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3 juin 2026

Haïti : Fils-Aimé muscle sa mainmise sur le CEP en nommant son propre directeur général

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Le même jour où le Conseil électoral provisoire (CEP) dénonçait publiquement un « décret électoral inconstitutionnel » imposé par la Primature, le gouvernement a placé un homme de confiance à la tête de son administration. Uder Antoine a été nommé Directeur général du CEP, à l’unanimité du Conseil des ministres, ce mardi 2 juin 2026. Une coïncidence de calendrier qui en dit long sur la stratégie de l’exécutif : contrôler l’institution de l’intérieur.

La séquence politique de ce 2 juin 2026 restera dans les annales comme l’un des jours les plus sombres pour l’indépendance électorale en Haïti.

Le matin, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé convoquait les membres du CEP à la Primature pour leur annoncer, sans négociation, qu’il allait publier son propre décret électoral – un texte « totalement différent » de celui élaboré par le Conseil, selon la note de presse cinglante du CEP. Les conseillers ont aussitôt dénoncé une violation de leur compétence exclusive et un « caractère inconstitutionnel ».

Dans l’après-midi, le Conseil des ministres réuni sous la présidence de Fils-Aimé adoptait à l’unanimité un arrêté nommant M. Uder Antoine au poste stratégique de Directeur général du Conseil Électoral Provisoire.

Le message est clair : après avoir imposé les règles du jeu (le décret), l’exécutif installe désormais son propre exécutant à la tête de l’administration électorale.

Les détracteurs y voient d’ores et déjà la main de Fils-Aimé cherchant à neutraliser toute velléité d’indépendance du CEP. Car le Directeur général n’est pas un simple administratif. Il supervise l’ensemble des opérations, du fichier électoral à la logistique des bureaux de vote, en passant par l’exécution budgétaire. Sans un DG loyal, un CEP hostile à l’exécutif peut être paralysé.

Le 2 juin 2026 n’est pas un jour quelconque. C’est le lendemain de la publication par le CEP de sa note de presse incendiaire. En imposant un DG le jour même, Fils-Aimé envoie un signal de défiance assumée : peu importe l’avis des conseillers, c’est lui qui décide.

Le CEP, théoriquement indépendant, voit sa marge de manœuvre se réduire comme une peau de chagrin. Sans majorité qualifiée pour s’opposer à cette nomination (l’arrêté émane du Conseil des ministres, pas du CEP lui-même), les conseillers ne peuvent que constater les dégâts.

Certains observateurs parlent déjà d’une « prise de contrôle en deux temps » : d’abord le décret électoral pour écrire les règles, puis la nomination d’un DG dévoué pour les appliquer. Entre les deux, il ne reste plus grand-chose de l’indépendance du CEP.

La société civile, déjà mobilisée contre le décret minier de mars 2026, risque de sortir de sa réserve. Plusieurs organisations ont dénoncé dans la soirée « une mainmise inacceptable sur le processus électoral ». Le parti de l’opposition démissionnaire Fusion des sociaux-démocrates a parlé de « coup d’État électoral rampant ».

Du côté du CEP, aucune réaction officielle n’a encore été publiée concernant la nomination de M. Antoine. Mais la tension entre l’exécutif et les conseillers, déjà vive depuis la rencontre du matin, risque de s’exacerber. Comment le Conseil pourra-t-il travailler avec un Directeur général imposé par celui-là même qu’il accuse de violer la Constitution ?

Avec cette double offensive du 2 juin 2026 – décret électoral imposé + DG aux ordres – Alix Didier Fils-Aimé montre qu’il entend conduire les prochaines élections en maître absolu, sans partage.

Reste une question : les bailleurs de fonds internationaux, qui conditionnent leur aide à des élections crédibles, accepteront-ils de financer un scrutin organisé dans ces conditions ? Pour l’instant, Washington et l’OEA observent, muets. Mais le silence, en Haïti, a toujours été complice des pires dérives

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