18 juillet 2024

Pétrole, coup politique, option militaire… Quatre questions sur la suite du conflit entre le Guyana et le Venezuela.-

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Depuis la fin de l’été, le président vénézuélien Nicolas Maduro critique l’exploitation du gigantesque champ pétrolier en mer Stabroek au large des côtes de son voisin le Guyana. Ce petit état d’Amérique du sud est en plein boom économique grâce à des réserves pétrolières découvertes tardivement et estimées à 11 milliards de barils de pétrole. Le 3 décembre dernier, les Vénézuéliens ont validé lors d’un référendum l’annexion de deux tiers du territoire guyanais. Baptisée Essequibo, la zone concernée concentre la quasi intégralité des ressources pétrolières du Guyana.

Où en est le dialogue entre le Venezuela et le Guyana ?

Il se réchauffe quelque peu. Jeudi 14 décembre Irfaan Ali, président du Guyana et Nicolas Maduro se sont rencontrés sur l’île de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Selon le communiqué commun, ils «se sont accordés pour ne pas se menacer ou utiliser la force l’un contre l’autre, sous aucun prétexte».

Le 3 décembre dernier après sa victoire au référendum, Nicolas Maduro avait fait monter la pression d’un cran déclarant «que personne n’en doute, l’Essequibo est à nous !». Dans la foulée, l’entreprise nationale PDVSA avait été chargée d’accorder des licences d’exploitation pour la prospection et l’exploitation du pétrole, du gaz et des minéraux dans l’Essequibo. Fin 2022, le Guyana y a justement lancé un appel d’offres pour l’exploitation de 14 blocs offshore de 1 000 à 3 000 km². Depuis, une dizaine d’entreprises comme ShellPetrobrasou Chevron se sont positionnées, ce qui a provoqué la colère de Caracas.

Si Nicolas Maduro et Irfaan Ali se sont aussi promis de «s’abstenir en paroles, en actes [et] d’intensifier tout conflit», la situation reste tendue. La frontière reconnue par le Venezuela est définie depuis 1777 par le fleuve Essequibo alors que celle que défend le Guyana a été tracée par un accord passé en 1899 par l’ancien colonisateur britannique. L’affaire est entre les mais de la Cour pénale internationale (CIJ) dont le Venezuela ne reconnait pas l’autorité en la matière.

La manne pétrolière du Guyana est-elle vraiment visée ?

Oui mais pas dans son intégralité. «Le vrai objectif de Nicolas Maduro n’est pas d’envahir mais d’avoir une négociation pour que son pays puisse profiter de l’exploitation des ressources que l’on est en train de découvrir là-bas», estime auprès de L’Usine Nouvelle Christophe Ventura, directeur de recherche spécialiste de l’Amérique latine à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

A l’heure actuelle, la production de pétrole au Venezuela n’est plus que l’ombre d’elle-même avec 780 000 barils par jour en novembre 2023, contre plus de 3 millions extraits quotidiennement au début des années 2000. «Depuis l’embargo décidé en 2019, il n’y a plus d’investissements dans le pays, explique à L’Usine Nouvelle Philippe Chalmin, économiste spécialiste des matières premières. Les possibilités d’augmentation de la production locale ne sont pas énormes, de l’ordre de 100 à 150 000 barils de plus en 2024.»

Le pétrole vénézuélien est lourd ce qui l’empêche d’être raffiné dans la plupart des installations industrielles hors des Etats-Unis. Malgré les plus grandes réserves pétrolières au monde (environ 300 milliards de barils estimés) le Venezuela souffre depuis plusieurs années du manque de débouchés malgré des contrats avec la Chine et la Russie. Alors que le Guyana prévoit de prélever une redevance de 27,5% et un nouvel impôt sur les sociétés pour chacun des 14 blocs proposés au large de l’Essequibo, le Venezuela viserait donc une partie de la future manne.

Le référendum serait-il un coup politique de Nicolas Maduro ?

Le timing du référendum, annoncé au lendemain de la primaire du parti d’opposition, pose question. «Le président a voulu reprendre la main sur son agenda politique et éclipser la primaire de l’opposition qui a remis Maria Corina Machado dans une position menaçante grâce à une participation importante, indique Christophe Ventura. Le referendum a permis à Nicolas Maduro de tester sa capacité de mobilisation à moins d’un an de l’élection présidentielle.» Pour le chercheur, le caractère patriotique de l’annexion de la région de l’Essequibo a aussi permis au régime de contrer l’opposition qui ne pouvait pas se positionner contre sans perdre en popularité.

Mais pourquoi Nicolas Maduro a-t-il pris le risque de froisser les Etats-Unis qui venaient de lever leur embargo en menaçant leur allié guyanais ?«Il a estimé que les Etats-Unis n’allaient pas revenir à l’embargo parce qu’ils sont aussi bénéficiaires de l’allègement des sanctions avec le retour de Chevron et les importations de brut vénézuélien», indique Christophe Ventura. Depuis fin 2022, les Etats-Unis ont progressivement desserré l’étau des sanctions avec la relance de la coentreprise entre Chevron et PDVSA et ont permis la reprise de contact avec Trinité-et-Tobago pour le développement d’un champ gazier.

Au-delà de l’intimidation, l’option militaire est-elle vraiment sur la table ?

Cela parait improbable. Malgré l’installation de camps militaires et d’une piste d’aviation du côté vénézuélien de la frontière, les deux pays rejettent toute intervention armée. Le 14 décembre, Nicolas Maduro a assuré qu’il rencontrait son homologue avec «une parole de paix». De son côté, Irfaan Ali a indiqué que son pays «ne cherche pas la guerre mais se réserve le droit de travailler avec tous ses partenaires pour assurer sa défense».

Le 7 décembre, les Forces de défense du Guyana ont mené des exercices aériens avec l’armée américaine alors qu’une délégation du Département d’État a fait une visite dans le pays. «Même si elle est beaucoup plus importante, l’armée vénézuélienne n’a pas d’expérience récente d’un conflit armé, juge Christophe Ventura. Le pays est dans une situation économique tellement difficile qu’il aurait du mal à mettre en place une économie de guerre, sans compter qu’une intervention au Guyana ne serait pas tolérée par les autres pays latino-américains.» Composée de seulement 5 000 hommes, l’armée du Guyana pourrait installer plusieurs bases le long de sa frontière. La zone de jungle qui couvre 97% de son territoire rendrait dans tous les cas une guerre difficile.

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