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10 juillet 2026

Haïti : la République dominicaine pourrait-elle prendre la tête d’une mission internationale en Haïti?

3 min de lecture

Alors que la mission internationale menée par le Kenya peine à rétablir l’ordre en Haïti, de plus en plus d’observateurs régionaux estiment que la République dominicaine pourrait être appelée à jouer un rôle de premier plan dans une nouvelle intervention multinationale. L’hypothèse, jadis marginale, gagne en crédibilité à mesure que la crise s’intensifie.

Haïti et la République dominicaine partagent l’île d’Hispaniola, mais sont confrontées à des réalités très différentes. Alors qu’Haïti est plongée dans le chaos, la République dominicaine, plus stable, voit sa frontière constamment sous pression. Depuis plusieurs années, l’insécurité haïtienne a provoqué une vague migratoire sans précédent, des tensions diplomatiques, et une militarisation accrue de la zone frontalière.

Le président dominicain Luis Abinader a souvent appelé la communauté internationale à intervenir en Haïti. « Le monde ne peut pas détourner les yeux », a-t-il déclaré récemment, tout en renforçant les effectifs militaires le long de la frontière.

La République dominicaine est perçue comme un acteur de plus en plus influent dans les affaires régionales. Membre actif de l’Organisation des États américains (OEA), elle a accueilli plusieurs sommets diplomatiques, notamment sur la crise haïtienne. Dans ce contexte, prendre la tête d’une mission multinationale pourrait renforcer son image sur la scène internationale et lui permettre de gérer plus directement les retombées du chaos voisin.

Les Forces armées dominicaines, bien que modestes comparées à celles de grandes puissances, sont jugées suffisamment préparées pour participer à une mission régionale, surtout avec un appui logistique des États-Unis ou du Canada. La proximité géographique leur donnerait un avantage opérationnel important, notamment dans la connaissance du terrain.

Un vide de leadership régional

Malgré l’appel répété des États-Unis, peu de pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont répondu à l’appel. Seuls la Jamaïque, le Salvador, le Guatemala et les Bahamas ont envoyé de petits contingents pour appuyer la mission kényane, confrontée à des défis logistiques, financiers et sécuritaires.

L’administration américaine, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, a exprimé mardi son souhait de voir l’OEA jouer un rôle plus actif, évoquant même la possibilité de mobiliser une force régionale. L’OEA avait déjà, en 1965, organisé une intervention dans les Caraïbes, lors d’un conflit en République dominicaine.

Toutefois, une intervention dominicaine en Haïti serait politiquement sensible. Les relations entre les deux pays sont historiquement complexes, et toute présence militaire dominicaine sur le sol haïtien pourrait être perçue comme une atteinte à la souveraineté nationale. Le souvenir du passé colonial et les tensions récentes autour des expulsions de migrants pourraient alimenter la méfiance.

Mais face à la détérioration rapide de la situation et au manque de leadership régional, certains analystes estiment qu’une initiative dominicaine — éventuellement sous mandat de l’OEA ou d’une coalition régionale — pourrait s’imposer comme une solution de dernier recours.

« La République dominicaine est aujourd’hui le pays le plus concerné, le plus exposé et potentiellement le plus prêt à agir », résume un diplomate américain interrogé sous couvert d’anonymat.

Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été faite. Mais la tenue prochaine de l’Assemblée générale de l’OEA à Antigua-et-Barbuda pourrait clarifier les intentions régionales face à la crise haïtienne.

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