor CADET Ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) Objet: Lettre ouverte autour de l’arrestation de 5 étudiants de l’UPNCH

Cap-Haïtien, le 19 janvier 2019.

M. Pierre Josué Agenor CADET

Ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP)

Objet: Lettre ouverte autour de l’arrestation de 5 étudiants de l’UPNCH

Monsieur le Ministre,

Je suis Joram VIXAMAR, initiateur et élaborateur du programme de master en Économie et Gestion des Collectivités territoriales (MEGCT) de l’Université Publique du Nord au Cap-haïtien (UPNCH), premier programme de 2ème cycle du réseau des UPR (Universités Publiques en Région). Je fus directeur de ce programme pendant 2 ans (2016-2018) avant mon transfert à l’Université Publique de l’Artibonite aux Gonaives (UPAG). Actuellement en fin d’études de doctorat en droit public à l’école doctorale de droit et de science politique de l’Université Bretagne Loire, en France, j’ai déjà décroché une Maîtrise en Administration publique générale et un Master en Management public territorial à l’université Rennes 2 en France. J’ai fait ma licence en Sciences Administratives et de Gouvernance locale à l’UPNCH, option Gouvernance locale, de 2007 à 2011 et, en tant qu’ancien étudiant de la 1re promotion et cadre de l’UPNCH, je me permets de vous écrire en vue de vous expliquer certains faits qui sont en train de se passer à l’UPNCH, qui ne font pas honneur à cette Université et qui, entre autres, confirment le retour des pratiques dictatoriales en Haïti.

De retour en Haïti le 13 janvier 2019 après un voyage d’études en France, j’ai appris l’arrestation de 5 étudiants le 14 janvier dans l’enceinte de cette Université par des agents de l’UDMO et des civils armés sous l’ordre du recteur Délide Joseph. Ces étudiants ont été immédiatement conduits à la prison civile de Cap-Haïtien. Les associations étudiantes de cette université ont rapporté que ces étudiants étaient parmi ceux et celles (employés et étudiants) qui ont déclenché un mouvement de protestation pour dénoncer les dérives du recteur Délide Joseph. Et parmi leurs revendications, les étudiants et employés dénoncent la révocation de presque tous les employés et professeurs de l’Université et leur remplacement immédiat par certains proches des sénateurs, qui n’ont presqu’aucune formation universitaire; le détournement des chèques d’une dizaine d’employés, dont le mien, malgré mon transfèrement; la publication des résultats du concours d’admission 2018-2019 sans aucune note des étudiants avec seulement les noms (à noter que même sous le régime duvaliériste, on ne pouvait pas publier un résultat sans les notes des étudiants), juste pour plaire aux politiciens puisque les noms figurant sur la liste des admis, en grande partie, n’ont pas été inscrits au concours, la mauvaise gouvernance universitaire, et tant d’autres actes arbitraires et répréhensibles.

Je dois souligner pour vous, Monsieur le Ministre, que, depuis l’arrivée du recteur Delide Joseph, l’Université reste casernée tous les jours avec un point fixe contenant des policiers d’UDMO et des hommes armés sur la cour de l’institution considérée comme un lieu sacré par la loi fondamentale. Alors que l’article 34 de la Constitution de 1987 amendée dispose que « l’enceinte des établissements d’enseignement est inviolable; aucune force de l’ordre ne peut y pénétrer », à l’UPNCH, on ne fait que constater le contraire.

En outre, malgré la mobilisation des étudiants et employés pour la libération des 5 étudiants, des juges politiques sans dignité et moralité travaillant à la solde de la sénatrice du département du Nord , les ont gardés en prison. Qui pis est, lors d’une première audience au tribunal de paix section Sud du Cap-Haïtien, face à la mobilisation des étudiants, des témoins ont rapporté que le juge de paix en charge du dossier a déclaré : « J’ai demandé au recteur de libérer les étudiants, mais il les a gardés ». Le recteur est-il le juge? Quelle est cette histoire de justice en Haïti? Moi, j’ai personnellement rencontré le commissaire du Gouvernement près le tribunal de première instance de Cap-Haïtien qui n’a pas voulu se prononcer sur le dossier par crainte de sa révocation. À preuve, le juge de paix a transféré le dossier au parquet du Cap-Haïtien. Malgré la présence des étudiants au parquet le vendredi 18 janvier, le commissaire du Gouvernement ne s’était pas présenté, une stratégie pour retourner les étudiants en prison. En dépit des fortes mobilisations de soutien aux 5 étudiants victimes d’abus politiques, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule venant supporter ces étudiants incarcérés illégalement. C’est une situation on ne peut plus inacceptable dans un régime démocratique. Aujourd’hui, nous devons être clairs avec le monde et dire quelle société nous voulons construire: Un État de droit ou une jungle ?

En tant que Ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, le superieur hierarchique des recteurs des Universités Publiques en Région, vous avez votre mot à dire dans cette situation. Il y va de votre honneur et de votre dignité. Personne ne saurait nier le travail combien important que vous effectuez pour redresser le système éducatif, mais malheureusement, les politiciens sont en train de detruire votre oeuvre. Vous ne pouvez pas accepter un sénateur comme recteur numéro 1 d’une Université. C’est cruel et grave. Aujourd’hui, nous sommes le dernier dans notre hémisphère en matière éducative. Ainsi, tous nos jeunes veulent partir en vue de continuer leurs études à l’étranger, notamment en République dominicaine. Nous ne pouvons pas descendre plus bas. C’est assez!

Je sais que vous avez la volonté de faire quelque chose pour renforcer le système éducatif et notamment les universités publiques en région d’Haïti, mais vous êtes un peu trop tolérant envers des politiques, notamment certains sénateurs qui ne connaissent pas l’enjeu de l’EDUCATION. Il est de toute nécessité pour vous d’intervenir dans cette situation, ce, pour votre bilan et pour votre honneur.

Monsieur le Ministre, c’est vous qui êtes responsable de l’orientation éducative de notre société, vu le rôle prépondérant de l’Education dans le développement d’un pays et la conduite de tout peuple.Vous devez agir vite et très vite pour corriger ces dérives. Je sais qu’en Haïti, il est difficile pour un ministre de prendre des décisions dans l’intérêt collectif si celles-ci ne reflètent pas la volonté des puissants sénateurs et politiques du pouvoir en place, mais on est quand même dans une République. A mon avis, le ministère de l’Education nationale est l’un des ministères qui ne devrait pas etre politisé. Si nous continuons dans cette voie, nos fils et nous ne verrons pas la nouvelle Haïti, celle pour laquelle on travaille, on étudie, on organise des élections, on dirige, et autres. Étant donné que le président de la République, son Excellence Monsieur Jovenel Moïse, a toujours mentionné « réforme et redressement de l’Administration publique » dans son discours, je vous saurais gré de lui demander une main levée, voire une chance pour agir librement sans ordres des élus et des politiques afin de redresser le système éducatif haïtien.

Quant à moi, malgré les pressions subies de la part de ces personnes malhonnêtes qui travaillent au détriment du système éducatif, notamment à celui de l’UPNCH, j’ai denoncé leurs derives et je vais continuer à les dénoncer. Je pense que mon silence serait pire, car elle me rendrait complice et coupable de ces actes malhonnêtes et antidémocratiques. Mon éducation haïtiano-europeenne ne me permet pas de garder le mutisme face aux dérives sociales et abus des bourreaux. J’en profite pour rappeler que le jeudi 17 janvier dernier, des individus ont tiré sur ma résidence en me faisant des menaces, car selon eux, j’ai mobilisé les étudiants contre le recteur et ses sénateurs supporteurs. Monsieur le Ministre, effectivement, j’ai denoncé le comportement de la sénatrice du Nord qui se fait passer pour rectrice numéro 1 de l’UPNCH et sous son influence, la police politique a procédé à l’arrestation des étudiants suivie de leur incarcération sans preuves tangibles. Pour l’instant, le recteur et ses mains politiques sont en train de monter des dossiers et d’antidater des constats avec des juges malhonnêtes et corrompus pour accuser les étudiants. Franchement, je donne raison au président de la République qui a déclaré lors de son passage à Paris que la justice haïtienne est on ne peut plus corrompue et que la majorité de juges n’a pas la force morale ni dignité pour rester dans le système judiciaire.

Fort de tout ce qui se précède, je sollicite votre intervention, Monsieur le Ministre, pour la libération sans condition des cinq (5) étudiants emprisonnés politiquement et pour le redressement de cette université comme foyer international de cultures. L’Education comme bien public mondial ne peut pas se faire ni se donner sur la base politique et patisane.

Dans l’espoir que la présente retiendra toute votre attention et dans la certitude que vous ferez flèche de tout bois pour corriger cette situation lamentable et répréhensible, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, mes salutations patriotiques et éducatives.

M. Joram Vixamar

Enseignant à l’UPNCH

Doctorant en droit public à l’école doctorale de droit et de science politique de l’Université Bretagne Loire, France.

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