Pierre Espérance contre-attaque : le RNDDH dénonce une “chasse aux défenseurs des droits humains” dans le dossier Jovenel Moïse

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Le RNDDH accuse Cyprien Pierre de dérive judiciaire, saisissant le CSPJ.

Le climat autour de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse connaît une nouvelle montée de tension. Dans une longue correspondance adressée au président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dénonce ce qu’il qualifie de graves dérives dans la conduite de l’instruction menée par le juge Cyprien Jean F. Denis Pierre.

Dans cette note publique, l’organisation de défense des droits humains affirme que le magistrat instructeur aurait ordonné, le 19 mai 2026, une perquisition à la résidence privée de son directeur exécutif, Pierre Espérance, ainsi qu’aux locaux du RNDDH, dans le cadre du supplément d’information sur le dossier de l’assassinat du chef de l’État.

Selon le RNDDH, cette décision constitue une mesure « disproportionnée » et « attentatoire aux garanties constitutionnelles ». L’organisation estime que cette ordonnance ne reposerait pas sur des éléments matériels vérifiés, mais plutôt sur « des rumeurs, des insinuations et des propos relayés sur les réseaux sociaux ».

Le RNDDH affirme ne pas contester le pouvoir du juge d’instruction de rechercher la vérité dans cette affaire, mais considère que la démarche adoptée donne l’impression d’une volonté de criminaliser le travail de documentation et de défense des droits humains mené par l’organisation.

L’organisation revient également sur plusieurs auditions de son directeur exécutif par le juge Pierre, notamment une dernière rencontre qui se serait déroulée sans la présence de ses avocats. Le RNDDH soutient que le magistrat aurait progressivement orienté son enquête à partir d’allégations diffusées sur les réseaux sociaux par des individus qualifiés d’hostiles à l’organisation.

Dans cette correspondance adressée au CSPJ, le RNDDH formule aussi de lourdes accusations contre le magistrat instructeur. L’organisation évoque des informations « préoccupantes » laissant croire à l’existence de pratiques de corruption et de transactions financières entre le juge et certains inculpés du dossier.

Le document affirme également que certaines rencontres auraient été facilitées en dehors du cadre légal de la Chambre d’instruction par d’autres magistrats proches du juge concerné.

Pour le RNDDH, ces comportements risqueraient de compromettre la crédibilité même de l’instruction et de fragiliser davantage la confiance du public dans l’appareil judiciaire haïtien.

L’organisation estime aussi que cette situation s’inscrit dans un climat plus large d’hostilité envers les défenseurs des droits humains en Haïti, particulièrement après les dénonciations formulées par le RNDDH contre certains magistrats appelés à intégrer les pôles judiciaires spécialisés.

Dans sa lettre, le RNDDH rappelle également les obligations de l’État haïtien en matière de protection des défenseurs des droits humains, en s’appuyant notamment sur la déclaration adoptée par l’Organisation des Nations Unies en 1998 sur la protection des militants et organisations engagés dans la défense des libertés fondamentales.

L’organisation annonce son intention de saisir le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits humains ainsi que plusieurs instances internationales afin d’alerter sur les risques de « persécution judiciaire » et de « représailles » en Haïti.

À travers cette démarche, le RNDDH demande officiellement au CSPJ d’examiner les agissements dénoncés contre le juge Cyprien Jean F. Denis Pierre et de prendre les mesures appropriées afin de garantir une justice « indépendante, impartiale et conforme aux principes de l’État de droit ».

Cette nouvelle confrontation entre le RNDDH et une partie du système judiciaire intervient dans un contexte particulièrement sensible autour du dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse, une affaire qui continue de secouer profondément les institutions haïtiennes près de cinq ans après les faits.

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