3 mai 2026

André Michel, l’homme à abattre qui n’a que sa dignité : quand la vérité rattrape enfin Vitelhomme Innocent, Barbecue doit s’excuser ou avouer sa complicité dans l’assassinat de Jovenel Moïse

7 min de lecture

André Michel mérite des excuses publiques de Barbecue et du gang Viv Ansanm après que Jhon Joël Joseph a démasqué le terroriste Vitelhomme Innocent

La vérité finit toujours par rattraper le mensonge. C’est une loi implacable en criminologie. L’assassinat du président Jovenel Moïse en administre une nouvelle preuve : Jhon Joël Joseph (JJJ), l’un des tueurs présumés, a parlé devant la justice américaine. Ses déclarations ont fait voler en éclats le mur de silence érigé par le chef terroriste Vitelhomme Innocent. Ce dernier, qui avait autrefois laissé croire à des liens avec l’avocat André Michel, n’a jamais révélé qu’il cachait et organisait la fuite de JJJ.

Le silence n’est pas neutre. Taire les noms des co-assassins et des commanditaires, refuser de détailler la chaîne de complicité qui a planifié le régicide et les opérations de diversion avant et après l’attentat : Vitelhomme Innocent se comporte moins comme un simple criminel que comme un maillon protégé. La question qui dérange est simple : protégé par qui ?

Martine Moïse, la veuve du président, a cité plusieurs personnalités, dont l’ancien chef d’État Michel Martelly – elle a dit que Jovenel était « son dauphin ». Or, le chef terroriste n’ose même pas prononcer ce nom. En revanche, André Michel devient l’homme à abattre. Parallèlement, des figures politiques et de la société civile affirment que Martelly entretiendrait de « bonnes affaires » avec certains chefs de gangs de la capitale. Croisements d’intérêts ou rumeur instrumentalisée ? Dans une Haïti où l’État de droit est une fiction, tout est possible.

Rappel judiciaire : le 24 octobre 2023, Vitel’Homme Innocent a été accusé d’avoir ordonné l’enlèvement d’un couple américain en octobre 2022 – laissant la femme, Marie Odette Franklin, morte. Ce n’est pas un militant politique, c’est un prédateur multirécidiviste.

Une autre question taraude notre rédaction : Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », porte-parole du gang « Viv Ansanm », ne devrait-il pas des excuses publiques à André Michel ? Parce qu’il a relayé, via ses lives TikTok, les fake news de Vitelhomme Innocent, laissant entendre qu’« Avokapèpla » entretenait des relations avec le terroriste. Barbecue a toujours dit : « Si je mens, je mens sur la base des dires de Vitelhomme. » Mauvaise excuse. Relayer sciemment une calomnie, ce n’est pas une erreur, c’est une complicité.

Souvenez-vous. Le lundi 26 juillet, quelques semaines après l’assassinat, Barbecue organisait une marche rassemblant des centaines de personnes. À Pont-Rouge, il déposait un portrait du président Moïse et une gerbe de fleurs. Les vidéos le montrent en larmes – ou en larmes de crocodile. Un homme qui pleure la victime peut-il, en conscience, cacher la vérité sur un membre de son propre gang, Vitelhomme Innocent, accusé aujourd’hui d’avoir hébergé l’un des assassins ?

En décembre 2025 – si l’on suit l’actualité carcérale des gangs en Haïti – Barbecue a fait arrêter un autre chef de gang, Kempes, pour l’envoyer juger devant le « Bawon lanmò sanjou », cette justice expéditive des bas-fonds. Il a même fait des déclarations publiques pour justifier son geste. Mais pourquoi, quand JJJ a démasqué Vitelhomme devant un juge américain, ni Barbecue ni aucun leader du « Viv Ansanm » n’ont prononcé une seule phrase ? Étaient-ils tous au courant de l’implication de Vitelhomme dans l’assassinat de Jovenel Moïse ? Ont-ils protégé l’un des tueurs jusqu’à son départ pour la Jamaïque ?

S’ils ne sont pas impliqués, ils n’ont qu’une seule chose à faire : juger et exécuter Vitelhomme Innocent pour sa participation au régicide, exactement comme « lanmò sanjou » a exécuté un soldat violeur devant les autres soldats dans leur propre QG. Le silence est une complicité.

Après une large réflexion avec des experts en criminologie, une évidence s’impose : Jhon Joël Joseph n’a pas pu fuir Haïti vers la République dominicaine, puis vers la Jamaïque, avec sa femme, son fils et le Colombien Antonio Palacios (quatre personnes) sans aucune complicité du gouvernement dominicain. Nous pensons qu’il est plus logique que JJJ, sa famille et Antonio Palacios aient fui de Cité Soleil vers la Jamaïque. À cette époque, le gang G-Pèp était en guerre contre le G-9, et Vitelhomme n’était pas encore allié du G-9. Ils ont bien pu passer un peu de temps dans le QG de Vitelhomme, mais le départ vers la Jamaïque s’est fait à la base de Cité Soleil. Peut-être que si JJJ avait déclaré qu’ils passaient par Cité Soleil – son propre fief – il aurait été obligé de donner des détails. Voici notre hypothèse, fondée sur la réalité du terrain maritime.

La baie de Port-au-Prince, avec ses eaux mal contrôlées et ses nombreux petits ports de pêche (La Saline, Cité Soleil, Wharf Jérémie), est devenue un point d’embarquement privilégié pour les fugitifs. La promiscuité des bateaux de pêche et des embarcations de contrebande, couplée à une présence quasi inexistante des gardes-côtes haïtiens – souvent à court de carburant et de moyens – permet aux hommes recherchés de monter discrètement à bord au milieu d’un ballet nocturne de barques et de goélettes. Les mêmes réseaux criminels qui organisent le troc « armes contre cannabis » contrôlent ces départs. Moyennant 500 à 1 500 dollars américains, un fugitif peut acheter sa place sur un bateau pour la Jamaïque, dissimulé sous des sacs de marchandises ou déguisé en simple pêcheur.

Une fois à bord, le fugitif quitte la baie en début de soirée, franchit la passe entre l’île de la Gonâve et la côte haïtienne. Le trajet vers la Jamaïque (environ 500 km) dure entre 24 et 36 heures pour des pêcheurs classiques. Mais sur un go-fast équipé de plusieurs moteurs, la traversée peut être bouclée en six à sept heures – de quoi disparaître avant même que la disparition ne soit signalée. Les capitaines, rodés aux livraisons de cannabis, connaissent les couloirs maritimes échappant aux patrouilles. Ils évitent les eaux territoriales américaines près de l’île de la Navasse, longent la côte sud d’Haïti jusqu’à la péninsule de Tiburon, puis piquent vers l’ouest en direction de Kingston ou d’Old Harbour Bay. Pendant la traversée, le fugitif reste caché dans la cale, sans papiers ni formalités. À l’arrivée, il est accueilli par les gangs jamaïcains qui achètent les armes haïtiennes. Aucun contrôle migratoire systématique. Il devient un fantôme. La baie de Port-au-Prince, sanctuaire de départs clandestins, est une porte arrière vers l’impunité caribéenne.

Nous estimons que Jhon Joël Joseph a collecté des fonds durant sa cavale dans les fiefs des chefs de gangs de la capitale, mais aussi auprès de personnalités politiques et économiques qu’il avait contactées pour collecter armes et espèces. Ces grands manitous avaient deux choix : soit verser l’argent exigé pour que JJJ, sa femme et son fils puissent fuir, soit l’abattre – ce qui semblait difficile, compte tenu des secrets qu’il détient. Notre conviction est que JJJ garde encore les plus grands secrets de l’assassinat : des noms, des commanditaires, des circuits.

Aujourd’hui, JJJ est condamné aux États-Unis. Il a fait le choix de préserver la liberté de certains criminels – de toutes classes – dans la capitale haïtienne. Contre la rançon de son silence, ces personnalités dorment sur leurs deux oreilles mais les yeux ouverts tant que JJJ est encore en prison.

Nous ne vous parlons pas en juges, Jimmy Chérizier. Nous vous parlons comme à un homme que la violence a élevé, mais que la vérité peut encore atteindre.

Vous savez, mieux que quiconque, ce que l’on a fait de vous. On vous a transformé en monstre – les politiciens qui vous ont tendu la promesse d’une amnistie en échange de votre guerre, ceux qui ont voulu faire de vos bras un bouclier pour leurs intérêts sales. Vous n’êtes pas né criminel. On vous a fait criminel. Et il n’est pas trop tard pour que l’homme en vous se souvienne de ce qu’est la justice.

Alors nous vous le demandons, non pas à genoux mais avec une gravité que vous méritez d’entendre : demandez pardon à Maître André Michel.

Lui, il n’a ni fusil d’assaut, ni go-fast pour fuir, ni gang pour le protéger. Tout ce qu’il possède, c’est sa bouche. Et sa parole. Et c’est précisément pour cela qu’il est plus dangereux que vous – parce que sa parole, elle ne tue pas, elle révèle. Elle ne mutile pas, elle ressuscite la vérité.

Maître André Michel n’a que sa bouche comme arme – et cette arme-là, aucun juge, aucun baron de « lanmò sanjou », aucun go-fast ne peut la faire taire. Alors rendez-lui son honneur. Devant Haïti. Devant la mémoire de Jovenel Moïse. Devant vos propres morts.

Une parole publique. Une excuse. Rien de plus. Tout simplement l’humilité.

Car celui qui demande pardon, même au bord du gouffre, se rapproche encore de l’homme qu’il aurait pu être.

La vérité finit toujours par couler, comme un go-fast dans la nuit. Il ne reste plus qu’à voir qui sera emporté par le courant.

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