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3 juin 2026

Primature contre CEP : Fils-Aimé joue les dictateurs, les conseillers lui tiennent tête

4 min de lecture

Le Conseil électoral provisoire (CEP) dénonce une « décision inconstitutionnelle » du chef du gouvernement. Alix Didier Fils-Aimé, qui s’est invité à écrire lui-même le décret électoral, ignore la compétence exclusive du CEP et impose un texte « totalement différent ». Une nouvelle dérive autoritaire qui interroge sur la sincérité du processus à venir.

La convocation était présentée comme une simple « rencontre d’information ». Mais, mardi, les membres du Conseil électoral provisoire (CEP) sont repartis de la Primature sous le choc. Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, leur a annoncé sans détour qu’il allait adopter et publier son propre décret électoral, un texte que les conseillers découvraient pour la première fois.

« Ce document est totalement différent du projet de décret électoral soumis à l’exécutif par le CEP le 24 avril 2026 », indique une note de presse du CEP, publiée dans la foulée. « Cette démarche confirme le caractère inconstitutionnel de la décision de la Primature qui viole le principe d’indépendance de tout Conseil électoral. »

Le ton est solennel. Dans son texte, le CEP rappelle un principe cardinal : « L’initiative d’élaboration du projet de décret électoral relève de la compétence exclusive du CEP. » En imposant sa propre mouture, le chef du gouvernement s’arroge un pouvoir qu’il ne possède pas – ni la Constitution ni aucune loi ne lui donnent la plume électorale.

Les conseillers, unanimes, ont fait savoir leur « désaccord » avec le Premier ministre. « Appliquer un texte qui n’obéit pas aux exigences constitutionnelles », ce serait entériner un simulacre d’élections, préviennent-ils.

Ce nouveau coup de force s’inscrit dans un contexte politique déjà très dégradé. Depuis la dissolution du Conseil présidentiel de transition (CPT) le 7 février 2026, Alix Didier Fils-Aimé, initialement Premier ministre par intérim, gouverne seul, sans Parlement, sans président, sans aucune contre-puissance. Sa propre légitimité est contestée : le CPT avait voté sa révocation, mais celle-ci n’a jamais été publiée, et le chef du gouvernement s’est maintenu avec l’appui discret de la communauté internationale.

Désormais, cet homme qui n’a reçu aucune onction des urnes veut écrire lui-même les règles du scrutin qui devrait, théoriquement, permettre de sortir de la crise. « On ne peut pas être à la fois juge et partie », souffle un observateur sous couvert d’anonymat. « En imposant son décret, Fils-Aimé s’assure de contrôler le processus de A à Z. Ce n’est plus une transition, c’est une confiscation. »

Le Conseil électoral provisoire affirme pourtant sa détermination : « Les membres du CEP réaffirment leur engagement à garantir la légitimité du processus électoral et à conduire ledit processus de manière inclusive et impartiale, dans le strict respect des principes d’indépendance, de transparence et de responsabilité démocratique. »

Reste que, sans Parlement pour faire obstruction, et face à un chef de gouvernement qui légifère par décrets, la marge de manœuvre du CEP paraît étroite. Si Fils-Aimé publie son texte, que pourront faire les conseillers ? Saisir un juge ? La justice est elle-même sous influence. Démissionner collectivement ? Ce serait laisser le champ libre.

Le dossier électoral s’ajoute à une série d’initiatives contestées de l’exécutif. Le 30 mars 2026, c’est un décret minier que le Premier ministre avait imposé sans débat, violant l’article 36.6 de la Constitution qui réserve à la loi – donc au Parlement – le soin de fixer les règles d’exploitation du sous-sol. Aujourd’hui, c’est le décret électoral qui subit le même sort.

La communauté internationale, souvent prompte à financer des élections en Haïti, observe. Mais pour l’instant, aucune condamnation ferme n’est venue de Washington, de l’OEA ou de la Caricom. Silence coupable pour certains, calcul géopolitique pour d’autres.

Dans les rues de Port-au-Prince, la lassitude domine. Beaucoup doutent qu’un scrutin organisé dans ces conditions puisse être crédible. « On nous prend pour des imbéciles », lâche un enseignant, sous la menace des gangs. « Ce monsieur n’a aucun titre pour décider de nos élections. Qu’il parte, et qu’on organise enfin quelque chose de propre. »

Le CEP, pour l’instant, tient bon. Sa note de presse, très inhabituelle par son ton et sa rapidité, montre que la confrontation est ouverte. Alix Didier Fils-Aimé voulait probablement acter un fait accompli. Il se heurte désormais à une institution qu’il a sous-estimée. Reste à savoir qui pliera.

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