4 mars 2024

Haïti-Polique: La Conférence des Pasteurs Haïtiens exhorte la 50e législature à se prononcer favorablement sur la mise en accusation de Jovenel Moïse pour libérer le Pays

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Port-au-Prince, le 2 aout 2019

De: Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH)

Aux: Députés de la cinquantième Législature

Honorables députés,

Nous vous adressons cette correspondance dans le but de vous interpeller sur la nécessité de poser un acte patriotique dans le cadre des efforts entrepris par le peuple haïtien pour résoudre la crise à laquelle le pays se trouve confronté depuis plus d’un an. Maintenant que vous êtes sur le point d’achever votre mandat et que vous êtes libérés de toutes sortes de contraintes qui vous poussaient à être solidaire quasi exclusivement de l’exécutif, il est temps d’avoir au moins une pensée pour celles et ceux qui vous ont délégués leur pouvoir pour l’exercer en leur nom et pour eux. C’est une exigence morale à laquelle vous ne devez pas vous dérober.

En effet, votre mandat constitutionnel arrive à terme dans quelques mois. Ce sera l’occasion pour vous de retourner dans vos circonscriptions respectives à la rencontre de vos mandants et pour vous ressourcer. Ce sera aussi l’occasion de faire le bilan de vos actions en tant que parlementaires de la cinquantième législature-une législature très décriée et qui n’a pas toujours joui de la sympathie populaire pour n’avoir pas accompagné le peuple haïtien dans ses revendications.

Déjà, il est évident que votre bilan est particulièrement faible, maigre et peu réjouissant. Il est inutile de souligner qu’au cours de la cinquantième législature, vous avez été très peu productifs et que les rares lois votées à la chambre basse ne visaient pas nécessairement l’amélioration substantielle des conditions de vie de vos mandants. Cela n’a vraisemblablement pas été votre priorité. Par contre, vous n’avez jamais lésiné sur les avantages et privilèges liés à votre fonction de député. Vous en avez profité pleinement. Et cela vous a attiré beaucoup de critiques et la colère populaire.

Après les événements violents des 6 et 7 Juillet 2018, vous aviez promis solennellement de supprimer certains de vos privilèges jugés trop exorbitants par la population, afin de contribuer, prétendiez-vous, à réduire le train de vie de l’Etat- un État considéré par plus d’un comme étant jouisseur et prédateur qui ne fait qu’appauvrir les masses défavorisées des bidonvilles et de la paysannerie. Jusqu’à présent, rien n’a été fait en ce sens. Vous avez donc roulé la population dans la farine. Vous continuez à jouir allègrement de vos privilèges alors que la majorité de la population continue de crever de faim.

La situation socio-économique du pays se détériore considérablement. L’inflation atteint déjà la barre de 18% et tend à grimper. Le niveau de vie de la population se dégrade dangereusement. Le pouvoir d’achat des haïtiens est en baisse constante. Déjà, 3.6 millions d’haïtiens vivent en situation d’insécurité alimentaire, selon la Coordination Nationale pour la Sécurité Alimentaire (CNSA). La gourde continue de se déprécier par rapport au dollar américain alors que la production nationale est en chute libre. Nous importons pour plus de 5 milliards de dollar américain par an et nous exportons pour moins d’un milliard. La situation est exceptionnellement difficile. La majorité de nos compatriotes se résigne à vivre de la débrouille.

La situation sécuritaire du pays ne cesse de se détériorer. Les gangs armés prolifèrent à travers le pays. Dans les grandes villes aussi bien que dans l’arrière-pays, ils tuent, volent et violent en toute impunité. L’émergence de ces gangs armés, l’impunité et la protection dont ils jouissent au plus haut niveau de l’Etat semblent participer d’une stratégie globale visant à réprimer la population pour qu’elle ne se révolte pas contre cette entreprise criminelle et d’injustice dont elle est victime.

Dans la plus grande indifférence de la plupart d’entre vous, plusieurs massacres qualifiés d’ailleurs de « massacres d’Etat » tant par des organismes de défense des droits humains nationaux que par les Nations-Unies, ont été commis à la Saline, à Carrefour-Feuilles, à Nan Tokyo et à Cité Soleil. La responsabilité de ces massacres est imputée aux gangs œuvrant à la solde du pouvoir exécutif et à certains dignitaires du régime. Les gangs armés qui opèrent dans le pays ne bénéficient pas seulement du soutien exclusif de l’exécutif. Ils ont des alliés dans le milieu d’affaires, au niveau du pouvoir exécutif et au sein de l’institution policière.

Il est vrai que certains d’entre vous, ont dès le début de cette législature, pris position en faveur de la population, d’autres; au contraire, se sont toujours associés au pouvoir exécutif qu’ils sont appelés à contrôler pour, dit-on, satisfaire certains intérêts personnels. L’intérêt de vos mandants n’a donc pas été pris en compte. C’est dommage! Et nous notons que par ce comportement, vous n’avez guère attiré la sympathie de la population; puisque vous vous êtes surtout comportés en députés présidentiels que des députés du peuple.

Depuis plus d’un an, le pays est à l’arrêt. Il n’est ni dirigé ni gouverné. Les institutions républicaines ne jouent pas véritablement leur rôle constitutionnel. L’Etat ne fournit pas les services de base dont la population à immensément besoin pour assurer son quotidien. Les droits socio-économiques des haïtiens, les lois de la République et la Constitution du pays, sont violés constamment sans que vous parlementaires qui les représentez directement, n’interveniez pour redresser la situation. Le président de la République dont l’article 136 de la Constitution fait le garant du bon fonctionnement des institutions du pays, a failli à sa mission. En plus de s’être isolé, il s’est révélé incompétent et incapable à diriger le pays. Il en résulte que, la majorité de la population souffre énormément de cette absence prononcée de leadership avisé et capable de satisfaire à ses besoins primaires.

En plus, son administration et lui-même sont éclaboussés par des scandales de corruption. Le rapport d’audit de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) sur la gestion du fond Petrocaribe qui indexe le président de la République, l’affaire des sept (7) mercenaires venus des Etats-Unis, arrêtés par la police puis libérés dans des conditions obscures avec la complicité de son ministre de la justice et d’autres collaborateurs, l’usurpation du fè titre d’ingénieur, sont autant d’éléments accablants qui font que le président ne peut plus exercer la fonction présidentielle. En fait, un chef d’Etat doit être au-dessus de tout soupçon. Au-delà de la crise politique qu’il s’est révélé incompétent à juguler, le président fait face aujourd’hui, à un problème d’ordre moral et éthique. Quelqu’un qui est accusé par le plus grand tribunal administratif de son pays ne doit prétendre pouvoir diriger. Il doit inévitablement se mettre disponible pour être entendu par la justice. Il y va de votre avenir et de votre carrière politique.

En réalité, il est tard puisque le compte à rebours a déjà commencé pour vous en ce qui a trait à la fin de votre mandat. Cependant, il n’est pas trop tard et vous avez encore amplement le temps pour poser un acte courageux et patriotique dans l’exercice de votre mandat constitutionnel de députés du peuple. Vous pouvez encore sauver l’honneur et le prestige du Parlement, considéré à raison comme un des remparts de la démocratie.

En votre qualité de parlementaires, vous êtes les co-dépositaires de la souveraineté nationale. Sachez aussi que la vraie souveraineté réside dans le peuple qui vous a délégué une partie de ses pouvoirs pour le représenter (article 58 de la Constitution). Et le peuple souverain a déjà exprimé de manière claire son rejet et sa désapprobation du président Jovenel Moïse à travers de nombreux mouvements de protestations (grèves, sit-in et manifestations) pour l’avoir trahi. Le souverain a tout essayé. Et malgré toutes les manœuvres du pouvoir, le peuple n’a pas baissé les bras.

Pour toutes ces raisons, au lieu de vous engager dans un processus incertain de ratification de premier ministre et d’un gouvernement anti-procès Petrocaribe pour plaire au président et à une frange puissante de la communauté internationale, ce qui va sans doute aggraver davantage la crise, nous; ministres de Dieu, mais citoyens avant tout, vous exhortons à profiter de cette opportunité pour prononcer la mise en accusation du président conformément à l’article 93 de la Constitution pour crime de haute trahison et violation grave de la Constitution du pays. Il est évident qu’il refuse de se plier à la volonté populaire qui réclame à cor et à cri sa démission depuis plusieurs mois et qu’il veut s’accrocher au pouvoir même sans soutien de la population qu’il prétend représenter; sinon il rendrait déjà le tablier. Entamer la procédure de sa mise en accusation, sans chantage ni marchandage, figure parmi les options à considérer pour faire entendre raison au président qui a perdu pratiquement le soutien populaire. Ce sera votre contribution à un dénouement heureux de la grave crise politique qui perdure depuis déjà plus d’un an dans le pays. C’est aussi votre dernière chance de poser un acte utile qui pourrait vous attirer, non la foudre de la population, mais un peu de sympathie et de respect. Vous jouerez ainsi votre rôle constitutionnel dans ce contexte historique particulier et vous vous assurerez d’entrer la tête haute dans l’histoire.

Recevez, honorables députés de la cinquantième législature, nos salutations patriotiques en Jésus-Christ!

Rév. Abraham Loreston

Coordonnateur National

Rév. Pasteur Normil Dorvila

Secrétaire Exécutif Adj.

CC: Sénat de la République

Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire ( CSPJ)

Office de Protection des Citoyens ( OPC)

Organisations des Droits Humains

Organisations de la Société Civile

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